Au cours des dernières semaines, plusieurs écoles et centres de santé au Québec et à travers le Canada ont été le théâtre de bruyantes manifestations anti-vaccins visant à intimider le personnel soignant, les enseignants et les élèves de tout âge. Il s’agit là d’une provocation organisée par des éléments d’extrême-droite qui cherchent à se faire du capital politique en exploitant le climat de confusion généré par la réponse anti-scientifique et désastreuse des autorités à la pandémie de COVID-19.
Sous le couvert de limiter les activités de cette mouvance d’ultradroite, le gouvernement de la CAQ (Coalition Avenir Québec) a fait adopter jeudi passé en toute urgence la loi 105, avec le soutien unanime des partis d’opposition, y compris Québec solidaire.
C’est essentiellement une opération de camouflage politique. Le but visé est de cacher la responsabilité du premier ministre québécois François Legault – et de tous les paliers de gouvernement au Canada – dans la mise en place d’une politique COVID qui a fait passer les profits avant les vies humaines et causé une catastrophe sanitaire et sociale.
Dès le mois d’avril 2020, après une courte période d’un confinement érigé sous la pression des travailleurs, le gouvernement Legault réclamait la réouverture complète des écoles, des garderies et des industries non-essentielles afin de favoriser la «réouverture de l’économie», c’est-à-dire le flot continu et ininterrompu des profits.
Legault évoquait alors publiquement l’«immunité collective» pour justifier les actions de son gouvernement. Selon cette logique criminelle, toute mesure sanitaire (distanciation sociale, isolement préventif, confinement) pour freiner la propagation du coronavirus devait être proscrite comme étant nuisible à l’accumulation des profits par la grande entreprise. Il fallait plutôt laisser le virus contaminer une majorité de la population au motif que celle-ci acquerrait ainsi une «immunité» naturelle.
À l’échelle internationale, cette politique criminelle a été appliquée à fond par le gouvernement suédois et le président américain de l’époque, Donald Trump, avec des résultats catastrophiques dans leurs pays respectifs. Au Québec, elle a mené à une hécatombe dans les CHSLD (Centres d’hébergement et de soins de longue durée), qui ont enregistré des centaines de morts et contribué à un taux de mortalité par habitant parmi les plus élevés du monde pendant la première vague de la pandémie.
Même si Legault a cessé de parler d’«immunité collective» après un tollé de protestation, cette conception anti-scientifique est demeurée au cœur de sa politique, qu’il a menée avec la pleine complicité des centrales syndicales et le soutien indéfectible de ses homologues – autant les premiers ministres conservateurs provinciaux Doug Ford de l’Ontario et Jason Kenney de l’Alberta, que le premier ministre libéral fédéral Justin Trudeau.
L’establishment dirigeant canadien était prêt à tolérer certaines restrictions sanitaires pour éviter un débordement des hôpitaux. Mais ces mesures demeuraient nettement insuffisantes et toujours subordonnées à l’objectif fondamental de garder l’économie ouverte pour préserver les profits. Cette combinaison de laissez-faire («immunité collective») et de mesures minimales d’atténuation a mené à une deuxième, puis troisième, vague de la pandémie, chacune plus dévastatrice que la précédente. Le Canada a officiellement enregistré plus de 27.500 morts de COVID-19. Mais si l’on considère les morts excédentaires, le bilan réel s’élève à près de 50.000.
Le développement d’un vaccin contre la COVID est une grande avancée scientifique. Mais il n’a pas été accueilli par les autorités comme un outil crucial qui devrait être combiné à des techniques éprouvées telles que le dépistage de masse, l’isolement préventif, le traçage de cas contacts et le confinement pour éradiquer le coronavirus. C’est plutôt devenu l’occasion de lever toutes les restrictions sanitaires minimales encore en vigueur.
L’exemple le plus flagrant est le retour en présentiel dans les écoles, dont Legault s’est fait le promoteur le plus acharné. La présence de centaines de milliers d’élèves – y compris des enfants de moins de douze ans pour lesquels un vaccin anti-COVID n’est pas encore disponible – dans des salles de classe bondées et mal ventilées, a servi de puissant accélérateur à la quatrième vague de la pandémie qui déferle maintenant au Canada.
Ce bref survol de la politique du gouvernement droitier de la CAQ envers la pandémie met à nu toute l’hypocrisie de sa loi 105 où il pose en représentant de la science face à une horde de complotistes anti-vaccins. Le fait est que la responsabilité centrale de la situation dramatique dans laquelle se retrouve aujourd’hui la population, avec une courbe des cas et des hospitalisations qui monte de nouveau en flèche, incombe entièrement à la politique criminelle consistant à «vivre avec le virus» – comme l’a cyniquement proclamé le premier ministre Legault dans sa plus récente tentative d’acclimater la population à la mort de masse.
L’hypocrisie frise l’obscénité lorsque Legault défend la loi 105 sur sa page Facebook en se faisant passer pour un défenseur de «nos infirmières». «Ces femmes et ces hommes-là», écrit-il, «se donnent corps et âme depuis des mois pour soigner les malades de la COVID malgré des conditions de travail très difficiles». Il faut maintenant les protéger face à «une poignée de radicaux» qui cherchent à «leur rendre la vie encore plus difficile».
Les infirmières et autres travailleurs de la santé, tout comme les enseignants et le personnel scolaire, n’ont pas besoin de Legault pour comprendre que les manifestations anti-vaccins sont une provocation de l’extrême-droite qui doit être fermement rejetée. Mais ils doivent le faire par leur propre méthode, celle de la lutte de classe indépendante contre la politique d’austérité capitaliste et de négligence criminelle envers la pandémie que poursuit toute l’élite dirigeante.
Les conditions dans les hôpitaux et les écoles du Québec sont le résultat des décennies de compressions budgétaires appliquées par les gouvernements successifs de la grande entreprise – les libéraux et les conservateurs au niveau fédéral, le PLQ (Parti libéral du Québec), le PQ (Parti québécois) et maintenant la CAQ au niveau provincial. À cela s’ajoute une pandémie qui a contaminé des milliers d’enseignants et de travailleurs de la santé, laissés sans protection adéquate par un gouvernement dédié à la «réouverture de l’économie», c’est-à-dire la reprise du flot des profits, peu importe le coût en vies humaines.
Pour couronner le tout, le gouvernement de la CAQ a réussi à imposer – en menaçant de recourir à une loi spéciale tout en comptant sur le rôle traître des syndicats – de nouvelles conventions collectives dans le secteur public qui octroient des hausses salariales nettement sous l’inflation et maintiennent le recours au temps supplémentaire obligatoire tant décrié par les infirmières. C’est donc Legault lui-même qui a empiré les «conditions de travail très difficiles» des infirmières qu’il prétend vouloir soulager: leur charge de travail augmente, leur détresse psychologique s’intensifie, et des milliers d’entre elles ne voient pas d’autre issue que de démissionner.
La loi 105 constitue également une menace aux droits démocratiques. Elle interdit dans un rayon de 50 mètres autour des établissements de santé et d’enseignement toute manifestation «en lien avec les mesures sanitaires (...) ou toute autre recommandation relative à la pandémie de la COVID-19». L’incitation à organiser de telles manifestations est également proscrite sous peine d’amendes sévères.
La formule vague et élastique d’un quelconque «lien avec les mesures sanitaires» pour restreindre le droit de manifester pourrait être utilisée non seulement contre des éléments anti-vaccins d’extrême-droite, mais aussi contre des enseignants ou des parents qui s’opposent à la réouverture dangereuse des écoles et exigent un enseignement 100% à distance, ou contre tout site web qui publicise ou accueille une telle initiative.
La classe ouvrière doit prendre au sérieux le fait que des complotistes et anti-vaccins occupent la rue et cherchent à intimider travailleurs, parents et élèves. Ces éléments sont de plus en plus enhardis et agressifs au Canada et à l’international, comme en témoigne l’émergence de partis d’extrême-droite en Europe, y compris l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), le parti Vox en Espagne et le parti Fratelli d’Italia. L’exemple le plus significatif est la tentative de Trump, alors président des États-Unis, de renverser le résultat des élections présidentielles américaines en mobilisant des forces fascistes pour prendre d’assaut le Capitole le 6 janvier.
La montée de forces fascistes est un phénomène international activement encouragé par des sections de plus en plus importantes de la classe dirigeante. Elles veulent s’en servir pour réprimer violemment le mouvement grandissant de résistance des travailleurs contre le capitalisme, dont la faillite totale a été mise à nu par la pandémie de COVID-19.
Pour combattre l’extrême-droite, la classe ouvrière ne peut compter sur un État capitaliste qui attaque les droits démocratiques et emploie des méthodes autoritaires de gouvernement – croissance du militarisme, montée de l’islamophobie, décrets ministériels de Legault, lois spéciales pour briser des grèves, etc. Il y a une longue histoire de mesures censées viser l’extrême-droite qui sont ensuite utilisées contre la classe ouvrière.
L’éradication de la pandémie requiert la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière, dans une lutte commune des travailleurs du Québec avec leurs frères et sœurs de classe au Canada et à l’international. De la même manière, le danger de la dictature fasciste ne peut être écarté que par une action de classe unifiée contre l’État capitaliste et le système de profit qu’il défend.
