Les Mexicains protestent à l’occasion du septième anniversaire de la disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa

Sept ans après la disparition de 43 étudiants de l’école normale rurale d’Ayotzinapa, dans l’État de Guerrero (sud-ouest), les travailleurs et les jeunes se sont mobilisés lors d’une semaine de manifestations dans tout le Mexique.

Dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014, 57 étudiants de cette école qui se rendaient à un rassemblement de protestation à Mexico ont été saisis après une confrontation avec la police et l’armée mexicaine. Lors de cette confrontation, six personnes ont été tuées et 25 blessées. Parmi les personnes enlevées, 43 ont disparu. Depuis, les restes partiels de trois des étudiants ont été retrouvés et identifiés.

Les journées de protestation ont commencé le 21 septembre, lorsque les parents des 43 étudiants disparus ont défilé dans les rues de Chilpancingo, la capitale de l’État de Guerrero, aux côtés de membres de la Fédération des étudiants ruraux socialistes du Mexique (FESM). Les manifestants de Chilpancingo ont exigé que le cas des 43 étudiants ‘disparus’ par l’État mexicain soit résolu.

«Ayotzinapa vit» (Crédit: Rocío Arias Puga)

Cette revendication a été répétée dans tous les rassemblements ayant eu lieu dans le pays au cours de la semaine, culminant dans une manifestation de masse à Mexico le dimanche 26 septembre. Des milliers de travailleurs et d’étudiants ont défilé dans la capitale et dans tout le pays en scandant «Où sont-ils?» et «¡Vivos se los llevaron, vivos los queremos!». (Ils les ont enlevés vivants, nous les voulons vivants!) et en exigeant une réponse du gouvernement.

Les parents des 43 étudiants disparus ont dénoncé le refus du gouvernement de traduire en justice les architectes de la «vérité historique» sur le crime – un récit fictif des événements ayant conduit à la disparition des 43 étudiants cette nuit-là, il y a sept ans – qui dissimule les preuves de l’implication des forces armées mexicaines dans leur disparition et leur meurtre présumé.

En octobre 2018, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) a inclus la découverte de la vérité sur les événements de cette nuit-là dans les promesses électorales de sa campagne. Presque à mi-chemin de son mandat de six ans, cette promesse n’a toujours pas été tenue.

Lors d’une récente réunion avec les parents, Lopez Obrador a déclaré que le gouvernement poursuivait deux pistes d’enquête: chercher à récupérer les restes et enquêter sur le rôle joué par les responsables du gouvernement Peña Nieto (2012-2018) qui ont inventé le faux récit mal nommé «la vérité historique».

Le 24 septembre, alors que les manifestations se déroulaient, on a annoncé que 40 vidéos avaient été trouvées dévoilant encore plus les mensonges de la «vérité historique» du gouvernement. Les vidéos, enregistrées par le défunt Centre national d’enquêtes et de sécurité (CISEN), montrent des agents du gouvernement en train de torturer des témoins en 2014 pour leur extorquer des aveux devant étayer leur faux récit. Les vidéos, compilées par l’Unité spéciale d’enquête et de litige (UESIL), sont une preuve supplémentaire de ce que l’enquête initiale a été manipulée par le gouvernement Peña Nieto.

Les interrogatoires ont été filmés entre octobre 2014 (quelques jours seulement après la disparition des 43 étudiants) et janvier 2015. L’objectif était de torturer les témoins et les suspects pour qu’ils répètent la version des faits fabriquée par le gouvernement. Au centre de ce complot se trouvaient le procureur général Jesus Murillo Karam et le directeur des enquêtes criminelles Tomas Zeron, qui depuis s’est enfui en Israël.

À la suite de ces manœuvres, le gouvernement de Peña Nieto avait annoncé que les 43 étudiants étaient morts aux mains d’un cartel criminel local, Guerreros Unidos. Selon le gouvernement, ce dernier avait brûlé leurs corps dans une décharge, mis leurs restes dans des sacs en plastique et les avait jetés dans la rivière San Juan à Cocula, une ville proche d’Iguala, où l’attaque contre les étudiants avait eu lieu.

Les autorités fédérales ont insisté pour dire que leurs conclusions ne devaient pas être mises en doute, les qualifiant de «vérité historique», une expression utilisée pour la première fois par Murillo Karam. Avec ce mantra, l’enquête sur la disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa a été effectivement bloquée et le rôle des militaires camouflé.

Les preuves recueillies depuis lors ont révélé que la 27e division d’infanterie de l’armée, stationnée dans l’État de Guerrero, était profondément impliquée. Les étudiants disparus ont été emmenés à la base militaire, torturés, puis livrés au gang Guerreros Unidos pour être incinérés dans une morgue locale. De petits morceaux de leurs restes ont été laissés dans les environs de la rivière San Juan pour donner de la véracité à l’histoire officielle.

Dès le début, les parents des étudiants disparus avaient mis en doute l’histoire officielle. Leurs soupçons furent confirmés par une enquête menée par la Commission inter-américaine des droits de l’homme (CIDH) et son Groupe interdisciplinaire d’experts indépendants (GIEI), qui a démoli le récit du gouvernement.

Il y a un an, le président Obrador (AMLO) a indiqué que les arrestations de 89 personnes impliquées dans cette affaire allaient commencer. À ce jour, 40 personnes ont été arrêtées, dont le capitaine Jose Martinez Crespo du 27e régiment d’infanterie, qui aurait mené les interrogatoires des étudiants disparus. Les parents insistent sur le fait qu’il s’agit là de la partie émergée de l’iceberg. Pendant ce temps, les forces armées continuent de faire obstruction à l’enquête.

Vingt et une personnes qui figurent sur la liste des arrestations sont mortes ou ont été assassinées.

Depuis 1964, plus de 90.000 personnes ont «disparu» au Mexique. En outre, quelque 52.000 corps n’ont pas encore été identifiés sur un total estimé de 250.000 morts. Cette guerre contre la société s’est accélérée sous la présidence de Felipe Calderon (2006-2012). Sous prétexte d’une «guerre contre les gangs de la drogue», le gouvernement mexicain a déclenché une guerre de classe brutale visant les défenseurs des droits humains, les militants de gauche et la presse. L’attaque contre les étudiants d’Ayotzinapa faisait partie de cette campagne. Seule une petite minorité des victimes et des arrestations liées à cette guerre concernait des membres de syndicats de la drogue.

La prétendue guerre contre les gangs de trafiquants de drogue s’est déroulée dans le cadre de l’initiative de Mérida, une alliance militaire américano-mexicaine établie en 2007 qui soutient les forces armées mexicaines par des formations et des armements, utilisés principalement pour réprimer la population.

(Article paru d’abord en anglais le 29 septembre 2021)

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