«Sans unité internationale, nous ne pouvons rien accomplir»

Les travailleurs de John Deere à Mannheim, en Allemagne, soutiennent les travailleurs en grève aux États-Unis

La grève de plus de 10.000 travailleurs du fabricant de matériel agricole et de construction John Deere aux États-Unis, qui dure depuis une semaine, a été accueillie avec enthousiasme par leurs frères et sœurs des usines Deere en Allemagne.

Une équipe de journalistes du World Socialist Web Site s’est entretenue mardi avec des travailleurs de John Deere à Mannheim, le siège européen de Deere et la plus grande usine de tracteurs d’Allemagne, qui emploie 2.800 personnes. La réponse universelle des travailleurs a été: «Bien sûr, je soutiens mes collègues américains dans leur grève».

Les travailleurs de Deere à Mannheim, en Allemagne, montrent leur solidarité avec leurs collègues en grève.

IG Metall, le syndicat le plus important et le mieux financé d’Allemagne, n’a pas informé les travailleurs de Deere en Allemagne et en Europe de la grève de leurs collègues américains contre les réductions des salaires réels et les attaques contre les retraites. La grève a débuté après que les travailleurs ont rejeté à 90 pour cent un contrat de concession proposé par l’United Auto Workers (UAW). IG Metall fait partie d’un «partenariat transatlantique» avec l’UAW.

Malgré la censure de l’information, certains travailleurs de Mannheim se sont informés sur les médias sociaux de la grève aux États-Unis. D’autres ont été informés de la lutte par des militants du WSWS qui ont distribué des tracts contenant des informations sur la grève. Les travailleurs de Mannheim ont répondu par un soutien et une solidarité forts. Un travailleur qui a des connaissances chez Deere aux États-Unis a déclaré au WSWS: «Ils doivent défendre leurs droits. Ils ont raison et ils devraient continuer ce qu’ils font».

La lutte des travailleurs américains contre l’inflation galopante est bien comprise par les travailleurs de Deere dans les usines d’assemblage allemandes. «Les prix augmentent ici aussi, par exemple pour l’essence ou le chauffage, explique un ouvrier. Il reste de moins en moins de salaire à la fin du mois, poursuit l’ouvrier, tandis que les investisseurs et les actionnaires s’enrichissent».

Hassan

Un autre travailleur, qui s’est référé à un récent rapport sur la faim dans le monde, a souligné la criminalité des entreprises agroalimentaires géantes comme Cargill, dont l’ancien dirigeant siège au conseil d’administration de Deere. «La faim est en hausse, et au 21e siècle, et les capitalistes engrangent des milliards! Il est grand temps que les travailleurs descendent dans la rue», a-t-il déclaré.

En pleine pandémie mondiale, Deere a réalisé des bénéfices de 1,22 milliard de dollars au cours du premier trimestre de 2021, doublant ainsi son revenu par rapport à l’année précédente. L’entreprise prévoit un bénéfice record de 5 milliards de dollars pour l’année, qu’elle a apparemment l’intention d’assurer en forçant des réductions des salaires réels aux États-Unis. Parmi les investisseurs de Deere figurent les milliardaires Warren Buffett et Bill Gates, dont la fortune a augmenté de plus de 20 pour cent pendant la pandémie.

Des tracteurs qui sortent de l’usine John Deere de Mannheim

Pour accroître ses bénéfices et enrichir ses investisseurs, Deere accentue la pression sur sa main-d’œuvre des deux côtés de l’Atlantique. À Mannheim, environ 1.000 emplois ont été supprimés au cours de la dernière décennie sur les 3.760 employés que comptait l’usine en 2011. Dans le même temps, l’entreprise a augmenté le recours à des entrepreneurs extérieurs et à des travailleurs temporaires qui ne bénéficient d’aucune protection de l’emploi et peuvent être licenciés à volonté.

Christian

À l’extérieur de l’usine – où un nouveau tracteur sort de la chaîne de montage toutes les trois minutes – plusieurs travailleurs, comme Christian, ont exprimé leur solidarité en anglais: «Salut les amis, continuez ce que vous faites. Je vous appuie!»

De nombreux travailleurs se sont également arrêtés pour se faire prendre en photo en tenant une affiche du WSWS sur laquelle on pouvait lire: «Les travailleurs de John Deere en Allemagne soutiennent la lutte aux États-Unis».

Javus – qui travaille chez Deere depuis 30 ans – a déclaré: «Ils devraient certainement tenir bon. Sans unité internationale, nous ne pouvons rien obtenir».

Un autre travailleur de Mannheim a commenté: «J’ai lu votre dépliant du début à la fin, et tout ce qu’il contient est juste. Nos collègues ont absolument raison de faire grève, et ils ont mon soutien.»

La déclaration distribuée par l’équipe du WSWS plaçait la grève de Deere dans le contexte de la réponse criminelle des élites dirigeantes à la pandémie et ses efforts pour faire porter à la classe ouvrière le fardeau des coûts sociaux et économiques de la crise. La vague de grèves aux États-Unis, ont expliqué les militants, est une nouvelle étape dans la lutte des classes mondiale.

La grève de Deere aux États-Unis est la première en 35 ans. En Allemagne, IG Metall n’a appelé les travailleurs de Deere qu’à de courtes «grèves d’avertissement», mais jamais à une véritable grève menaçant les résultats de l’entreprise. Comme aux États-Unis, IG Metall et d’autres syndicats allemands et européens se tiennent de l’autre côté des barricades et représentent les intérêts des entreprises, pas ceux des travailleurs.

C’est pourquoi les travailleurs de Deere aux États-Unis ont créé le Comité des travailleurs de la base de John Deere indépendamment de l’UAW. Des comités similaires doivent être mis en place dans tous les sites Deere à l’échelle internationale afin de mobiliser le soutien mondial à la grève aux États-Unis. La seule façon de s’attaquer à une entreprise mondiale, qui compte près de 70.000 travailleurs dans 30 pays, est d’organiser une contre-offensive internationale des travailleurs pour donner la priorité à leurs besoins, aux salaires et aux emplois sur l’accumulation des profits des entreprises. L’Alliance ouvrière internationale des comités de base a été créée pour coordonner cette lutte au-delà des frontières nationales. Contactez le WSWS pour plus d’informations sur la création de comités de base.

(Article paru en anglais le 21 octobre 2021)

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