Le ministre britannique de la Santé a fait preuve de «négligence délibérée» en ignorant les avertissements selon lesquels la pandémie submerge le service national de santé

Lors de son point de presse à Downing Street mercredi, le ministre conservateur de la Santé, Sajid Javid, a rejeté les avertissements des professionnels de la santé selon lesquels le National Health Service (NHS) était en train d’être submergé par l’augmentation des infections et des admissions à l’hôpital dues à la pandémie.

Javid a déclaré: «Nous ne pensons pas que les pressions auxquelles le NHS fait actuellement face soient insoutenables».

Le ministre britannique de la Santé, Sajid Javid, s’exprime lors d’un point de presse à Downing Street, à Londres, le mercredi 20 octobre 2021. (Toby Melville/Pool Photo via AP)

Il s’agissait d’une réponse arrogante aux appels lancés par les gestionnaires de la santé représentés au sein de la Confédération NHS dans un communiqué publié la veille. La confédération écrivait: «Le NHS constate une augmentation inquiétante des cas de coronavirus dans ses hôpitaux et dans la communauté à un moment où il se prépare à une période hivernale chargée, où son personnel est proche de l’épuisement professionnel et où l’on attend de lui qu’il rétablisse nombre de ses services qui ont été perturbés par la pandémie».

La déclaration effrontée de Javid rejetant les mesures d’atténuation, même minimales, contenait deux fois l’expression «apprendre à vivre avec le virus». Elle est intervenue alors que le bilan des décès dus à la pandémie au Royaume-Uni au cours des dernières 24 heures s’élevait à 223, le plus élevé depuis le 9 mars.

Le président de la British Medical Association (BMA), le Dr Chaand Nagpaul, a qualifié le refus de Javid de «délibérément négligent». Il a déclaré: «Le gouvernement de Westminster a dit qu’il adopterait un “plan B” pour empêcher le NHS d’être submergé; en tant que médecins qui travaillent en première ligne, nous pouvons affirmer catégoriquement que le moment est venu».

«De l’aveu même du ministre de la Santé, nous pourrions voir 100.000 cas par jour et nous avons maintenant le même nombre de décès hebdomadaires dus au Covid qu’en mars, lorsque le pays était en confinement».

Le rejet des mesures, même minimales, contenues dans sa propre politique de «plan B» – masques obligatoires, travail à distance et passeports vaccinaux – confirme que le gouvernement n’abandonnera pas sa politique de laisser le virus se déchaîner, quel qu’en soit le coût en vies humaines.

Les actions irréfléchies du ministre de la Santé sont ouvertement soutenues par les sections les plus agressives de la droite politique qui représentent les intérêts des grandes entreprises. Elles exigent qu’il n’y ait plus de confinement ou de mesure de santé publique qui empiètent sur leurs profits, quel que soit le taux d’infections et de décès. Les actions de Javid sont considérées comme un exercice nécessaire pour faire face à l’opposition du public et des professionnels de la santé afin d’établir la «nouvelle normalité» de «vivre avec le virus».

Dans un article du Daily Telegraph intitulé «Le NHS ne fait pas face à une autre crise de la Covid et Sajid Javid le sait», Fraser Nelson, rédacteur en chef du magazine The Spectator, écrit: «Ce sera la première saison froide au cours de laquelle la Grande-Bretagne apprendra non pas à supprimer le virus, mais à vivre avec. Réintroduire des restrictions dans une nation entièrement vaccinée – et qui ne fait pas face à une situation d’urgence – risque d’inaugurer un nouveau mode de vie. Il s’agirait de nouvelles règles, non pas pour une pandémie, mais pour l’hiver. Nous sommes sur le point de tester la “nouvelle normalité”».

L’article est accompagné d’une caricature qui représente des médecins et des infirmières sous la forme d’une foule hurlante qui entoure Javid avec la légende «Pression insoutenable».

Mais le fait est que le Parti travailliste est tout aussi opposé à contenir la pandémie que la droite conservatrice. Au Parlement, le chef du parti, sir Keir Starmer, a qualifié les appels à un plan B de «mauvaise orientation… La question que nous devons poser est de savoir pourquoi le plan A ne fonctionne pas». Il a appelé comme Johnson et Javid à se concentrer exclusivement sur les vaccinations.

C’est l’affirmation selon laquelle la situation du NHS est gérable qui relève de la satire, et qui a de graves conséquences dans la vie réelle. La crise dans les unités d’accidents et d’urgences (A&E) et dans les services d’ambulances du Royaume-Uni la réfute de manière flagrante. Le week-end dernier, l’Association of Ambulance Chief Executives (AACE) a indiqué que tous les services d’ambulance du pays étaient au niveau d’alerte le plus élevée. L’«alerte noire» ou OPEL4 est déclenchée dans les situations où des soins complets ne peuvent être fournis et où les patients sont en danger.

L’AACE a révélé que les heures perdues par les services d’ambulance en raison de retards de transfert des hôpitaux de plus d’une heure étaient passées de 4.700 heures en avril 2021 à plus de 35.000 heures le mois dernier.

Les travailleurs du NHS se tournent vers les médias sociaux pour mettre en lumière la crise niée par le gouvernement. Sur Twitter, une étudiante en soins paramédicaux a publié une photo de rangées d’ambulances alignées à l’extérieur d’un service d’urgences à Oxford, attendant le transfert de patients, expliquant qu’elle était la 23e d’une file de 25 personnes. Son message était «Ce n’est même pas l’hiver. Aidez-nous». Ce message a été partagé par un médecin qui a ajouté: «Ces 25 ambulances ne peuvent pas répondre aux appels 999 parce que l’hôpital est plein – elles restent donc coincées dehors, leurs patients malades ne pouvant même pas entrer dans le [service des urgences]». Le médecin a reçu un tweet qui contenait une vidéo qui montre des files d’attente similaires dans un autre hôpital avec le message suivant: «Même chose à Portsmouth».

Lundi dernier, une femme qui souffrait d’un arrêt cardiaque est décédée à l’arrière d’une ambulance après avoir attendu plus de deux heures pour se faire transférer aux urgences de l’hôpital James Paget à Gorleston-on-Sea, dans le Norfolk. Cet après-midi-là, 14 ambulances faisaient la queue devant l’hôpital.

La pénurie de lits d’hôpitaux est l’une des principales causes des retards dans le transfert aux urgences. Le NHS a déjà dépassé les seuils de sécurité en matière d’occupation des lits avant même l’hiver et le début de la saison de la grippe. Selon The Independent, le taux d’occupation des lits d’hôpitaux en Angleterre a atteint 91 pour cent vendredi dernier. Tout taux supérieur à 85 pour cent est considéré comme dangereux.

Le stress subi par le personnel du NHS pèse lourdement sur sa santé mentale et physique. Une enquête menée par le «Comité interparti sur les soins de la santé et social» et publiée en juin, sur «l’épuisement du personnel» dans le NHS et les soins sociaux a noté que «la pandémie de COVID-19 a augmenté les pressions sur le personnel de manière exponentielle». 92 pour cent des établissements ont fait part à NHS Providers de leurs préoccupations quant au bien-être, au stress et à l’épuisement du personnel à la suite de la pandémie».

Les équipes d’ambulanciers déclarent devoir travailler au-delà de leurs 12 heures de travail et manquer souvent de pauses. Le principal syndicat de la santé, Unison, a rapporté des exemples de surcharge des salles d’appel d’urgence. Dans un service, un arriéré de 400 appels existait. Dans certains cas, les gestionnaires des appels d’urgence commençaient leur service avec des ambulances requises pour plus de 100 incidents. Pour certains cas, cela a impliqué une attente de 24 heures pour une ambulance.

Le gouvernement conservateur de Johnson conduit le NHS au bord du gouffre dans la poursuite de sa stratégie d’immunité collective et peut compter sur les syndicats et le Parti travailliste pour ne pas s’y opposer.

Nous encourageons les travailleurs du NHS à visionner l’enregistrement du webinaire organisé par le WSWS dimanche dernier, «Comment mettre fin à la pandémie». Cela fait partie d’une riposte coordonnée au niveau mondial par la classe ouvrière contre les politiques meurtrières poursuivies par les élites dirigeantes dans le monde entier. Une politique scientifiquement éclairée pour mettre fin à la pandémie nécessite une force sociale pour assurer sa mise en œuvre: l’action politique de la classe ouvrière pour défendre les vies et non les profits.

(Article paru en anglais le 25 octobre 2021)

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