Poursuivantleur gestion criminelle de la pandémie

Les deux plus grandes provinces du Canada rejettent la vaccination obligatoire pour les travailleurs de la santé

Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford (Photo: gouvernement de l’Ontario)

Les gouvernements de droite des deux provinces les plus peuplées du Canada, l’Ontario et le Québec, ont annoncé la semaine dernière qu’ils abandonnaient tout projet de mettre en œuvre la vaccination obligatoire pour les travailleurs de la santé.

Le refus du gouvernement progressiste-conservateur (PC) dirigé par Doug Ford en Ontario et du gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) de François Legault d’adopter cette mesure élémentaire de santé publique est politiquement criminel. Il s’agit d’une conséquence et d’une continuation de la priorisation meurtrière de l’élite dirigeante des profits sur les vies durant la plus grande urgence sanitaire mondiale depuis un siècle. Cette politique a coûté la vie à plus de 29.000 Canadiens.

Le rejet de la vaccination obligatoire pour ceux qui sont en première ligne de la lutte contre la COVID-19 est également un cadeau politique à l’extrême droite. Aux États-Unis et en Europe, ce sont les forces d’extrême droite et carrément fascistes, comme le dictateur en puissance Donald Trump et ses partisans, ainsi que l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), qui ont été le fer de lance de la campagne visant à mettre fin à toutes les mesures de santé publique pour combattre le virus, y compris la vaccination obligatoire. Il en va de même au Canada, où le Parti populaire du Canada (PPC), les groupes fascistes dans son orbite et les sections les plus à droite des conservateurs fédéraux, du Parti conservateur uni de l’Alberta et des PC de l’Ontario, ont fomenté l’opposition à la vaccination obligatoire et le soutien au mouvement anti-vaxx avec des prétentions bidon de défendre la «liberté individuelle.»

Le chef du PPC Maxime Bernier a réagi au rejet par Ford et Legault de la vaccination obligatoire pour les travailleurs de la santé en tweetant avec jubilation: «Les idiots des gouvernements du Québec et de l’Ontario ont finalement retrouvé la raison (juste un peu) et ont annoncé aujourd’hui qu’ils n’obligeront pas tous les travailleurs de la santé à se faire vacciner.»

Le gouvernement Ford ne s’était jamais engagé à mettre en place la vaccination obligatoire. Il a vaguement dit qu’il l’envisageait. Le gouvernement québécois de la CAQ, en revanche, avait annoncé en août que tous les travailleurs de la santé avaient jusqu’au 15 octobre pour se faire vacciner; puis, après avoir insisté à plusieurs reprises sur le fait que la vaccination obligatoire serait imposée comme prévu, le gouvernement de la CAQ a annoncé moins de 48 heures avant son entrée en vigueur que la date limite était reportée au 15 novembre.

En annonçant que l’Ontario n’imposerait pas la vaccination obligatoire aux travailleurs de la santé, Ford a déclaré qu’il s’agissait d’une «question complexe» et a affirmé que son imposition pourrait entraîner le «départ de dizaines de milliers de travailleurs de la santé» du système de santé publique. La ministre de la Santé, Christine Elliott, a prévenu que des «milliers de chirurgies» risquaient d’être annulées.

Pour sa part, le gouvernement de la CAQ a déclaré qu’une vaccination obligatoire aurait eu «un impact dévastateur sur le système de soins de santé.»

De telles professions de foi sur les soins aux patients et la protection du système de santé, venant des principaux responsables de la crise actuelle, sont profondément cyniques. En permettant aux membres du personnel non vaccinés de continuer à travailler dans les hôpitaux et autres établissements de soins de santé de première ligne, où de nombreux patients sont immunodéprimés ou très vulnérables au virus mortel, les deux gouvernements créent les conditions propices à l’apparition d’éclosions désastreuses. Ces éclosions obligeront les hôpitaux à restreindre leurs services et à annuler des «milliers de chirurgies», comme ils ont dû le faire lors des vagues successives de la pandémie, menaçant ainsi une forte augmentation de décès évitables.

Même la table consultative scientifique du gouvernement de l’Ontario sur la pandémie a averti que les éclosions de COVID-19 causées par du personnel non vacciné risquaient de perturber plus gravement les soins hospitaliers que toute réduction de personnel due à une vaccination obligatoire – mais Ford n’a pas tenu compte de leur avis d’expert, comme il l’a fait sur de nombreuses autres questions tout au long de la pandémie.

Les hôpitaux de l’Ontario qui ont choisi de forcer eux-mêmes la vaccination du personnel signalent qu’à peine 1 à 3 % des travailleurs ont été touchés. Le gouvernement Ford a refusé de publier les chiffres sur le taux de vaccination global des employés du secteur de la santé de la province, mais ceux qui refusent de se faire inoculer représentent une infime minorité.

Il faut ajouter que, comme condition d’emploi, les travailleurs de la santé en Ontario doivent déjà prouver qu’ils sont vaccinés contre quelque 17 maladies, dont la rougeole, la tuberculose et la rubéole.

Quant au Québec, le gouvernement de la CAQ a reconnu qu’au moins 97 % de tous les travailleurs de la santé sont vaccinés.

Si la perte d’un si petit pourcentage de travailleurs avait entraîné les perturbations catastrophiques des soins de santé que les deux gouvernements prétendent, cela ne fait qu’attester de l’état déplorable du système de santé publique et de leur gestion désastreuse de la pandémie.

En raison des politiques d’austérité menées par l’ensemble de l’establishment politique depuis des décennies, même avant la pandémie, les salles d’urgence des hôpitaux de tout le pays étaient surchargées et les grands hôpitaux travaillaient à près de leur capacité, voire au-delà. En raison d’une pénurie chronique de personnel, les infirmières et autres travailleurs devaient faire face à des charges de travail pénibles qui poussaient beaucoup d’entre eux au point de rupture.

Tout cela s’est dramatiquement aggravé pendant la pandémie. En raison du stress et de la fatigue, quelque 4000 infirmières et infirmiers uniquement au Québec ont abandonné la profession au cours de la pandémie, tandis que dans tout le pays, les problèmes de santé mentale sont montés en flèche parmi les travailleurs de la santé.

Manifestation de travailleurs de la santé protestant contre des conditions de travail inhumaines, notamment l’absence d’ÉPI et les heures supplémentaires obligatoires interminables, lors de la première vague de la pandémie au printemps 2020. (Source: FIQ)

Personne ne devrait accepter les affirmations de Ford et Legault qui se disent angoissés par les perturbations du système de santé qu’une vaccination obligatoire aurait pu causer. Ils n’ont exprimé aucune inquiétude similaire quant à la fragilité du système de soins de santé lorsque, conjointement avec le gouvernement fédéral Trudeau, leurs gouvernements ont instauré les politiques imprudentes de retour au travail/retour à l’école qui ont permis au virus de déferler à plusieurs reprises à travers le pays, causant des infections et des décès en masse. Ces décisions, y compris la réouverture complète des écoles à l’automne 2020 et à nouveau en février 2021, ont produit les deuxième et troisième vagues pandémiques dévastatrices du Canada, qui ont fait des dizaines de milliers de morts – comme l’a démontré une étude de la Société royale du Canada sur la surmortalité – et ont submergé les hôpitaux du pays.

Si l’establishment politique du Canada continue à pouvoir dissimuler sa culpabilité criminelle, c’est en grande partie grâce aux syndicats propatronaux qui imposent la politique de retour au travail et à l’école, tout comme ils répriment l’opposition de la classe ouvrière à l’austérité capitaliste depuis des décennies.

Dans le débat sur la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé, les syndicats ont joué un rôle abject, nombre d’entre eux s’adaptant ou s’alignant ouvertement sur la campagne anti-vaxx de l’extrême droite. L’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario a fait pression sur Ford pour qu’il n’adopte pas de vaccination obligatoire. Plusieurs des principaux syndicats de la santé du Québec, dont la FSQ-CSQ, le SCFP, l’APTS et la FIQ, ont tenu une conférence de presse conjointe avec le Parti québécois chauvin et proaustérité, afin de faire pression sur le gouvernement de la CAQ pour qu’il n’adopte pas la vaccination obligatoire le 15 octobre. Bien que ces syndicats aient soudainement trouvé le «courage» de s’élever contre ce qu’ils appellent la menace imminente de «ruptures de service», ils ont été des instruments dociles des politiques pour la pandémie du gouvernement Legault. Ils n’ont pas levé le petit doigt pour s’opposer aux décrets antiouvriers du gouvernement sur les soins de santé et viennent tout juste d’imposer des contrats au rabais qui maintiennent le régime punitif d’heures supplémentaires obligatoires pour les infirmières.

La couverture médiatique de la question d’une vaccination obligatoire la dépeint comme un débat sur l’«équilibre» entre les «droits individuels» et la protection collective. C’est en soi une concession à Bernier et à l’extrême droite, qui se sent de plus en plus enhardie. Le jour suivant la déclaration de l’Ontario et du Québec qu’ils n’adopteraient pas la vaccination obligatoire pour les travailleurs de la santé, la députée conservatrice Marilyn Gladu a annoncé qu’elle était la porte-parole d’un groupe d’extrême droite composé de 15 à 30 députés et sénateurs conservateurs qui formaient un caucus sur les «libertés civiles» axé sur l’opposition à la vaccination obligatoire et la défense de la «confidentialité médicale» et des personnes non vaccinées. Le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, s’est constamment plié au sentiment anti-vaccin, notamment en restant le seul chef de parti majeur à refuser de divulguer le statut vaccinal des députés de son parti.

Comme le World Socialist Web Sitel’a précédemment expliqué, il n’y a aucune raison légitime pour que les travailleurs qui ont un accès facile aux vaccins contre la COVID-19 les rejettent. Aucun individu n’a le «droit» ou la «liberté» d’infecter les autres avec une maladie débilitante et potentiellement mortelle. Comme nous l’avons noté dans une déclaration du 29 juillet 2021, les forces politiques anarchistes et libertariennesréactionnaires qui s’opposent à la vaccination obligatoire font appel à «l’ignorance, la peur et les préjugés antiscientifiques». La déclaration a rejeté les efforts de l’élite patronale pour diaboliser les travailleurs individuels non vaccinés, soulignant que la grande majorité pourrait être convaincue des avantages écrasants de la vaccination par une campagne systématique d’éducation publique menée par les travailleurs. (Voir: Il faut s’opposer à la campagne droitière anti-vaccination)

La capacité des anti-vaxxers et des forces politiques d’extrême droite à se faire entendre auprès d’une petite minorité de travailleurs est due avant tout à l’opposition systématique de l’establishment politique à fonder la politique de lutte contre les pandémies sur la science. Déterminés à protéger le «droit» des super-riches et des grandes entreprises à continuer d’extraire des profits des travailleurs, quelles que soient les conséquences pour la santé publique, tous les gouvernements, depuis les libéraux de Trudeau, ont fait fi des recommandations fondées sur la science afin de maintenir l’économie ouverte et les profits en plein essor. Soutenue par des médias bourgeois dociles, l’élite politique a nourri les travailleurs d’un mensonge antiscientifique après l’autre, y compris l’affirmation, réfutée depuis longtemps selon laquelle les écoles peuvent rester ouvertes parce que les enfants sont moins susceptibles d’attraper et de transmettre la COVID-19. Le gouvernement provincial du Nouveau Parti démocratique en Colombie-Britannique continue de minimiser ou même de nier carrément que la COVID-19 est une maladie qui se transmet par l’air, même si des études scientifiques ont démontré que les aérosols sont son principal mode de transmission.

Il y a ensuite le fait que l’establishment politique au Canada et dans presque tous les autres pays a délibérément semé la confusion et la désinformation sur ce que les vaccins peuvent accomplir. Ils sont invariablement présentés comme une solution miracle qui élimine la nécessité de maintenir des mesures de santé publique substantielles, comme le port de masques, la distanciation sociale, le confinement et le traçage des contacts. L’Agence de santé publique du Canada, qui est supervisée par le gouvernement Trudeau, a affirmé pendant des mois qu’un taux de vaccination de 70 % de la population adulte était suffisant pour supprimer la plupart des restrictions de santé publique. Ces conseils ont été soigneusement accompagnés par des voix de plus en plus nombreuses des élites économiques et financières qui réclamaient un retour à la «normalité» et ordonnaient à chacun d’apprendre à «vivre avec le virus».

Mais la vérité est que même si les vaccins offrent un degré de protection extrêmement élevé contre une maladie grave résultant d’une infection par la COVID-19, leur capacité à protéger contre une personne qui attraperait et transmettrait le virus est moindre. Ce problème a été exacerbé par le variant Delta, contre laquelle les personnes entièrement vaccinées voient leur immunité diminuer de manière significative cinq ou six mois après avoir reçu leur deuxième dose.

Pour ces raisons, les scientifiques sérieux ont insisté sur le fait que si la vaccination de masse est un outil essentiel dans la lutte contre la pandémie, elle doit être combinée à des mesures de santé publique plus larges pour supprimer et ramener à zéro la transmission communautaire. Ces mesures comprennent la fermeture des écoles et des activités de production non essentielles, avec indemnisation complète pour les travailleurs, l’isolement de toutes les personnes infectées, le traçage des contacts et l’obligation de porter un masque. Selon la Dre Malgorzata Gasperowicz, biologiste du développement basée en Alberta, une telle stratégie pourrait éliminer la COVID-19 de la communauté en l’espace de quelques mois.

La lutte pour un programme d’élimination de la COVID-19 nécessite la mobilisation d’un mouvement de masse des travailleurs, y compris les travailleurs de la santé, les éducateurs et les travailleurs des secteurs public et privé. Une partie essentielle de ce mouvement doit être une campagne soutenue d’éducation publique, menée par des experts médicaux et des travailleurs de la santé, pour réfuter les absurdités pseudo-scientifiques propagées par les opposants d’extrême droite aux vaccins contre la COVID-19 et par la propagande antiscientifique de l’élite dirigeante de «vivre avec le virus» qui les facilite.

(Article paru en anglais le 13 novembre 2021)

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