La fuite d’un document relatif à l’opération «Rampdown» affirme que rien ne sera fait pour arrêter la propagation de la COVID au Royaume-Uni

Le premier ministre britannique Boris Johnson a tenu hier une conférence de presse sur la COVID-19, au cours de laquelle il a mis en garde contre «les nuages de tempête qui s’amoncellent sur le continent. Une nouvelle vague de Covid balaie progressivement l’Europe centrale et touche désormais nos voisins les plus proches en Europe occidentale.»

Il a ajouté: «Nous ne savons pas encore dans quelle mesure cette nouvelle vague va s’abattre sur nos côtes, mais l’histoire montre que nous ne pouvons pas nous permettre de rester complaisants. En effet, ces derniers jours, des cas ont augmenté ici au Royaume-Uni, nous devons donc rester vigilants.»

Johnson ment bien sûr. La pandémie continue de faire rage au Royaume-Uni, alimentée par l’élimination de pratiquement toutes les mesures d’atténuation et la réouverture de l’économie, y compris des écoles. Mais Johnson, ainsi que le médecin en chef Chris Whitty et le responsable scientifique en chef Sir Patrick Vallance ont lancé ces «avertissements» en ne proposant aucune mesure pour protéger la population, sauf demander que les plus de 40 ans reçoivent un vaccin de rappel et annoncer que les 16-17 ans se verront désormais proposer une seconde dose.

L’inquiétude feinte de Johnson était écœurante. Son gouvernement a déjà décidé que plus rien n’allait être fait pour arrêter la propagation d’une maladie mortelle. Il s’est exprimé après la fuite de documents qui révèlent que l’objectif primordial du gouvernement est que la maladie devienne endémique dans la population pour les années à venir.

Le Mail on Sunday a révélé les détails de l’opération «Rampdown» dans une double page composée de quatre articles. Le Mail, qui s’oppose depuis longtemps aux confinements et à toute mesure d’atténuation qui entrave les intérêts lucratifs de la classe capitaliste, a publié une photo d’un masque en train d’être brûlé, accompagnée des mots suivants: «Cela en consternera certains, mais ce sera de la musique aux oreilles des autres». L’article principal, qui précise ce que l’on entend par là, affirme sans ambages: «Les plans de la loi Rampdown qui ont fait l’objet d’une fuite seront salués par les propriétaires d’entreprises…»

Capture d’écran de la double page du Mail on Sunday sur l’opération Rampdown.

Selon le Mail, «La stratégie Rampdown est élaborée dans le cadre d’un examen de six semaines du 'régime de test, de dépistage et d’isolement' du gouvernement par des fonctionnaires de l’Agence britannique de sécurité sanitaire, un nouvel organisme dirigé par l’ancien médecin-chef adjoint, la Dre Jenny Harries.»

La «stratégie» est en fait déjà mise en oeuvre, le journal rapportant: «Leurs conclusions [de l’Agence britannique de sécurité sanitaire] doivent être finalisées par la Dre Harries et d’autres responsables clés ce week-end avant d’être soumises au Secrétaire à la santé Sajid Javid.» [c’est nous qui soulignons]

Le premier paragraphe du premier article d’Isabel Oakeshott et Mark Hookham se lit comme suit: «La réponse de la Grande-Bretagne à la Covid devrait être considérablement réduite au début de l’année prochaine dans le cadre d’une stratégie de sortie de la pandémie dont le nom de code est Rampdown». Il note que «le plan secret de Whitehall» est détaillé dans un «extraordinaire dossier de 160 pages» qui «comprend une série de documents portant la mention “au personnel autorisé” rédigés par les hauts fonctionnaires du gouvernement chargés de mettre un terme à la lutte de la Grande-Bretagne contre la pandémie».

Les titres des autres articles du Mail confirment la base meurtrière de l’opération Rampdown: «Nous allons devoir vivre avec le virus pendant des années, disent les experts»; «C’est la fin des tests gratuits pour tous»; «Plus d’auto-isolement à partir de mars».

Le gouvernement prévoit qu’aucune mesure ne sera mise en place d’ici mars/avril de l’année prochaine pour endiguer la propagation de la pandémie, et, pour l’essentiel, aucune mesure pour empêcher sa résurgence.

Le Mail rapporte: «Le dossier révèle comment le gouvernement s’apprête à:

• Supprimer l’obligation juridique pour les personnes qui attrapent le virus de s’auto-isoler pendant dix jours;

• Mettre fin aux tests Covid gratuits et autoriser les entreprises privées à facturer les tests de flux latéral et les tests PCR;

• Fermer le système national «Test and Trace», qui permet d’identifier les personnes susceptibles d’avoir été en contact avec le virus;

• Concentrer la lutte contre la Covid sur la lutte contre les épidémies locales et la protection des «milieux à haut risque», tels que les maisons de soins;

• Supprimer les paiements de 500 £ pour les personnes à faibles revenus qui doivent se mettre en quarantaine.

• Les responsables «examinent “quelles activités nous pouvons commencer à réduire avant avril” et que doit constituer “l’état final” de la réponse britannique à la Covid après avril».

La direction prise est si rapide que le journal révèle qu’«une source de Whitehall a déclaré au Mail on Sunday que certains systèmes de surveillance de la propagation de la maladie ont déjà été fermés, ce qui a alarmé les scientifiques du gouvernement».

«Crucialement, les documents révèlent que les ministres sont prêts à abandonner les tentatives d’arrêter la propagation de la Covid-19 “à tout prix”».

À tout prix? Un tel langage ne pourrait pas faire plus froid dans le dos, étant donné qu’il s’agit de la politique d’un gouvernement dirigé par un maniaque, Johnson, qui a déclaré à la fin du mois d’octobre dernier, quelques semaines seulement avant le pic de la pandémie en janvier/février de cette année, «Plus de put**** de confinements. Laissez les corps s’empiler par milliers».

À ce moment-là, la politique d’immunité collective de Johnson avait officiellement pris 46.807 vies. En permettant au virus de se propager en 2021, Johnson a préparé le terrain pour près de 100.000 autres vies perdues en Grande-Bretagne.

Ces chiffres ne dépeignent pas la véritable ampleur du carnage. Des chiffres distincts publiés par le Bureau des statistiques nationales (Office for National Statistics) la semaine dernière montrent que 167.000 décès ont été enregistrés au Royaume-Uni où la COVID-19 est mentionnée sur le certificat de décès.

À chaque étape de la pandémie, le gouvernement Johnson a été le premier au monde à mettre en place des politiques qui ont conduit à des meurtres de masse. Au début de la pandémie, avant que l’intervention de la classe ouvrière et des scientifiques concernés ne l’empêche, le plan du gouvernement était de laisser la COVID se déchaîner dans la population, prévoyant jusqu’à 800.000 décès.

L’exclusion de la prévention de la propagation de la COVID a lieu alors que l’avantage acquis par la vaccination d’une grande partie de la population adulte se trouve miné par la baisse de l’immunité et l’absence de vaccination, ou une vaccination partielle, chez les enfants.

L’objectif de l’élite dirigeante est de mettre fin à toutes les dépenses visant à contenir de quelque manière que ce soit la propagation de COVID et d’appliquer explicitement un critère de coût-bénéfice pour déterminer qui vivra et qui mourra de l’infection à la COVID.

Le Mail note que «les responsables de la santé jugeront les politiques futures en fonction du même type d’analyse coûts-avantages que celle utilisée pour décider si le NHS [National Health Service] peut se permettre de nouveaux médicaments coûteux».

Il rapporte les mots effrayants d’un autre des documents: «Nous ne donnerons plus la priorité aux objectifs précédents, à savoir rompre les chaînes de transmission à tout prix».

Le Mail ajoute: «Des initiés affirment que la stratégie de réduction des dépenses est en partie motivée par la nécessité de maîtriser les sommes considérables consacrées à la pandémie».

L’un des exercices de réduction des coûts consiste à supprimer «les tests gratuits extrêmement coûteux… Essentiellement, ils doivent tout réduire d’ici la fin du mois de mars parce qu’alors le financement aura été supprimé, a déclaré une source».

La COVID fera des victimes dans un avenir prévisible, un document déclarant: «Compte tenu de l’ampleur de la transmission dans le monde, nous devons maintenant envisager comment la société pourrait simultanément freiner le virus et apprendre à vivre avec et atteindre un état endémique pour les années à venir».

Vivre avec la COVID doit avoir lieu, même si l’un des documents prévient qu’«un événement extrême pourrait survenir à tout moment.» Le Mail précise qu’un tel événement pourrait être «la propagation d’une nouvelle souche qui ignore les vaccins» ou, comme le note le document, «de graves problèmes de chaîne d’approvisionnement» avec les vaccins de rappel. Un document met en garde contre «un événement ou une combinaison d’événements imprévus» qui «nous placerait dans un scénario catastrophe sans issue en vue».

Alors que la vie d’innombrables milliers de personnes est en jeu, la priorité des médias, qui ne font qu’un avec le programme du gouvernement, est de dire à tout le monde de détourner le regard. Une question posée à Johnson lors de la conférence de presse COVID-19 de lundi par Ayshah Tull, de Channel 4, a été formulée en référence aux remarques de sir Nick Carter: «Êtes-vous d’accord avec le chef des forces armées pour dire que le Royaume-Uni doit être prêt pour une guerre avec la Russie»?

(Article paru en anglais le 16 novembre 2021)

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