Appel d’un éducateur spécialisé: pour une politique «Zéro COVID» dans les écoles canadiennes!

En tant qu’éducateur spécialisé, j’ai vécu directement l’impact des politiques désastreuses du gouvernement du Québec dans les écoles depuis le début de la pandémie. Mais ce qui vient de se produire au cours des derniers jours – surtout depuis l’apparition du variant Omicron – est un véritable fiasco.

En maintenant ouvertes les écoles infestées de COVID-19 pendant des semaines avant le congé des fêtes, le gouvernement Legault a mis directement des centaines de milliers d’enfants et de membres du personnel scolaire en danger, en plus de faciliter la propagation du virus dans la population.

L’annulation à l’improviste de la dernière journée d’école avant les fêtes étaient une mesure désespérée qui n’a fait que démontrer le manque de préparation du gouvernement et sa négligence envers la santé des travailleurs et des jeunes.

Mon expérience, qui n’est qu’un exemple parmi des milliers d’autres, illustre bien l’insouciance des autorités pour notre santé.

Des enseignants de l’école secondaire Westmount de Montréal ont manifesté contre la décision du gouvernement du Québec de rouvrir les écoles lors de la 2e vague de la pandémie en janvier dernier. (Photo: Robert Green)

Depuis deux semaines, les cas de COVID se répandent comme une traînée de poudre dans les écoles. Dimanche dernier, j’apprenais qu’il y avait deux cas dans la classe où je travaille la majeure partie de mes journées. La classe a fermé, mais personne ne m’a averti. Pourquoi? Apparemment parce que le personnel n’est pas considéré «à risque», car nous portons des masques chirurgicaux. Et ce, même si les scientifiques ont démontré qu’avec un virus qui se transmet par aérosols comme le Sars-Cov-2, ces masques sont nettement inadéquats. J’étais donc réputé au travail le lendemain, sans même devoir être testé.

Finalement, j’ai dû rester chez moi le lendemain, non pas parce qu’il y avait eu 2 cas supplémentaires déclarés dans ma classe, mais parce que l’école de mes propres enfants fermait entièrement après que 6 enseignants et plusieurs élèves étaient déclarés positifs. Le syndicat, qui a complètement abandonné les travailleurs dans cette pandémie et qui s’est soumis à toutes les directives du gouvernement de droite de l’ex-PDG François Legault, m’apprenait que ce congé forcé était puisé dans ma banque de congés réguliers et non plus dans la banque «COVID» (pratiquement éliminée).

Il ne fait aucun doute que la transmission dans les écoles a fortement contribué à la hausse fulgurante du variant Omicron dans la communauté. Alors qu’il y avait environ 500 cas quotidiens au début novembre, le Québec a enregistré 5.000 cas mardi, plus de 6.300 cas mercredi et plus de 9.300 cas jeudi. La Santé publique évalue que ce chiffre pourrait dépasser 10.000 en janvier – un seuil qui sera sans doute atteint bien avant cela.

Selon le ministère de l’Éducation, en date du 17 décembre, 1.555 écoles primaires et secondaires ont recensé au moins un cas de COVID-19, soit plus de la moitié des établissements scolaires de la province. Il y avait alors plus de 7.500 cas actifs dans les écoles, soit le plus haut taux depuis le début de la pandémie. Depuis septembre, plus de 20.000 étudiants et membres du personnel ont attrapé le virus.

Les décès sont en hausse, tout comme les hospitalisations, lesquelles ont bondi de 80% en trois semaines. Plusieurs hôpitaux, déjà aux prises avec une pénurie de personnel et une surcharge de patients, prévoient réduire de 50% les chirurgies jugées non-urgentes. Selon le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec, «les 800 lits réservés pour les cas de COVID pourraient être dépassés». Pendant ce temps, les centres de dépistage sont débordés et la Santé publique est incapable de faire le traçage des contacts.

Bien que le Québec soit redevenu l’épicentre de la nouvelle vague de la pandémie au Canada, la situation est similaire pour le personnel scolaire et tous les travailleurs dans les autres provinces, y compris en Ontario voisine. Ce n’est qu’une question de temps avant que tout le pays, comme l’ensemble du globe, soit accablé du nouveau variant.

Cette situation était entièrement prévisible, et elle a été prévue par les scientifiques. Au mois de septembre, avant même l’apparition d’Omicron, la Santé publique du Canada avait averti que le «pic» de la prochaine vague du variant Delta arriverait en janvier. Or, loin de prendre des mesures préventives, l’establishment a levé celles qui restaient et a ainsi laissé le virus circuler librement dans les écoles et les lieux de travail.

La crise actuelle n’est pas le fruit d’un mauvais jugement de la situation ou de «mauvais choix» stratégiques des décideurs, mais le résultat de la politique de «profits avant les vies» adoptée par tous les paliers de gouvernements – fédéral comme provincial.

Devant l’urgence de la situation, le programme du Comité de sécurité pancanadien du personnel scolaire de la base (CSPPB), qui préconise une politique «Zéro COVID», prend une importante accrue. Comme nous le réitérions dans notre dernière déclaration, «la seule façon de prévenir les niveaux horribles d’infection et de décès menacés par Omicron est l’adoption d’une stratégie d’élimination, qui exige l’arrêt immédiat de tout apprentissage en personne et de toute production non essentielle, avec paye intégrale pour tous les travailleurs jusqu’à ce que les nouveaux cas soient réduits à zéro».

Cette stratégie est scientifiquement possible, comme le démontre le cas de la Chine, où l’épidémie y est contrôlée depuis plus d’un an par des mesures rigoureuses de dépistage, de traçage des contacts, d’isolement et de traitement des cas. La décision, dans certaines provinces canadiennes, de reporter d’une semaine ou deux la reprise des cours en présentiel n’est qu’une demi-mesure qui s’avère inefficace à plus long terme.

Comme l’administration Biden aux États-Unis ou celle de Boris Johnson en Grande-Bretagne, la classe dirigeante au Québec et au Canada est déterminée à rouvrir les écoles le plus vite possible pour que les parents retournent au travail générer du profit pour la grande entreprise. Leur unité de mesure n’est pas la santé publique, mais le roulement de l’économie capitaliste. S’il y a des morts, des gens hospitalisés, des victimes du COVID-long ou de toutes autres conséquences liées au virus, qu’il en soit ainsi!

La classe ouvrière, dont font partie les enseignants et le personnel scolaire, doit rejeter cette politique à peine voilée d’immunité collective et apporter sa propre solution indépendante à la crise sanitaire et sociale.

Les travailleurs doivent également rejeter la tentative vulgaire de placer le blâme du fiasco gouvernemental sur le dos des migrants. Lundi dernier, dans un tweet puant le racisme, le ministre du Travail, Jean Boulet, pressait le gouvernement Trudeau de «fermer le chemin Roxham» par lequel des migrants «irréguliers» fuyant les États-Unis tentent de trouver refuge au Canada. «Nous devons tous nous mobiliser devant la remontée des cas de COVID-19 [dû à] Ominicron [sic] afin de ne pas surcharger notre système de santé!», avait-il écrit.

Un programme d’éradication n’est possible que si les travailleurs s’organisent indépendamment des appareils syndicaux moribonds. Au lieu de nous protéger en luttant pour la fermeture des écoles, les syndicats travaillent main dans la main avec le gouvernement et le patronat pour garder les écoles et les entreprises ouvertes en pleine pandémie. Ils acceptent que nous travaillions avec les EPI (Équipements de protection individuelle) de la pire qualité et veillent à relayer les mensonges du gouvernement, comme le fait que les écoles sont sécuritaires et qu’elles doivent être ouvertes pour la «santé mentale» des jeunes.

Les syndicats ont aussi donné le feu vert à l’élimination de mesures limitées comme la banque de congés «COVID» de 10 jours, ce qui décourage les gens à aller se faire tester par peur d’épuiser leur banque régulière. À mon syndicat, le président a même refusé que les travailleurs discutent de la pandémie lors d’une assemblée sur le renouvellement des conventions collectives.

J’appelle tous mes collègues à s’organiser en comités de la base dans leurs écoles et à adhérer au CSPPB, qui les soutiendra dans l’organisation de ces comités indépendants pour imposer une réponse basée sur la science. Je vous invite également à participer pleinement à l’enquête ouvrière mondialesur la pandémie organisée par le World Socialist Web Site.

Les gouvernements jouent avec les vies des gens avec un cycle infernal de levées des restrictions sanitaires, suivies de mesures minimales lorsque les hôpitaux débordent. Les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes. La classe ouvrière internationale est la force sociale la plus puissante et la seule capable d’apporter une solution progressiste à la crise!

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