Révolution permanente bloque une lutte contre la politique d’infection de masse menée par Macron

Alors qu’enseignants et jeunes se mobilisent aux USA, en France, en Italie et en Grèce contre les protocoles sanitaires officiels, le groupe Révolution permanente lié au NPA pabliste d’Olivier Besancenot œuvre à bloquer une lutte pour stopper les infections de masse dans les écoles. 

Un gouffre de classe le sépare de l’appel du Parti de l’égalité socialiste (PES) à bâtir des comités d’action indépendants pour mener une lutte internationale et indépendante contre la pandémie. Tout en appelant les enseignants à rejoindre les mobilisations comme la grève des écoles aujourd’hui, il leur impose le cadre national réactionnaire des pourparlers syndicaux avec Macron. 

Manifestation d’enseignants à Lille le 13 janvier 2022. (AP Photo/Michel Spingler)

Alors que les enseignants français ont participé massivement à la grève du 13 janvier, Révolution permanente s’abstient de la lutte nécessairement internationale contre la pandémie. Acceptant tacitement de Macron l’idée qu’il faudrait «vivre avec le virus», il propose quelques politiques de mitigation visant à ralentir marginalement la propagation du virus et avance des revendications salariales. Dans l’article «Grève historique dans l’Éduc: Blanquer donne des miettes, il faut poursuivre et élargir la mobilisation!», Révolution permanente écrit:

«Il s’agit en effet, de ‘battre le fer tant qu’il est chaud’ … Seule manière qu’ensemble nous arrachions ce que l’Education demande depuis plusieurs mois voire années : un protocole sanitaire réellement à la hauteur, des embauches en CDI au niveau des besoins pour l’éducation publique, des demi-jauges dans les classes, des hausses de salaires face aux dix années de gel du point d’indice, la suppression du Bac Blanquer et de Parcoursup ou encore l’annulation des évaluations dans un contexte de deux ans de pandémie, qui condamnent les élèves au tri social pour leur avenir.»

Mais un protocole «à la hauteur» se doit avant tout de mettre fin à la pandémie. Elle a coûté 18 millions de vies à l’échelle du monde, 1,5 millions en Europe et 127.000 en France. Elle fait chaque semaine plus de 1.000 morts en France et 20.000 en Europe. Des enseignants grévistes décrivent les élèves terrifiés du risque d’infecter leurs parents ou grand-parents, ou traumatisés après avoir transmis un virus qui a coûté la vie à leurs proches. L’impact à plus long terme du virus, qui reste présent dans les cerveaux et d’autres organes essentiels des malades, est inconnu.

Vu l’extrême contagiosité du variant Omicron, transmis par aérosol, les demi-jauges en classe proposées par Révolution permanente ne stopperont pas le virus. Après deux jours avec plus de 500.000 cas quotidiens, environ 5,5 millions de Français, soit 8 pour cent de la population, sont actuellement malades. Les protocoles d’isolement ayant été modifiés pour que les employeurs puissent imposer le travail aux malades contagieux, le virus circulera massivement, y compris dans les écoles, même si les élèves sont assis un peu plus loin les uns des autres en classe.

Stopper la circulation du virus présuppose un confinement international, fermant la production non-essentielle et passant à l’éducation en distanciel. A la différence du confinement strict au début de la pandémie, ceci nécessite un soutien financier massif pour les travailleurs et les petites entreprises; un investissement massif dans l’éducation en distanciel; et un traçage des contacts après la fin du confinement pour empêcher une résurgence de la contagion et mener une politique de Zéro Covid.

Révolution permanente fait un silence assourdissant sur le fait que plusieurs pays d’Asie, dont la Chine, Taïwan et – avant sa capitulation aux banques – la Nouvelle Zélande ont fait une politique de Zéro Covid. Ceci a stoppé net la pandémie et bloqué les résurgence du virus quand celui-ci arrivait de l’étranger. Les 1,4 milliards de Chinois ont subi moins de 5.000 morts, moins de dégâts économiques et moins d’entraves à leurs déplacements personnels que les Européens.

Révolution permanente ne dit rien sur la nécessité de stopper la pandémie non pas parce que ceci serait impossible, mais parce que cela milite contre son orientation politique et les intérêts matériels qu’il défend. Visant à trouver sa place dans les appareils syndicaux petit-bourgeois, et travailler dans le contexte de ses négociations avec l’État capitaliste et les instances patronales, il prétend que ces appareils mobilisent les travailleurs en lutte contre Macron.

Appelant à «amplifier le mouvement, en organisant et en élargissant les AG de grévistes au niveau local», Révolution permanente poursuit: 

«Mais plus largement, nous devons chercher à construire et exiger des directions syndicales un plan de bataille pour l’ensemble du monde de travail, dans l’optique notamment de construire une journée de grève interprofessionnelle la plus massive possible le 27 janvier. Nous avons tout à gagner à travailler à cette jonction. … alors que des grèves existent pour les salaires, et que les profits des entreprises explosent, nous devons porter la nécessité d’augmentation de salaires pour toutes et tous. Enfin, une stratégie sanitaire alternative à celle du gouvernement doit être imposée d’urgence, entre les mains des travailleurs et de la population, et plus aux ordres du MEDEF.»

En fait ça ne sert à rien d’exiger aux appareils syndicaux un «plan de bataille» contre Macron. Après la participation massive à la grève le 13 janvier, les chefs syndicaux n’ont fait que promettre d’essayer d’assurer le respect par Blanquer de ses promesses de fournir quelques masques FFP2 de plus aux enseignants les plus vulnérables et d’engager quelques personnels de plus. Ils n’avaient rien à proposer pour stopper le raz-de-marée de Covid-19 qui saccage les écoles.

Les syndicats n’ont fait que le service après-vente de la politique de Macron, qui a déjà rejeté l’école en distanciel. Il faut bâtir véritables AG, en clair, des comités de base responsables devant les travailleurs, pour lutter contre les politiques d’austérité et d’infection de masse. Mais on ne peut les construire qu’au niveau international, indépendamment des appareils syndicaux nationaux, et dans une lutte ouverte et consciente pour le socialisme contre le système capitaliste.

Le PES, section française du Comité international de la IVe Internationale (CIQI), ajoute que lutter contre le virus nécessite dans l’analyse finale un rejet conscient de la politique petite-bourgeoise de groupes comme le NPA, Révolution permanente, et ses alliés argentins, le Parti des travailleurs socialistes (PTS) argentin et son site Web Izquierda Diario.

Comme la Première Guerre mondiale, stoppée uniquement par la révolution russe d’octobre 1917 et le soulèvement révolutionnaire des travailleurs allemands en 1918, la pandémie est un événement déclencheur dans l’histoire. L’incapacité des élites dirigeantes européennes à poursuivre une politique sanitaire scientifique contre le virus est liée à une crise insoluble du capitalisme mondial.

L’aristocratie financière a réagi à la pandémie en exigeant des crédits massifs aux USA, au Royaume-Uni et dans la zone euro, s’enrichissant en pillant directement les deniers publics. Les milliardaires européens à eux seuls se sont enrichis à la hauteur de 1.000 milliards de dollars sur la première année de la pandémie, en gonflant les dettes publiques. La dette souveraine atteint des taux abyssaux de 116 pour cent en France, 122 pour cent en Espagne, et 155 pour cent en Italie.

Sous ces conditions, une lutte salariale par les enseignants et des couches plus larges des travailleurs nécessite une confrontation directe avec les parasites financiers qui dominent la société et leurs défenseurs dans l’appareil d’État capitaliste.

Il faut tirer des leçons politiques critiques de l’expérience des alliés grecs du NPA, SYRIZA (la «Coalition de la gauche radicale»). Après l’imposition par l’Union européenne (UE) d’une austérité dévastatrice qui a aussi gonflé la dette publique grecque, SYRIZA – une coalition de staliniens et d’alliés du Parti ouvrier socialiste (SWP) britannique petit-bourgeois – s’est fait élire en 2015. Saluée par le NPA, elle a promis de mettre fin aux politiques d’austérité en Grèce.

Liée au nationalisme et aux syndicats grecs, SYRIZA était terrifiée par les revendications ouvrières qui allaient bien au-delà de ce qu’elle pouvait accepter. En l’espace de quelques mois, elle a répudié ses promesses électorales pour s’aligner sur l’UE et la bourgeoisie grecque et imposer des milliards d’euros en coupes sociales. Elle a ensuite armé l’Arabie saoudite dans sa guerre au Yémen, établi des camps de détention pour les réfugiés dans les îles grecques, et finalement déclaré qu’elle partage des «principes démocratiques» avec le président milliardaire des USA, Donald Trump.

Un puissant mouvement international émerge parmi les travailleurs et les jeunes, contre un virus qui ne reconnaît pas les frontières et qu’on ne peut stopper qu’à une échelle mondiale. L’armer de la conscience et du programme politiques nécessaires pour stopper la pandémie et subordonner l’économie aux besoins urgents de la société exige une rupture avec cette pseudo-gauche qui, comme SYRIZA avant elle, couvre la capitulation de l’élite dirigeante au virus.

Le CIQI mène une Enquête ouvrière mondiale sur la pandémie de Covid-19 pour armer les travailleurs d’une analyse scientifique de la pandémie, de la responsabilité de la classe capitaliste, et de comment stopper le virus. Lutter pour imposer une politique scientifique dépend toutefois de la formation de comités de base qui rompent avec l’orientation des appareils syndicaux et de Révolution permanente vers les négociations avec Macron, et qui mènent une lutte internationale pour le socialisme.

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