Alors que le nombre de morts augmente, les responsables et les médias américains tentent de déclarer la fin de la pandémie

Jusqu’à hier, il y a eu 72 millions d’infections par la COVID et près de 890.000 décès aux États-Unis. Au rythme actuel, les décès atteindront 900.000 cette semaine, et dépasseront le million avant la fin de l’hiver.

Mais alors même que la vague d’Omicron continue de se propager dans le pays, on proclame des hosannas annonçant la fin prochaine de la pandémie. Tous les reportages prétendent trouver une lueur d’espoir dans les chiffres les plus sombres. Les porte-parole du gouvernement Biden en matière de COVID, comme le Dr Anthony Fauci et la Dre Rochelle Walensky, cautionnent de telles déformations de la réalité.

Une infirmière est éclairée par la lueur d’un écran d’ordinateur tandis qu’un médecin examine un patient atteint de la COVID-19 à l’hôpital Scotland County de Memphis, dans le Missouri, le 24 novembre 2020 (AP Photo/Jeff Roberson, dossier)

Le Dr Ali Mokdad, professeur à l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) et directeur de la stratégie pour la santé de la population à l’université de Washington, a déclaré à Bloomberg News: «Nous allons encore traverser quelques semaines très difficiles pour nos hôpitaux, mais à la mi-février ou au mois de mars, nous devrions être en très bonne position».

La seule preuve objective de ce pronostic est qu’à plusieurs reprises, tout au long de la pandémie, des scientifiques de renom et des experts politiques ont déclaré que la plus récente vague serait la dernière. Et à chaque fois qu’un nouveau variant plus virulent est apparu, les mêmes responsables de la santé ont discrètement jeté ces affirmations dans les poubelles de leurs médias sociaux, tandis que les hôpitaux dépassaient leur capacité et que les décès s’accumulaient, pour réapparaitre une fois la vague retombée et proclamer une fois de plus que la dernière vague était passée.

De tels pronostics sont en totale contradiction avec l’évolution de la situation sur le terrain et n’ont aucune valeur scientifique:

  • Le nombre moyen quotidien de cas de COVID-19 reste supérieur à 700.000 par jour, soit près de cinq millions de personnes par semaine.
  • Le taux de positivité des tests COVID pour les États-Unis a dépassé les 30 pour cent, ce qui montre que même les chiffres élevés actuels sont des sous-estimations.
  • La moyenne quotidienne de patients admis dans les hôpitaux est de 159.000, le niveau le plus élevé de toute la pandémie.
  • Le nombre moyen de décès par jour a atteint 2.162, ce qui dépasse le pic du variant Delta en septembre, et se rapprochant du pic historique de l’hiver dernier.
  • Pour la seule journée de vendredi, on a signalé 3.856 décès dus à la COVID.
  • Près d’un million d’enfants (981.858) ont été infectés la semaine dernière et, en moyenne, 880 enfants sont admis à l’hôpital chaque jour.
  • Quinze enfants sont morts la semaine dernière de la COVID.

Les pics d’Omicron dans les régions situées le long de la côte Est des États-Unis, qui ont été les premières touchées par le nouveau variant, s’atténuent: New York, le New Jersey, Washington D.C., la Pennsylvanie, la Floride et le Massachusetts voient à la fois les cas et les admissions à l’hôpital diminuer, même si les chiffres restent proches des sommets de la pandémie.

Cependant, dans les montagnes de l’Ouest, dans le Sud et dans les zones rurales en général – des États comme l’Oklahoma, l’Arkansas, le Missouri, la Caroline du Sud, le Mississippi, le Tennessee et le Kansas – les cas, les hospitalisations et les décès continuent d’augmenter. Et Omicron frappe maintenant les régions pauvres en ressources où le nombre de personnes vaccinées est le plus faible et où les systèmes de santé croulent sous la demande.

Pendant ce temps, les responsables de la santé publique s’apprêtent à mettre fin au comptage quotidien des cas et déclarent que la poussée d’Omicron prendra fin lorsque le virus entrera dans un état d’«endémicité». Cela signifie que le virus reste indéfiniment dans la communauté à des niveaux plus ou moins stables. Cependant, un tel pronostic est ridicule pour un agent pathogène respiratoire comme le SRAS-CoV-2 qui mute constamment alors que l’immunité de la population obtenue par la vaccination ou l’infection est de courte durée.

Selon un rapport publié par le Pew Research Center, «plusieurs mois après le début de la pandémie, les épidémiologistes ont déclaré que la COVID-19 finirait par devenir endémique, infectant presque tout le monde et restant indéfiniment dans la population. Cette ère endémique a peut-être commencé. En conséquence, de nombreux responsables de la santé publique se préparent à réduire la fréquence des mises à jour du nombre de cas, peut-être dès la vague actuelle».

Des mesures précises, telles que le nombre d’infections quotidiennes, le taux de positivité, une échelle de tests adéquate, la localisation des épidémies et les statistiques hospitalières, constituent une partie essentielle d’une infrastructure de santé publique fonctionnelle. L’abandon de ces données est essentiellement dû au fait que l’établissement de santé publique a adopté le principe de l’ignorant Donald Trump, selon lequel si l’on ne fait pas de tests, il n’y a pas de maladie.

Cette politique est adoptée en bloc alors même que la pandémie continue de tuer des milliers d’Américains chaque jour. C’est un affront à la mémoire des près d’un million ou plus qui ont péri en moins de deux ans, depuis que le premier décès américain lié à la COVID a été officiellement signalé fin février 2020.

Le rôle de la directrice des CDC, la Dre Rochelle Walensky, est particulièrement infâme à cet égard.

Son mandat d’un an a vu la mauvaise gestion du déploiement du vaccin COVID, trois vagues massives de la pandémie et l’émergence de souches toujours plus virulentes du coronavirus. Plus de 450.000 Américains sont morts sous son mandat (et celui de Biden), soit encore plus que sous celui de Trump, tandis que les hôpitaux et les professionnels de la santé croulent sous les cas.

Alors que la pandémie entre dans sa troisième année aux États-Unis, dans une expression d’impuissance, elle a déclaré à Politico: «Je crois vraiment que beaucoup de gens pensent [que] c’est la responsabilité des CDC de régler la santé publique [et] la pandémie. Les CDC ne peuvent pas régler ce problème à eux seuls. Les entreprises doivent aider, le gouvernement doit aider, les systèmes scolaires doivent aider. C’est trop important pour les CDC seuls».

Plus tard dans l’interview, à propos de l’état de la pandémie, elle a ajouté: «J’aimerais dire que je sais exactement où nous en sommes, car je pense que les gens veulent vraiment savoir. Mais la chose la plus importante que nous puissions dire est que nous ne savons pas exactement où nous allons».

Ces déclarations constituent une abdication de ses responsabilités en tant que dirigeante de la santé publique et justifieraient qu’on lui demande de présenter sa démission immédiatement. Cependant, elle ne reçoit pas ses instructions du public ou de la communauté des soins de santé, mais de la Maison-Blanche et de Wall Street.

Interrogée sur les indicateurs qu’elle et les CDC utilisent pour évaluer la direction que prend le pays, elle a répondu: «Lorsque le nombre de cas reste bas… ou si le nombre de cas est élevé [mais] que la gravité sera telle que nous serons dans une situation favorable dans nos hôpitaux… nos masques pourraient être plus susceptibles d’être enlevés. Et si vous avez le nez qui coule, vous pourriez vous dire: “Bon, eh bien, je vais rester à la maison, parce que c’est ce que je fais quand j’ai le nez qui coule”. Mais vous n’avez pas nécessairement besoin de vous isoler».

Pas une seule fois, elle n’a soulevé une véritable préoccupation concernant l’état actuel des hôpitaux, les infections chez les enfants, les complications chroniques de la COVID longue, la question des antivax et des non-vaccinés, ou l’énorme nombre de décès, en particulier chez les personnes âgées et celles qui souffrent de maladies chroniques et débilitantes.

Pendantce temps, des États comme l’Alabama comptent 143 pour cent d’hospitalisations par rapport aux pics de l’hiver dernier, et les chiffres continuent de grimper. Lors d’un événement Facebook en direct la semaine dernière, le Dr Scott Harris, responsable de la santé pour l’État, a admis: «C’est tout simplement ahurissant, et nous ne savons pas combien de temps cela va encore durer».

Le Dr David Trasher, pneumologue à Montgomery, a déclaré: «Nos hôpitaux sont débordés. Le moral et le stress de notre personnel sont vraiment insupportables». Ces sentiments sont répétés sans cesse.

Plus récemment, le variant Omicron a de nouveau frappé les maisons de retraite, infectant les résidents et le personnel en nombre record. Selon les données des CDC, le nombre de cas a été multiplié par dix depuis novembre. La semaine dernière, plus de 40.000 résidents ont été déclarés positifs et 67.000 membres du personnel ont été infectés. Bien que ce groupe à haut risque ait été fortement vacciné, près de 1.000 décès ont été signalés parmi eux la semaine précédente.

Katie Smith Sloan, directrice générale du Global Aging Network, a déclaré à NPR que «les personnes âgées qui vivent dans des maisons de retraite ont des problèmes de santé sous-jacents. Elles ont tendance à être fragiles. Elles vivent dans une maison de retraite parce qu’elles ont besoin de soins infirmiers 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Et nous savons depuis le début de cette pandémie que c’est la population qui était la plus à risque, et cela n’a pas changé».

Au milieu de ces développements aux États-Unis, on signale la propagation d’un nouveau sous-variant d’Omicron, BA.2, qui possède 80 à 90 mutations contre 60 mutations pour le variant actuel d’Omicron. Il se développe rapidement en Europe du Nord, notamment au Royaume-Uni, en Suède, au Danemark et en Norvège. Le professeur Yaneer Bar-Yam, physicien spécialiste des systèmes complexes et directeur du Réseau mondial de la santé, qui appelle à l’élimination mondiale de la COVID, a fait remarquer: «[ce n’est] pas la même chose. Il [BA.2] est à peu près aussi différent que Delta l’était du variant original».

Toute tentative de déclarer la pandémie terminée et de mettre en œuvre une politique de vivre avec le virus a des conséquences désastreuses. L’expérience de ces deux dernières années a montré que les élites dirigeantes ne mettent aucune limite à la misère qui pourrait s’abattre sur la classe ouvrière pour s’assurer que les moteurs du profit fonctionnent à plein régime.

(Article paru en anglais le 24 janvier 2022)

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