Le gouvernement Johnson va doubler la présence des troupes britanniques en Europe de l’Est et menace la Russie de sanctions

Le Royaume-Uni se prépare à doubler la présence de ses troupes en Europe de l’Est pour renforcer les provocations militaires des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie.

La Grande-Bretagne a indiqué qu’elle allait déployer 1.200 soldats en Estonie et en Pologne cette semaine, dont des parachutistes et des spécialistes de la guerre en montagne et de la guerre arctique des Royal Marines. Ils seront équipés d’hélicoptères de combat Apache et de systèmes de missiles «Deep Fire», ainsi que d’unités de guerre électronique et de cybernétique des Royal Signals et de l’escadron Y des Royal Marines.

Plus de 100 soldats sont déjà en formation en Ukraine, où ils jouent le rôle le plus important dans l’escalade du danger de guerre à la frontière de la Russie. Mais les troupes de la Grande-Bretagne sont concentrées en Estonie, où 900 soldats ont déjà été déployés dans un groupement tactique établi en 2017 après l’installation d’un régime proaméricain en Ukraine. La «présence avancée renforcée» comprend également des groupements tactiques multinationaux en Lettonie, en Lituanie et en Pologne.

Au ministère de la Défense, le chef d’état-major de la Défense, l’amiral sir Tony Radakin, et le chef des opérations conjointes, le lieutenant général Charles Stickland (à gauche), informent le premier ministre, Boris Johnson, et le sous-secrétaire d’État parlementaire pour les forces armées, James Heappey, de la situation en Ukraine , 26/01/2022 (Photo Andrew Parsons /No 10 Downing Stree/FlickR)

Un destroyer de type 45 et un navire de patrouille en mer seront stationnés en mer Noire et un escadron supplémentaire des Forces aériennes royales (RAF) sera déployé à Chypre pour surveiller l’espace aérien bulgare et roumain. Le porte-avions Prince de Galles se tient prêt à intervenir. Un escadron de cavalerie légère d’environ 150 personnes est déjà déployé en Pologne.

Ces plans ont fait l’objet de déclarations belliqueuses répétées du premier ministre Boris Johnson et de ses principaux ministres au cours du week-end. Boris Johnson a déclaré aux journalistes qu’il envoyait un «message clair au Kremlin», à savoir que la Russie ne devait pas choisir «la voie du bain de sang et de la destruction» en envahissant l’Ukraine. Le Royaume-Uni a démontré qu’il était «capable de soutenir nos alliés de l’OTAN sur terre, en mer et dans les airs» et qu’il «se tiendrait aux côtés de nos alliés de l’OTAN face à l’hostilité de la Russie».

En début de semaine dernière, il a menacé qu’une invasion de l’Ukraine serait «douloureuse, sanglante et violente» et que de nombreux soldats russes «ne rentreraient pas chez eux».

Johnson devait s’entretenir par téléphone avec le président Vladimir Poutine lundi soir, son porte-parole se vantant: «Le premier ministre est profondément impliqué dans cette question depuis le debout et c’est l’un des premiers dirigeants mondiaux à avoir exprimé des préoccupations concernant les hostilités russes dans un discours à Mansion House en novembre, en même temps que Nord Stream 2». Il avait, en outre, «une relation personnelle étroite» avec le président ukrainien Zelensky et avait parlé de cette question «à de nombreuses occasions» avec le président américain Joe Biden, le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et d’autres.»

L’appel avec Poutine est tombé à l’eau parce que Johnson était requis au Parlement suite à l’arrivée du rapport d’enquête sur le «partygate».

L’autopromotion incessante de Johnson fait partie de ses efforts pour contrer la crise du «partygate» en se plaçant à l’avant-garde de la campagne américaine de provocations et d’une série de mesures intérieures de droite: surtout, la fin des restrictions liées à la pandémie. Il doit se rendre en Ukraine aujourd’hui [mardi].

Son appel s’adresse à un parti conservateur uni dans son soutien à la guerre contre l’Ukraine. La ministre des Affaires étrangères Liz Truss et le ministre de la Défense Ben Wallace sont prêts à se rendre à Moscou pour des discussions après que Truss ait écrit dans le Sunday Telegraph: «La campagne de Moscou contre l’Ukraine et les autres démocraties sape le fondement même de la sécurité européenne. Il est donc vital que nous fassions face à la menace bien réelle que représente la Russie».

Toujours dans le Telegraph, le ministre des Forces armées James Heappey a averti que Poutine «pourrait être à quelques jours de donner l’ordre d’envahir».

Tobias Ellwood, président du Comité spécial des Communes sur la Défense, a décrit les tensions Russie-Ukraine comme «notre moment de crise des missiles de Cuba, et nous ne devons pas ciller».

Le Royaume-Uni menace également de sanctionner des personnes proches de Poutine. Truss a désigné «toute entreprise qui présente un intérêt pour le Kremlin et le régime en Russie» comme «les oligarques de Poutine». Cet engagement, pris au milieu de menaces similaires de la part des États-Unis, fait suite à des semaines de plaintes de Washington selon lesquelles aucune mesure économique contre la Russie ne serait efficace tant que Londres restera un centre mondial pour ses investisseurs.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a promis des «mesures de rétorsion» si les entreprises russes sont visées, déclarant que la déclaration de Londres était «très inquiétante» et «démontre une bonne dose d’imprévisibilité de la part de Londres et est une cause de grave préoccupation pour les structures financières internationales».

Washington était apparemment moins convaincu des intentions du Royaume-Uni que Moscou, une source du département d’État américain a déclaré au Times: «La crainte est que l’argent russe soit tellement ancré à Londres maintenant que la possibilité de l’utiliser comme levier contre Poutine pourrait être perdue».

L’autre service rendu par le Royaume-Uni à Washington est la mise en place d’une campagne qui cloue l’Allemagne au pilori pour son manque de détermination à traiter fermement avec la Russie. Le ministre du Trésor, Simon Clarke, a résumé le message du gouvernement Johnson sur la fiabilité de Londres en tant qu’allié des États-Unis, en déclarant à Sky News: «La Grande-Bretagne du Brexit est l’un des principaux opposants aux actions du régime de Poutine… Si vous regardez l’UE, ce sont des pays comme l’Allemagne qui traînent les pieds dans la réponse à cette crise. C’est nous qui renforçons ce régime de sanctions, qui nous assurons de soutenir nos alliés de l’OTAN et qui tenons tête à Poutine d’une manière qui, franchement, mène le continent plutôt que de le suivre».

Ce mélange de rhétorique anti-allemande et anti-russe s’expriment sur l’ensemble de l’échiquier politique médiatique, le Guardian/Observer écrivant dimanche, à propos des sociaux-démocrates de la chancelière allemande, qu’«aucun parti au Bundestag n’a utilisé les crimes historiques de l’Allemagne comme couverture pour étendre les liens avec la Russie autant que le parti de Scholz…» et le Spectatorqui déclare que «si l’Allemagne a même décidé de se lever du banc des joueurs, c’est pour jouer le mauvais jeu… Berlin doit se montrer à la hauteur. Pour l’instant, elle laisse tomber l’équipe».

Le battement de tambour du Parti conservateur en faveur de la guerre ne trouve nulle part un écho plus enthousiaste qu’au sein du Parti travailliste. Alors même que ses députés proclament leur indignation à l’égard des soirées alcool au numéro 10 [Downing Street – la résidence du premier ministre], ils se bousculent pour se positionner en tant que bellicistes en chef. Nombre de leurs attaques contre Johnson au sujet du «partygate» ont porté sur son impact sur son leadership dans la campagne contre la Russie. «Nous avons besoin d’un leadership de la part de ce premier ministre et, franchement, pour le moment, sa priorité est de sauver sa peau», s’est plaint le député Stephen Morgan.

Dans une interview accordée le mois dernier à Politico, à la suite de sa visite à Kiev, le porte-parole en matière de Défense du Parti travailliste, John Healey, a déclaré qu’il était «embarrassant» qu’«alors que l’Europe fait face à la plus grave crise de sécurité depuis la guerre froide, la Grande-Bretagne ait un premier ministre qui ne fonctionne pas». Johnson «se défile pour essayer de gérer le désordre qu’il a créé autour des fêtes de Downing Street» et est «incapable de jouer le rôle d’homme d’État et d’offrir le leadership britannique nécessaire».

La semaine dernière, le chef du Parti travailliste, sir Keir Starmer, a accordé bien de l’importance au fait qu’il exigeait que Johnson prenne les «décisions difficiles» en matière de sanctions, «coupe l’accès de la Russie au système financier international» et mette fin au «blanchiment» d’argent illicite dans la City de Londres. Quelques jours auparavant, il s’était exprimé dans les pages du Telegraph, le 21 janvier, pour demander au Royaume-Uni de «rester ferme face à l’agression russe».

Il a écrit: «Je dois saluer le travail du secrétaire d’État à la défense, Ben Wallace, sur cette question. Il a travaillé dur pour rassembler les gens, a écrit avec une clarté morale sur la nature de l’agression russe et a fait en sorte que le Royaume-Uni continue à soutenir la capacité de l’Ukraine à se défendre par une aide militaire».

(Article paru en anglais le 1er février 2022)

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