Alors que la pandémie de COVID-19 s’intensifie, des travailleurs sri-lankais du vêtement soutiennent l’Enquête ouvrière mondiale

Les travailleurs du vêtement de la zone franche de Katunayake (KFTZ), près de l’aéroport international du Sri Lanka, sont confrontés à une situation désastreuse alors que la COVID-19 continue d’infecter les employés de la zone.

Le taux de chômage élevé et l’aggravation des problèmes économiques poussent chaque année des centaines de jeunes hommes et femmes de districts ruraux éloignés vers des emplois mal rémunérés dans des usines telles que Smart Shirts, Star Garments, Next Manufacturing, MAS Holdings et Brandix qui fournissent des vêtements à des détaillants mondiaux géants.

Les travailleurs de Next réclament leurs primes, décembre 2020 [Photo: WSWS Media]

Les travailleurs de KFTZ ont été confrontés à de graves difficultés depuis le déclenchement de la pandémie de COVID-19 en 2020. Après un bref confinement en mars 2020, le gouvernement a rouvert l’économie en réponse aux demandes des propriétaires d’usines de vêtements qui ont ensuite imposé des objectifs de production plus élevés alors même que la maladie mortelle se propageait à travers l’île.

Fin octobre 2020, 567 des 1394 employés de Brandix dans son usine de confection de Minuwangoda près de Katunayake ont été testés positifs pour le virus. Il a été révélé plus tard que la direction de l’usine avait obligé ces employés à continuer à travailler même lorsqu’ils présentaient des symptômes de COVID.

Il a ensuite été découvert que des centaines de travailleurs avaient été infectés par le virus mortel dans des usines de vêtements à travers le pays. Alors que certaines usines ont été temporairement fermées, de nombreux travailleurs n’ont pas été payés ou n’ont reçu que la moitié de leur salaire habituel.

Le gouvernement à court d’argent du président Gotabhaya Rajapakse dépend fortement des exportations, en particulier des vêtements, pour obtenir des devises. L’industrie du vêtement emploie près de 15 pour cent de la main-d’œuvre nationale, directement ou indirectement, selon le Joint Apparel Association Forum. Ces travailleurs contribuent à environ 7 pour cent du produit intérieur brut du pays. Un rapport récent estime que la KFTZ emploie actuellement environ 350.000 travailleurs.

L’assistant de direction de la FTZ Manufacturers Association, Dhammika Fernando, a déclaré au Sunday Times du week-end dernierque l’absentéisme dans la zone était normalement de 5 pour cent, mais qu’il avait augmenté sous l’impact de l’augmentation des infections à la COVID-19.

Le gouvernement Rajapakse a déclaré que les Sri Lankais devaient «vivre avec le virus» en tant que «nouvelle normalité». Conformément à la poursuite de profits des grandes entreprises, si plusieurs travailleurs sont infectés, une usine ne ferme pas. La direction arrête l’activité simplement dans la section de l’usine infectée.

Une ouvrière du vêtement d’une usine KFTZ de premier plan a récemment déclaré aux reporters du WSWS que des infections à la COVID-19 étaient découvertes dans presque toutes les usines de la zone.

Les travailleurs d’Esquel manifestent pour exiger le paiement des indemnités dues, le 20 décembre 2021 [Photo: WSWS Media]

«J’ai repris le travail récemment après avoir été mise en quarantaine parce que j’étais infectée. Même si un grand nombre de travailleurs de notre usine sont déjà infectés, la direction nous pousse continuellement à atteindre nos objectifs», a-t-elle déclaré. «La direction, cependant, cache les vrais chiffres concernant la propagation du virus.»

L’entreprise pour laquelle elle travaille possède trois usines dans la zone franche, et des travailleurs sont infectés dans chaque usine. «J’ai été infectée lorsqu’une travailleuse infectée a été retirée et je l’ai remplacée. Il y en a 23 sur notre chaîne et tous sauf trois ont été infectés. J’ai eu 10 jours de congé, mais maintenant, les travailleurs infectés ne sont autorisés qu’à sept jours de congé, en raison des réglementations gouvernementales récemment annoncées. On doit travailler même si l’on n’est pas en état de le faire. Le gouvernement et l’administration ne pensent qu’aux profits», a-t-elle déclaré.

«Les personnes infectées ne disposent même pas d’un endroit approprié pour se mettre en quarantaine. Dès que j’ai senti que quelque chose n’allait pas, j’ai fait un test antigénique et j’ai découvert que j’étais infectée mais j’ai dû rentrer chez moi en utilisant les transports en commun.

«Je suis allée à mon logement et je leur ai dit que je rentrais dans mon village. J’ai appris plus tard que la femme qui possédait la maison et quatre membres de sa famille avaient contracté la maladie à cause de ce moment d’exposition. Je pense que les usines devraient être fermées pendant un certain temps, a-t-elle déclaré, car un grand nombre de vies sont en danger.

«Les travailleurs de Manpower [embauchés à la journée] affluent vers [la KFTZ] tous les matins à la recherche d’un emploi, mais n’en trouvent généralement pas tous les jours. Ils sont payés 1000 (4,50 euros) ou 1200 roupies par jour. Il y avait de très jeunes femmes qui venaient de Jaffna [à 370 km]. C’est triste à voir, a-t-elle poursuivi.

«Je ne suis en poste que depuis trois ans. Je n’ai pas adhéré à un syndicat. Un jour pendant la pandémie, une représentante syndicale est venue à l’usine. Elle n’est jamais revenue et il n’y avait personne pour se pencher sur nos problèmes.

«Lorsque le pays a été fermé à cause de la pandémie [début 2020], nous ne recevions que la moitié de nos salaires, soit 9000 roupies, mais nous devions toujours payer les mêmes frais d’hébergement. Pendant ce temps, les travailleurs militants ont également été licenciés, sous réserve d’indemnisation. Le licenciement de ces travailleurs qui avaient de longues années de service a été une perte pour nous», a-t-elle déclaré.

Le gouvernement dit que la vaccination seule ne fonctionnera pas, a-t-elle poursuivi. «J’ai reçu deux injections mais la troisième dose ne nous a pas encore été administrée. Cependant, ceux qui ont reçu la troisième dose ont également été infectés.»

Expliquant les dures conditions de travail, elle a déclaré: «Notre salaire de base est de 21.400 roupies. Nous gagnons de l’argent supplémentaire en faisant un travail fastidieux. Je travaille de 9h30 à 19h30. Le manque de personnel signifie que nos charges de travail sont élevées. Ayant travaillé les trois jours de vacances de janvier, l’épuisement a contribué à mon infection.

«Nos salaires ne suffisent pas à subvenir à nos besoins. J’ai ma mère et ma sœur célibataire à charge. J’ai aussi une fille célibataire et je dois m’occuper d’elle. Nous vivons dans de petites pièces et payons environ 4500 roupies pour louer une chambre, 500 roupies supplémentaires pour l’électricité. Nous cuisinons nos repas. Il n’y a que deux toilettes pour 20 personnes. Ces conditions favorisent la propagation de la pandémie.»

Les reporters du WSWS ont expliqué que les gouvernements du monde entier ouvraient leurs économies, se concentrant sur le profit plutôt que sur la sécurité des travailleurs, ainsi que ce que tentait d’accomplir l’Enquête ouvrière mondiale lancée par le WSWS. L’employée de KFTZ a répondu en louant l’initiative du WSWS et a exprimé sa volonté de soumettre des informations à l’enquête. «Je suis fière de m’y engager», a-t-elle déclaré et a ajouté: «Après mon retour, je ferai en sorte que d’autres travailleurs vous rencontrent».

Une jeune ouvrière de l’usine Star Garments dans la KFTZ a également parlé au WSWS. Originaire de Galgamuwa, [à 100 km de Colombo], elle travaille dans l’unité de couture de l’entreprise depuis cinq ans. L’usine emploie environ 800 employés et sa chaîne de production compte 60 ouvriers.

«Même avec le vaccin de rappel, nous ne pouvons pas échapper au coronavirus», a-t-elle déclaré. «Dans notre usine, même ceux qui ont reçu la deuxième dose de vaccin ont été infectés par cette maladie. Bien que les machines [à coudre] soient placées à distance, la distanciation sociale ne peut être maintenue pendant les heures de travail car il est nécessaire de se rencontrer de temps en temps entre collègues.

«Cette maladie, qui s’est propagée à l’échelle mondiale, ne sera probablement pas maitrisée au Sri Lanka et des gens arrivent également de l’étranger», a-t-elle déclaré, notant que les gouvernements du monde entier, y compris le Sri Lanka, n’avaient pris aucune mesure pour endiguer la maladie. Après une discussion sur l’objectif de l’Enquête ouvrière mondiale sur la COVID, elle a ajouté: «J’apprécie une telle initiative.»

(Article paru en anglais le 15 février 2022)

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