Mercredi, une coalition de syndicats et de mouvements sociaux a appelé à de nouvelles manifestations et grèves ce vendredi à San Juan. Les salaires et les pensions sont en jeu et font l’objet d’attaques de la part du Financial Oversight and Management Board. Il y a un mois, les tribunaux fédéraux ont donné leur feu vert à un accord entre les fonds spéculatifs de Wall Street et d’autres détenteurs d’obligations portoricaines et l’administration de Pedro Pierluisi.
L’accord représente une attaque contre la classe ouvrière portoricaine et est contesté par les travailleurs de toute l’île. Les protestations qui ont suivi l’annonce de l’accord sur la dette sont devenues très importantes. La semaine dernière, des milliers de personnes ont défilé et se sont rassemblées au siège du gouvernement à La Fortaleza, à San Juan.
La protestation de ce vendredi [18 février] prendra très probablement la forme d’une grève générale dans toute l’île. Les travailleurs publics dresseront des piquets de grève sur leurs lieux de travail tôt le matin, puis entameront une série de marches qui les réuniront dans des rassemblements de masse à San Juan et dans d’autres villes.
«Nous demandons une retraite décente et pas de privatisation» [des écoles et des entreprises publiques], a déclaré Javier Córdoba, porte-parole de l’Association des professeurs d’université portoricains.
Outre les professeurs d’université, des membres du Syndicat des travailleurs portoricains (SPT); du Syndicat des travailleurs de l’électricité et de l’eau (UTIER); de la Fédération des enseignants, de la Fédération centrale des travailleurs; du Syndicat des travailleurs de l’automobile (UAW) et d’autres syndicats se sont également joints à cette action.
Migdalia Santiago, présidente du groupe d’enseignants EDUCAMOS, a déclaré jeudi qu’il existe une possibilité très réelle de grève générale de tous les travailleurs vendredi. Cela dépend, en partie, de la façon dont le gouverneur gère cette «cocotte-minute qui est entre ses mains en ce moment». Santiago suggère que le gouverneur pourrait faire des concessions à la dernière minute.
Les membres de l’UTIER ont débrayé jeudi soir en vue de l’action de vendredi.
Mercredi, des travailleurs de la construction et de l’entretien des autoroutes, également membres de l’UTIER, avaient bloqué l’accès au siège de l’autorité routière dans le quartier des affaires de San Juan [Santurce] pour réclamer des salaires décents. Quatre manifestants ont été arrêtés par la police pour avoir bloqué l’entrée du bâtiment. Les travailleurs de l’autoroute travaillent sans contrat depuis 2014. Lors d’une réunion le mois dernier avec des représentants du gouvernement, on avait promis aux travailleurs une réponse le 14 janvier. Au lieu de cela, l’Autorité repousse maintenant sa réponse au 15 mai, ce que les travailleurs protestataires considèrent comme une tactique dilatoire.
Les quatre travailleurs arrêtés pour avoir bloqué le bâtiment ont été accusés d’obstruction, selon un rapport de police.
L’Association des enseignants portoricains (AMPR), affiliée à la Fédération américaine des enseignants (AFT) et forte de 40.000 membres, est notablement absente de la liste des organisations qui protestent, car sa direction a ignoré le mouvement de grève. Au lieu de cela, elle a négocié avec le «Conseil de surveillance et de gestion financière» les concessions sur les retraites que les enseignants ont rejetées aujourd’hui.
En 2017, lorsque l’AMPR a intégré l’AFT, la présidente de l’AFT, Randi Weingarten, a publié un communiqué démagogique déclarant qu’«une attaque contre les enseignants où que ce soit est une attaque contre les enseignants partout. L’AMPR se bat contre l’austérité et la privatisation à Porto Rico et les conséquences quotidiennes pour les habitants de l’île. Avec cette affiliation, les 1,6 million de membres de l’AFT se joindront à ce combat.» Maintenant, elle sabote ouvertement la lutte contre le conseil de surveillance.
Le danger auquel font face les travailleurs est que les syndicats tentent de détourner ce puissant mouvement contre les exigences des banquiers. Les syndicats veulent lancer des appels futiles à l’Assemblée législative de Porto Rico, au gouverneur Pierluisi et aux tribunaux fédéraux. De tels efforts sont voués à l’échec et ne servent qu’à épuiser et démoraliser les travailleurs. En fait, il n’y a pas de solution locale portoricaine à cette crise de la dette.
Les travailleurs doivent prendre le contrôle des manifestations de vendredi et s’en servir comme d’une rampe de lancement pour la formation de comités de base indépendants des syndicats. Sur cette base, ils peuvent joindre leur lutte à celle des travailleurs des États-Unis et du monde entier contre les politiques d’austérité de la classe dirigeante.
L’année dernière, le World Socialist Web Site a entrepris la création de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC) afin de fournir un cadre pour de nouvelles organisations démocratiques et militantes de travailleurs à l’échelle internationale. Nous exhortons tous les éducateurs et les travailleurs qui cherchent à lutter pour des emplois décents, une retraite sûre et la fin de la pandémie à s’impliquer dans cette initiative et à nous contacter pour former un comité dès aujourd’hui.
(Article paru en anglais le 18 février 2022)
