Les États-Unis et l’Union européenne ont annoncé mardi des sanctions de grande envergure à l’encontre de la Russie, ce qui aggrave encore le conflit. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a appelé quant à lui à une «coalition de guerre» au parlement ukrainien. Il a commencé à examiner les propositions de rupture des liens diplomatiques avec la Russie.
Lundi, le président russe Vladimir Poutine avait reconnu comme «indépendantes» les enclaves séparatistes de Donetsk et de Lougansk. Ces régions se sont déclarées «Républiques populaires» à la suite du coup d’État de 2014 à Kiev soutenu par les États-Unis. Poutine a ordonné l’envoi de troupes russes dans la région. Le parlement russe a approuvé le déploiement des forces armées russes mardi. S’exprimant lors d’une conférence de presse, Poutine a toutefois précisé que son ordre ne signifiait pas que «les troupes se rendraient sur place immédiatement».
En réponse aux questions des journalistes sur l’accord de Minsk de 2015, il a insisté sur le fait que Kiev avait de fait saboté et ignoré l’accord pendant de nombreuses années, notamment, en assassinant l’un des signataires de l’accord, un dirigeant séparatiste de Donetsk. Il a également insisté sur le fait que, compte tenu de son infrastructure nucléaire datant de l’ère soviétique, l’Ukraine pourrait facilement acquérir des armes nucléaires si elle décidait de le faire. Ce week-end, le président ukrainien Zelensky a menacé, lors de la conférence de Munich sur la sécurité, de révoquer l’accord de Budapest de 1994 par lequel l’Ukraine renonçait à son arsenal nucléaire, qui était alors le troisième du monde, si l’«intégrité territoriale» de son pays n’était pas garantie.
Poutine a souligné une nouvelle fois que tout règlement du conflit nécessiterait une démilitarisation importante de l’Ukraine, car les missiles qui y sont actuellement stationnés permettraient à l’OTAN de frapper des cibles situées profondément sur le territoire russe.
Mardi, Moscou a annoncé que la Russie allait évacuer tous ses diplomates d’Ukraine.
À Kiev, l’oligarchie et l’extrême droite se sont emparées de la décision prise par Poutine lundi pour envenimer le conflit et préparer le terrain pour une guerre ouverte. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères, qui est dirigé par Dmitry Kubela, un participant aux manifestations de droite qui ont conduit au coup d’État de 2014, a soumis une proposition formelle à Zelensky de rompre les liens diplomatiques avec la Russie. Kubela, qui était en visite à Washington, a ajouté qu’il avait toujours pensé que «cela aurait déjà dû être fait en 2014».
Deux députés du Parlement, Oleksiyh Honcharenko, du «Parti de la solidarité européenne» de l’ancien président Petro Porochenko, et Olga Savchuk, députée du parti néonazi Svoboda, ont présenté des projets de loi similaires au Parlement. Ils vont maintenant être examinés par des commissions parlementaires, tandis que Zelensky a déclaré qu’il examinerait la proposition du ministère des Affaires étrangères.
Le député fasciste Savchuk a également présenté une autre proposition au Parlement, appelant à la fermeture des frontières de l’Ukraine avec la Russie et la Biélorussie et à la proclamation de l’état de guerre à Donetsk et à Lougansk. Savchuk est un membre éminent du parti néonazi Svoboda, qui glorifie ouvertement le collaborateur nazi Stepan Bandera, ainsi que la division Waffen SS Galicia.
Le parti Svoboda a joué un rôle important dans le coup d’État de 2014, puis a fait partie du gouvernement d’Arseniy Yatsenyuk qui en est issu. Le chef de la faction parlementaire de Svoboda, Oleh Tyahnibok, a récemment déclaré que la Russie devait être «démembrée» en «20 États nationaux». Ainsi, la péninsule de Crimée reviendrait à l’Ukraine, ce qui est l’objectif déclaré de la stratégie militaire officielle de l’Ukraine.
Dans un autre exemple des liens intimes entre l’extrême droite ukrainienne et l’État américain, Savchuk est une ancienne élève de l’Open World Leadership Center du Congrès américain, qui s’est vantée en 2019 de ce qu’elle s’était fait élire au parlement ukrainien.
Le parti Solidarité européenne de Porochenko a lui aussi des liens étendus avec les États-Unis et l’UE, ainsi qu’avec l’extrême droite en Ukraine. Porochenko s’est adressé à plusieurs reprises à des rassemblements d’extrême droite dirigés contre Zelensky et à tout règlement négocié du conflit dans l’est de l’Ukraine.
L’ancien président ukrainien, dont la valeur nette avoisine 1,5 milliard de dollars, est récemment rentré en Ukraine où il a pu éviter d’être arrêté dans une affaire de trahison grâce à l’intervention directe des États-Unis et du Canada. Il a depuis mené une campagne qui attaque le gouvernement Zelensky par la droite et l’accusant de ne pas être suffisamment «décisif» dans le conflit avec la Russie. Au cours des dernières semaines, Zelensky a rejeté à plusieurs reprises les affirmations du gouvernement Biden selon lesquelles une invasion russe était «imminente» et a dénoncé la propagande de guerre américaine comme de l’«hystérie».
Signe que de puissantes factions de l’État américain et des agences de renseignement s’opposent désormais à Zelensky, la campagne menée contre lui s’est étendue aux pages du New York Times. Lundi, le quotidien, qui n’est guère plus qu’une agence de presse de la CIA pendant les crises de guerre, a publié un commentaire de la journaliste ukrainienne Olga Rudenko sous le titre «Le président ukrainien est dépassé». Rudenko a récemment terminé un stage à la «Booth School of Business» de l’Université de Chicago, un centre de l’élite économique et politique américaine. Dans son commentaire, elle a écrit que «le comportement de Zelensky» était «étrange au point d’être erratique».
Elle a ensuite reconnu que Zelensky, s’il faisait des «concessions à la Russie, notamment sur le conflit dans l’est de l’Ukraine», ferait face à des «centaines de milliers de personnes» dans les rues et subirait le même sort que Ianoukovitch, renversé en 2014. Ce que Rudenko, bien sûr, n’a pas dit, c’est que c’était des voyous fascistes qui ont mené la prétendue «révolution» de 2014. Depuis, l’État américain a financé et armé ces derniers et les a aidés à se développer.
La réponse de Zelensky à la pression de l’extrême droite et de Washington a été d’appeler à une «coalition de guerre» avec ces forces néo-fascistes et d’intensifier les préparatifs de guerre. Mardi soir, il a tenu une réunion à huis clos avec toutes les factions parlementaires. Lors de la réunion avec la faction Solidarité européenne de Porochenko, ce dernier aurait présenté des propositions qui visent à renforcer considérablement les capacités militaires de Kiev et à déployer des troupes dans le nord et le nord-est du pays.
Après ces réunions, Zelensky a prononcé un discours à la nation. Il a fait une déclaration qui s’adressait clairement et avant tout à ses détracteurs parmi les oligarques et les bandes néofascistes. Dans la déclaration, il a déclaré: «Tous les politiciens ukrainiens doivent maintenant être des acteurs de l’État et laisser leurs ambitions de côté, pour le bien de notre État. Tout le monde comprend que nous avons maintenant besoin d’une coalition de guerre au Parlement, d’unité et de décisions rapides et importantes pour la stabilité économique et la capacité de défense militaire de notre État. Aujourd’hui, tous les politiciens et les partis n’ont qu’une seule couleur: bleu-jaune [les couleurs du drapeau national ukrainien]».
Indiquant clairement que son gouvernement se préparait à la guerre contre la Russie, Zelensky a insisté dans son discours sur le fait que la Russie était revenue «unilatéralement» sur les accords de Minsk et a déclaré: «Nous ne céderons rien à personne [de notre territoire]. Nous ne sommes pas un peuple de 2014 mais de 2022. Nous sommes un peuple différent maintenant, nous avons une armée différente». En effet, les puissances impérialistes ont injecté des milliards dans l’armée ukrainienne depuis 2014. Depuis 2020, l’Ukraine est également un «partenaire aux possibilités accrues» de l’OTAN, ce qui implique «un accès accru aux programmes et exercices d’interopérabilité, et un plus grand partage d’informations».
Zelensky a déclaré au peuple ukrainien qu’ils devaient désormais tous se préparer à un «dur labeur» quotidien afin de sauvegarder le pays et a conclu son discours par le salut nationaliste «Slava Ukraini». Ce salut, s’il est aujourd’hui courant dans la politique ukrainienne, est aussi étroitement associé à la politique fasciste de l’Organisation des nationalistes ukrainiens et de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne des années 1930 et 1940.
Dans la soirée, Zelensky a également signé un décret qui appelle à la mobilisation de tous les réservistes militaires, mais a déclaré que ce n’était pas encore nécessaire de procéder à une mobilisation générale. Il rencontrera des représentants de l’élite économique ukrainienne pour discuter d’investissements à grande échelle pour la poursuite du renforcement des forces armées ukrainiennes.
Pendant ce temps, le conflit militaire dans l’est de l’Ukraine a continué à s’intensifier. À Donetsk, une explosion sur une autoroute a tué trois civils mardi, selon les autorités séparatistes. Une autre explosion majeure s’est produite dans le centre de la ville mercredi soir sans qu’aucune victime ne soit signalée. Les autorités séparatistes ont décrit l’explosion qui s’est produite au centre de télévision de la ville comme une «attaque terroriste». À Lougansk, selon les dernières informations deux civils se sont fait tuer lorsqu’un obus ukrainien a touché une voiture.
Selon les médias russes, plus de 100.000 réfugiés de l’Est de l’Ukraine sont désormais arrivés en Russie, dont 30.000 enfants.
(Article paru d’abord en anglais le 23 février 2022)
