Le 24 février, tandis que les forces russes bombardaient des cibles en Ukraine et attaquaient les troupes ukrainiennes et les milices d’extrême droite dans l’est du pays, l’Union européenne (UE) a décidé d’imposer des sanctions «très importantes, très fortes» à la Russie, a rapporté hier soir le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Cette décision est intervenue alors que Washington a déployé 7.000 soldats américains supplémentaires en Allemagne et que l’alliance de l’OTAN a renforcé ses forces le long des frontières occidentales de la Russie et de l’Ukraine.
Les puissances impérialistes de l’OTAN réagissent clairement aux attaques russes en Ukraine non pas en cherchant à éviter une guerre plus large, mais en intensifiant la pression économique et militaire sur la Russie. Ce faisant, ils risquent l’escalade vers une guerre mondiale entre les grandes puissances nucléaires.
Les sanctions de l’UE viseront les entreprises russes des secteurs de l’énergie et des transports, les sociétés financières et le commerce des biens dits «à double usage», c’est-à-dire, les biens civils qui ont des applications militaires directes. L’UE met également fin à l’octroi de visas aux citoyens russes et prépare de nouvelles sanctions qui viseront les actifs financiers des entreprises et des particuliers russes. Les actifs et les biens russes dans l’UE seront saisis, et l’accès de l’État et des banques russes au financement en Europe sera suspendu.
Plusieurs pays de l’UE – dont l’Allemagne, l’Italie et Chypre – se sont opposés aux appels qui visent à suspendre l’accès de la Russie au système de paiement interbancaire SWIFT. Cela mettrait fin à la capacité de la Russie à effectuer des paiements en dollars américains, l’écartant ainsi de la plupart des marchés financiers internationaux. Interrogé sur cette menace, le chancelier allemand Olaf Scholz a toutefois précisé qu’il s’agissait toujours d’une option, déclarant: «Nous devons garder les sanctions prêtes pour plus tard».
La suspension de l’accès russe à SWIFT, décrite dans la presse financière comme «l’option nucléaire», soulève la menace d’un blocus énergétique et commercial total de l’UE à l’encontre de la Russie, qui fournit à l’UE 20 pour cent de son gaz naturel. Ce serait un coup dévastateur pour l’économie mondiale, qui déclencherait une hausse explosive des prix de l’énergie en Europe et au-delà. En outre, cela intensifierait considérablement l’inflation des prix qui dévaste déjà le niveau de vie des travailleurs et pourrait entrainer l’effondrement du commerce mondial.
Cela montre bien que l’invasion russe de l’Ukraine n’est pas simplement le produit, comme le présentent de larges couches de médias européens, des manigances du président russe Vladimir Poutine. Il s’agit de la réponse nationaliste réactionnaire du Kremlin à une crise politique et économique insoluble de l’ensemble du système capitaliste mondial. Ce sont toutefois les puissances impérialistes de l’OTAN qui occupent la position la plus forte militairement et financièrement à l’échelle mondiale et qui jouent le rôle le plus agressif.
L’alliance de l’OTAN active des plans d’urgence non spécifiés pour accélérer le déploiement de dizaines de milliers de soldats aux frontières de l’Ukraine et de la Russie. Hier, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré: «Aujourd’hui, le Conseil de l’Atlantique Nord a décidé d’activer nos plans de défense. Nous réagissons à la demande de notre plus haut commandant militaire, le général Tod Wolters… [Cela] nous permettra de déployer des capacités et des forces, notamment la Force de réaction de l’OTAN, là où elles sont nécessaires».
La Force de réaction de l’OTAN est une force de réaction rapide de 40.000 hommes composée de troupes de plusieurs pays de l’OTAN. Elle est déployée dans le cadre du plan de mesures de réaction aux crises de l’alliance. Une brigade franco-allemande de 5.000 hommes, qui fait partie de cette force, est déjà en état d’alerte. Hier, Washington a également annoncé le déploiement de 7.000 soldats américains supplémentaires en Allemagne qui ont été placés en état d’alerte maximale, de 300 soldats en Lettonie et d’avions de combat F-35 en Estonie et en Lituanie.
Il apparaît en outre qu’une militarisation poussée des pays de l’OTAN eux-mêmes est en cours, l’OTAN demandant aux gouvernements européens de prendre des mesures d’urgence non précisées.
Hier, le ministère allemand de la Défense a déclaré: «En raison des événements actuels, l’OTAN a demandé à ses États membres de prendre de nouvelles mesures de réaction aux crises, un catalogue de mesures à prendre en cas de crise… Sur la base du déclenchement par l’OTAN de mesures de réaction rapide, le ministère fédéral de la Défense [allemand] a maintenant déclenché des mesures dites d’alerte nationale.» Il ajoute que «la population pourrait remarquer davantage de mouvements militaires dans les zones publiques au cours des prochains jours. Également, on pourrait avoir des restrictions en matière de transport, car les transports terrestres, maritimes et aériens doivent rester disponibles à des fins militaires».
Les autorités polonaises, slovaques, hongroises et roumaines prennent indubitablement des mesures d’urgence afin de déployer des troupes pour accueillir des milliers de réfugiés ukrainiens désespérés. Ces derniers fuient l’invasion russe dans les pays de l’UE à la frontière occidentale de l’Ukraine.
Cependant, il est clair également que les grandes puissances de l'OTAN préparent une escalade militaire visant la Russie, ce qui menace de déclencher un conflit nucléaire mondial, ainsi qu’une escalade des mesures d’urgence chez elles. L’OTAN a déjà déployé des «groupements tactiques» en Pologne et dans les États baltes, qui doivent maintenant être déployés en Roumanie, en Bulgarie, en Slovaquie et en Hongrie. Le Drian lui-même a mis en garde la Russie hier: «L’OTAN est aussi une alliance nucléaire».
Dans ce conflit, les puissances impérialistes de l’OTAN sont indubitablement le principal agresseur. Elles ont travaillé systématiquement à l’encerclement de la Russie depuis que la bureaucratie stalinienne a dissous l’Union soviétique il y a 30 ans. Après que Moscou est apparu comme un obstacle aux guerres par procuration de l’OTAN en Syrie et au Moyen-Orient, Washington et Berlin ont organisé un coup d’État à Kiev, dirigé par des forces fascistes telles que le parti Svoboda et le Secteur droit, afin d’installer un régime anti-russe à Kiev. Depuis lors, l’OTAN a resserré l’étau autour de la Russie.
Le World Socialist Web Site rejette et condamne l’invasion russe de l’Ukraine, qui n’arrêtera pas l’offensive de l’OTAN contre la Russie, mais intensifiera plutôt le danger d’une troisième guerre mondiale. Notre opposition au nationalisme russe réactionnaire du régime Poutine n’implique toutefois pas une diminution de notre opposition irréconciliable aux mensonges et à l’hypocrisie que les puissances impérialistes utilisent pour justifier leur campagne contre la Russie.
Les puissances européennes s’empressent de mettre en œuvre leurs plans de réarmement préparés de longue date, tout en éliminant toutes les mesures de santé publique contre la pandémie de COVID-19, qui fait encore plus de 20.000 victimes chaque semaine en Europe. Par-dessus tout, la classe dirigeante allemande, qui a mené une guerre d’extermination barbare contre l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale, passe à l’offensive alors même que plus de 200.000 personnes tombent malades du COVID-19 chaque jour en Allemagne.
Dans une déclaration extraordinaire jeudi, l’officier le plus haut gradé de l’armée allemande, le lieutenant général Alfons Mais, a appelé à un réarmement massif contre la Russie. «Je n’aurais pas cru, au cours de ma 41e année de service dans la paix, que j’aurais à vivre une nouvelle guerre. Et la Bundeswehr, l’armée que j’ai le privilège de diriger, est plus ou moins dégarnie», a écrit le général sur le réseau LinkedIn. «Les options que nous pouvons proposer aux politiciens pour soutenir l’alliance sont extrêmement limitées».
«Je ne me sens pas bien! Je suis énervé!», a fulminé Mais, ajoutant que «le moment est venu» de «réorganiser structurellement et matériellement (…) l’armée».
Les médias sont en mode propagande, insistant sur le fait qu’une nouvelle ère de guerre appelle à l’adoption de la force. «L’ordre européen, qui a donné au continent trois décennies de sécurité et de stabilité relatives après la fin de la guerre froide, est en train de se briser. Une nouvelle ère dangereuse commence», écrit Der Spiegel, affirmant qu’en de telles périodes, on doit «dire adieu à certains mensonges de vie qui nous sont chers». Parmi ceux-ci, «l’hypothèse selon laquelle tous les conflits peuvent être résolus par la persuasion».
C’est sans équivoque: ne parlez pas, mais battez-vous! Der Spiegel poursuit avec cette exigence: «Les Européens doivent se faire à l’idée que l’armée est aussi un facteur de la politique du 21e siècle. Beaucoup pensaient que le sort des nations se trouvait déterminé uniquement par les données économiques, la technologie, l’intelligence artificielle». Semblant brièvement applaudir l’invasion russe, il s’enthousiasme que Poutine montre «que la politique peut aussi se faire avec des moyens beaucoup plus archaïques: chars, avions de chasse, artillerie».
Pour empêcher la classe dirigeante de plonger la planète dans l’abîme, l’opposition populaire croissante contre la guerre, les inégalités sociales et la politique d’infection massive en temps de pandémie doit être imprégnée d’une perspective politique claire. Comme l’explique le Comité international de la Quatrième Internationale dans sa déclaration «Le socialisme et la lutte contre la guerre», la question cruciale est la construction d’un mouvement antiguerre dans la classe ouvrière internationale, indépendant de tous les régimes et partis capitalistes, qui lutte contre le capitalisme et pour le socialisme.
(Article paru en anglais le 25 février 2022)
