Les écoles du Canada demeurent à haut risque pour la COVID-19 alors que les gouvernements abandonnent les mesures de santé publique

Les gouvernements provinciaux du Canada accélèrent leurs efforts afin de déclarer que la pandémie de COVID-19 est terminée et de démanteler toutes les mesures de santé publique restantes. Les gouvernements de toutes les tendances politiques, des néo-démocrates de John Horgan en Colombie-Britannique aux conservateurs unis de Jason Kenney en Alberta, en passant par les conservateurs de Doug Ford en Ontario, appliquent la politique meurtrière consistant à laisser le virus se propager, exigée par les participants au «convoi de la liberté» d’extrême droite qui a occupé Ottawa.

Manifestation contre l’élimination des mesures anti-COVID par le gouvernement albertain du PCU (Facebook/Protect Our Province)

L’élimination des mesures visant à prévenir la propagation du virus dans les écoles représente un objectif particulièrement important pour tous les gouvernements provinciaux. Pendant la majeure partie de la pandémie, l’élite dirigeante du Canada a insisté pour que les écoles demeurent ouvertes, confinant les élèves et les enseignants dans des salles de classe exiguës et mal ventilées, afin que les parents soient libérés de leurs responsabilités par rapport à la garde des enfants et puissent aller travailler pour produire des profits pour la grande entreprise. Aujourd’hui, alors que les gouvernements de tous les niveaux ont adopté le mantra meurtrier du «vivre avec le virus», même les protections les plus limitées, comme le port du masque, sont éliminées.

La semaine prochaine, au retour de la relâche, les élèves et le personnel ne seront plus obligés de porter de masque dans les écoles du Québec. Les enseignants ont fait remarquer aux médias que cette décision a été prise unilatéralement par le gouvernement sans aucune consultation, et en dépit du fait que les enfants auront eu plus de contacts que d’habitude après une semaine de vacances.

Lors de la cinquième vague dévastatrice au Québec propulsée par le variant Omicron, près de 3 millions de personnes ont été infectées par le virus. Au plus fort de la vague, fin janvier, environ 50.000 élèves étaient absents de l’école à cause de la COVID-19, ainsi que plus de 2.000 enseignants. Les études suggèrent que 10 à 30% des infections à la COVID-19 se traduisent par une «COVID longue», ce qui signifie que des centaines de milliers de Québécois, dont des milliers d’écoliers, sont susceptibles de souffrir de symptômes débilitants pendant des mois et des années.

En Colombie-Britannique, les autorités sanitaires ont sévèrement réduit le dépistage, rendant pratiquement impossible l’accès à un test PCR fiable, sauf pour les personnes les plus vulnérables, âgées et non vaccinées. Malgré cette tentative flagrante, d’éliminer le suivi du nombre de cas, les cas quotidiens et les taux de positivité restent proches du pic de la vague Delta de l’été et de l’automne derniers.

Avec la décision de la province de limiter le dépistage, combinée à sa politique d’«exposition», qui ne notifie que les contacts immédiats d’une personne infectée, il est devenu de plus en plus difficile de déterminer l’étendue réelle des infections parmi les étudiants et les travailleurs de l’éducation. Les notifications à l’échelle de l’école en cas d’infections multiples ont également été éliminées.

Néanmoins, les informations limitées qui restent accessibles au public, ainsi que les données recueillies par diverses initiatives citoyennes, révèlent que le variant Omicron circule toujours à un niveau élevé dans les établissements scolaires.

BC Covid Tracker, une initiative privée dirigée par deux parents, fait état de 20 à 50 expositions quotidiennes dans la province. Bien que les cas qui leur ont été signalés dans les écoles soient à présent largement non confirmés, ils représentent certainement encore un sous-dénombrement, car le groupe n’a pas de contacts dans toutes les écoles de la province. Leurs conclusions reflètent étroitement celles d’Exposure Watch, un site géré par Gabriel Bauman, un parent, qui a signalé 94 cas distincts dans les écoles de la Colombie-Britannique au cours des sept jours précédant le 25 février.

Malgré tous leurs efforts pour minimiser et cacher l’impact sur les enfants et les travailleurs, les données de la province continuent de dresser un portrait sombre. Au cours des cinq premières semaines de cette année, 98 enfants âgés de 0 à 10 ans ont été hospitalisés, dont 10 aux soins intensifs. 74 autres enfants âgés de 10 à 19 ans ont été hospitalisés, dont trois ont dû recevoir des soins intensifs. WorksafeBC déclare avoir accepté près de 500 réclamations pour la COVID-19 sur les lieux de travail dans le secteur de l’éducation, soit le deuxième plus grand nombre de réclamations de ce type dans tous les secteurs.

La Colombie-Britannique continue de n’offrir que les protections les plus minimales en termes de mitigation dans les écoles, en proposant deux tests rapides pour chaque membre du personnel. De nombreux enseignants se sont plaints sur Twitter que malgré cette promesse, ils n’ont encore vu aucun test dans leurs écoles.

Pendant ce temps, la responsable de la santé publique de la Colombie-Britannique, Bonnie Henry, continue de refuser de délivrer des masques de qualité N95 aux travailleurs de l’éducation. Sa position est sans doute motivée par son refus catégorique de reconnaître que le virus se transmet dans l’air, ce qui a suscité des critiques internationales. Un fabricant privé, Vitacore, basé à Burnaby, a répondu au refus d’Henry en faisant don de 100.000 masques N95 qui seront distribués dans toutes les écoles de la province.

Le sous-variant BA.2, dont le pourcentage sur le plan des séquences génomiques n’a cessé d’augmenter représente actuellement environ 10% des cas dans la province. Toutefois, ce chiffre officiel est probablement un sous-dénombrement, car la région sanitaire de Vancouver Coastal, dirigée par la tristement célèbre Patricia Daly, défenseure de la déclaration de Great Barrington, n’a signalé aucun échantillon positif de BA.2. Le BA.2 peut être jusqu’à 1,5 fois plus infectieux que le variant Omicron original.

La situation est similaire dans la plupart des administrations à travers le pays, avec des degrés divers dans l’arrêt des suivis des données, ce qui rend difficile pour le public de voir et de comprendre le véritable bilan de la pandémie.

Une campagne menée par des politiciens de droite est en cours en Ontario pour éliminer le port obligatoire du masque dans les écoles, qui est pratiquement la seule mesure d’atténuation encore en place. Le maire de Brampton et ancien chef du Parti progressiste-conservateur, Patrick Brown, a exigé l’abolition du port du masque afin que les enfants puissent revenir à la «normale».

Le Dr Kieran Moore, médecin hygiéniste en chef de l’Ontario, a déclaré jeudi aux journalistes que le port obligatoire du masque dans la province pourrait prendre fin dans un peu plus de trois semaines, même si le nombre réel d’infections quotidiennes est actuellement dix fois supérieur aux chiffres officiels. Cela signifie qu’il y avait 20.000 nouvelles infections le jour où il a parlé, plutôt que les 2.200 signalées en raison des restrictions sur les tests PCR. L’abolition de l’obligation de porter le masque sera probablement annoncée en même temps pour tous les milieux intérieurs.

L’obligation de porter le masque dans les écoles de l’Alberta a été éliminée par le gouvernement de droite de Kenney dès le 14 février. Cette mesure faisait partie d’un plan global visant à mettre fin à toutes les mesures de santé publique qui coïncidait avec l’appui de Kenney au «convoi de la liberté», un mouvement d’extrême droite. Interrogé sur les données scientifiques justifiant la l’élimination du port du masque, le ministre de la Santé, Jason Copping, a ressorti un mensonge utilisé par les partisans de l’infection de masse tout au long de la pandémie, en déclarant: «Nous devons laisser les enfants être des enfants. Nous savons que la COVID a un impact sur les enfants, qu’il a tendance à être moins grave, qu’ils sont moins susceptibles de l’attraper et de le transmettre, bien qu’avec Omicron, le taux de transmission soit plus élevé.»

La décision du gouvernement a déclenché une colère généralisée, surtout après qu’il est apparu que la ministre de l’Éducation Adrienne LaGrange a envoyé une lettre aux conseils scolaires pour les informer qu’ils n’ont aucun pouvoir légal d’imposer des obligations de porter le masque au niveau local en classe ou dans les bus scolaires. Des débrayages d’élèves ont eu lieu à Calgary et à Edmonton le 14 février en signe de protestation.

Au Nouveau-Brunswick, les cas quotidiens semblent avoir atteint un plateau, mais les cas dans les écoles augmentent de manière significative selon l’initiative citoyenne indépendante, Protect Our Province (New Brunswick). La province mettra fin à son obligation de porter le masque dans tous les milieux intérieurs le 14 mars.

En Saskatchewan, depuis le 1er février, toutes les déclarations d’exposition à la COVID-19 dans les écoles ont été arrêtées. De plus, la province a cessé de signaler le nombre de cas quotidiens, tout en limitant l’accès aux tests aux personnes immunodéprimées et aux travailleurs de la santé. Le 28 février, elle a levé toutes les restrictions en lien avec la COVID, y compris l’obligation de porter le masque et l’obligation de s’isoler.

Ces politiques meurtrières, qui sont poursuivies d’un bout à l’autre du pays, créent les conditions pour l’émergence d’une nouvelle vague d’infections et de décès. Les éducateurs, les étudiants et tous les travailleurs doivent s’y opposer.

Le Comité de sécurité pancanadien du personnel scolaire de la base (CSPPB) est une organisation d’enseignants, de membres du personnel en éducation, d’étudiants et de supporters qui luttent pour une stratégie mondiale d’élimination de la COVID-19. Nous encourageons tout le monde à contribuer à nos rapports réguliers sur l’impact de la COVID-19 dans les écoles et autres établissements d’enseignement. Vous pouvez suivre le CSPPB sur Twitter ou envoyer un courriel au cersc.csppb@gmail.com.

(Article paru en anglais le 4 mars 2022)

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