Adoptant les demandes du Convoi de la liberté, les divers paliers de gouvernement au Canada abandonnent rapidement les dernières mesures de santé publique relatives à la COVID-19

Sous couvert d’une propagande de guerre incessante contre la Russie, les gouvernements fédéral et provinciaux du Canada démantèlent rapidement les quelques mesures de santé publique qui subsistent servant à contrer la COVID-19.

Les premiers ministres de toutes les provinces régurgitent sans vergogne les mêmes mensonges qu’ils ont déjà répétés d’innombrables fois, à savoir que la pandémie est «terminée» et que la population, qui a subi près de 37.000 décès et des centaines de milliers d’hospitalisations, doit apprendre à «vivre avec le virus». Ce faisant, ils adhèrent pleinement aux mesures fascistes et antiscientifiques exigées par le Convoi de la liberté, un mouvement d’extrême droite qui a occupé le centre-ville d’Ottawa pendant plus de trois semaines et bloqué les passages frontaliers américains au début du mois de février.

Sur cette photo du jeudi 29 avril 2021, Sherry Cross Child, une résidente canadienne de Stand Off (Alberta), reçoit un vaccin contre la COVID-19 au poste frontalier de Piegan-Carway, près de Babb (Montana) (AP Photo/Iris Samuels)

Ces politiques d’immunité collective, issues de la Déclaration de Great Barrington fascisante, sont mises en œuvre alors que le pays sort de la cinquième vague de la pandémie de COVID-19. La vague la plus récente a été alimentée par la combinaison du variant Omicron, hautement transmissible, et d’un effort incessant des gouvernements pour que tous les lieux de travail et les écoles restent ouverts.

L’affirmation selon laquelle les travailleurs doivent «vivre avec le virus» implique implicitement qu’un nombre important de personnes âgées, de personnes immunodéprimées et même de personnes en bonne santé mourront inutilement du virus. La classe dirigeante, dans le seul but d’accroître sa richesse déjà immense, est prête à infecter toute la population avec la COVID-19.

Après avoir déclaré dès le départ que le variant Omicron était «bénin», la classe dirigeante et ses représentants gouvernementaux ont ensuite présidé à une vague hivernale mortelle de la pandémie. Des professionnels de la santé et des scientifiques de principe ont averti que si l’on n’annulait pas les politiques de réouverture du gouvernement, y compris la suppression des tests PCR généralisés, cela entraînerait une vague d’infection et de mortalité massive. C’est précisément ce qui s’est produit.

Les gouvernements capitalistes et la presse bourgeoise ont déployé des efforts concertés pour dissimuler les faits des trois derniers mois, bien qu’il s’agisse de l’une des pires phases de la pandémie à ce jour. La classe ouvrière se fait dire, jour après jour, que «le pire est passé», sans que l’on rende compte du lourd tribut payé en vies humaines au cours de l’hiver.

Le premier cas de COVID-19 au Canada causé par le variant Omicron a été documenté le 28 novembre 2021. Au cours des trois mois précédents, le variant Delta avait ravagé le pays pendant la poussée automnale de la pandémie, son point bas se situant au début de décembre.

À peine le nouveau variant a-t-il commencé à se propager rapidement au Canada que les gouvernements affirmaient qu’Omicron était impossible à arrêter et qu’il infecterait tout le monde. Ils ont présenté cette situation comme un avantage net, censé conduire à une immunité collective. Et ce, malgré les recherches démontrant que l’infection par Omicron ne confère aucune immunité significative à long terme contre la COVID-19. De nombreuses personnes précédemment infectées par Omicron ont été réinfectées par le sous-variant BA.2.

Moins de deux mois après le premier cas confirmé, le 26 janvier, Omicron a produit le plus grand nombre de décès en une seule journée de toute la pandémie, avec 226 décès enregistrés dans tout le pays. Au cours des trois mois allant du 1erdécembre 2021 au 28 février 2022, la COVID-19 a tué environ 6500 personnes. Seules la première vague de la pandémie, au printemps 2020, et la deuxième vague, à l’hiver 2020, ont produit des bilans plus lourds, avec environ 8500 et 9700 morts, respectivement.

L’impact de ce nombre de décès ne peut être apprécié que si l’on sait qu’au plus fort de la cinquième vague, plus de 80 % de la population canadienne était entièrement vaccinée, et qu’environ 45 % avaient reçu une troisième dose de rappel. En comparaison, aucun vaccin n’avait encore été mis au point lors de la première vague, et seule une petite proportion de la population avait reçu ne serait-ce qu’une seule dose de vaccin au plus fort de la deuxième vague.

Même ces chiffres de mortalité stupéfiants sont probablement des sous-comptes. La Dre Tara Moriarty, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de Toronto, estime que seul le Québec a déclaré avec précision son nombre de décès dus à la COVID-19, tandis qu’une province comme la Colombie-Britannique, gouvernée par le Nouveau Parti démocratique soi-disant «progressiste», sous-déclare ses décès dus à la COVID-19 par un facteur de trois.

Selon la modélisation de la Dre Moriarty, la Colombie-Britannique n’est devancée que par l’Alberta pour ce qui est du nombre de décès excédentaires par habitant pendant la pandémie, ce qui est considéré comme un indicateur plus fiable du nombre réel de décès dus à la COVID-19 dans des conditions où les gouvernements provinciaux ont limité les tests publics pour cacher l’étendue de la pandémie à la population. Le nombre de décès excédentaires pour cent mille habitants en Colombie-Britannique a atteint un sommet de 125 à la fin de novembre 2021, contre 200 en Alberta.

Au total, au moins 1,48 million de Canadiens ont officiellement contracté la COVID-19 lors de la cinquième vague selon Worldometer, ce qui représente près de quatre pour cent de la population totale. Cependant, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec a admis qu’au moins trois millions de résidents du Québec ont été infectés par Omicron, ce qui représente plus d’un tiers de la population. Si l’on suppose qu’un rapport similaire d’infection par habitant s’est produit dans tout le pays, plus de 13 millions des 38 millions d’habitants du Canada pourraient avoir été infectés par Omicron.

Même en utilisant une estimation prudente de dix pour cent de toutes les infections, le nombre de personnes infectées qui développeront ensuite des symptômes de la COVID longue est ahurissant. Ce qui a été préparé par l’infection massive de millions de Canadiens en si peu de temps est une maladie chronique et potentiellement débilitante pour d’innombrables personnes pour des années ou des décennies. La recherche a établi une comparaison entre l’infection à la COVID-19 et l’empoisonnement au plomb en ce qui concerne les facultés cognitives d’une personne, et il a été démontré que la maladie s’attaque à de nombreux systèmes essentiels du corps humain.

Le nombre de cas, d’hospitalisations et de décès est en baisse. Cela est dû en grande partie au fait que le virus a déjà fait ses ravages dans les sections vulnérables de la population, et non au fait que les gouvernements fédéral et provinciaux ont fait quoi que ce soit pour arrêter sa propagation. Des perturbations majeures des systèmes de santé publique persistent. Après avoir été amenés au bord de l’effondrement lors de la cinquième vague, les systèmes hospitaliers continuent de subir des niveaux sans précédent d’attrition du personnel.

Néanmoins, d’éminents dirigeants provinciaux, tels que les premiers ministres de droite dure Jason Kenney en Alberta et Doug Ford en Ontario, ont du mal à contenir leur enthousiasme quand vient le temps d’éliminer les mesures de santé publique, car ils y voient une ponction intolérable sur les bénéfices des banques et des grandes entreprises qu’ils servent.

L’Alberta, que Kenney avait déjà rouverte à grand renfort de fanfare corporative à l’été 2021, avant que la province ne subisse ensuite sa pire vague de pandémie, a, avec la Saskatchewan, abandonné toutes mesures de santé publique. Cela inclut les limites de capacité intérieure et le port du masque obligatoire pour tous les établissements, sauf les plus à risque, comme les maisons de soins de longue durée. Les passeports vaccinaux ont également été supprimés.

En Ontario, au Québec, en Colombie-Britannique et au Manitoba, toutes les limites de capacité aux activités à l’intérieur ont été levées et les responsables gouvernementaux de chaque province ont ouvertement envisagé de supprimer le port du masque obligatoire d’ici la fin mars. Les provinces maritimes suivent le mouvement: le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador sont prêts à supprimer le port du masque obligatoire d’ici le milieu du mois.

Tout cela se déroule alors qu’apparaissent les premiers signes d’une résurgence de la pandémie. L’échantillonnage des eaux usées en Ontario et en Saskatchewan révèle en effet des niveaux élevés de COVID-19, ce qui suggère le début d’une nouvelle vague alimentée par le nouveau sous-variant BA.2 d’Omicron. En outre, le médecin en chef de l’Ontario, le Dr Kieran Moore, a déclaré que le nombre de personnes nouvellement infectées par la COVID-19 en Ontario chaque jour est probablement dix fois supérieur au nombre enregistré de 2000.

Pendant ce temps, le gouvernement libéral fédéral, dirigé par le premier ministre Justin Trudeau, facilite une fois de plus l’imposition par les gouvernements provinciaux des diktats de Bay Street, tout en se posant cyniquement en adversaire de la politique d’immunité collective. Pas une seule fois pendant toute la durée de la pandémie, le gouvernement fédéral n’a invoqué la Loi sur les mesures d’urgence pour déclarer une urgence nationale et coordonner une réponse nationale pour éliminer le virus, alors que cela aurait pu sauver des dizaines de milliers de vies. Au lieu de cela, leur réponse à la pandémie a été de consolider les profits et les richesses de la classe dirigeante, notamment en leur accordant plus de 650 milliards de dollars de renflouement à partir du printemps 2020. D’autre part, le gouvernement Trudeau a prolongé les rations de pauvreté par le biais de l’allocation limitée de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) pour les travailleurs mis à pied pendant la pandémie.

La responsabilité principale de la calamité qui s’est abattue sur les travailleurs au Canada incombe à la bureaucratie syndicale et au NPD, qui ont soutenu le gouvernement libéral minoritaire pendant toute la durée de la pandémie et sont complices de la mort de dizaines de milliers de personnes.

Au lieu de lutter pour la sécurité de leurs membres et de leurs familles, la bureaucratie syndicale a étouffé et saboté tous les efforts des travailleurs pour s’opposer à la politique d’immunité collective et créer des conditions de travail plus sûres. Cela inclut, sans s’y limiter, la fermeture de toute discussion de mener des actions de grève pour s’opposer à la réouverture dangereuse des écoles et aux conditions de travail dangereuses, et son intervention active pour empêcher toute contre-manifestation de gauche pour s’opposer au Convoi de la liberté.

Le démantèlement des mesures de santé publique relatives à la COVID-19 va entraîner une recrudescence des hospitalisations et des décès. S’opposer à ces politiques homicides nécessite la construction d’un mouvement de lutte pour une stratégie d’élimination de la COVID-19: un mouvement qui doit être basé sur la classe ouvrière et qui unira les travailleurs de tous les pays dans une lutte commune contre les politiques d’immunité collective capitalistes.

(Article paru en anglais le 6 mars 2022)

Loading