Les États-Unis menacent d’imposer un embargo commercial alors que les combats continuent de s’intensifier et que les sanctions dévastent l’économie russe

Annonçant une nouvelle escalade de la guerre économique contre la Russie, le secrétaire adjoint au Trésor américain Wally Adeyemo a menacé lundi que les États-Unis envisageaient d’imposer un embargo commercial complet à la Russie et de fermer les voies navigables internationales vers le pays. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait déjà fait ces deux demandes.

Des personnes récupèrent des biens dans un appartement d’un immeuble détruit par une frappe d’artillerie à Kiev, en Ukraine, le lundi 14 mars 2022 (AP Photo/Vadim Ghirda)

Ces menaces sont intervenues après une nouvelle escalade dangereuse du conflit dimanche, lorsque huit missiles de croisière russes ont frappé le Centre international pour le maintien de la paix et la sécurité à Yavoriv, une ville située à seulement 15 km de la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, membre de l’OTAN. L’attaque aérienne aurait tué 35 personnes et en aurait blessé 134.

Dimanche soir, la Russie a annoncé que d’autres attaques de ce type pourraient suivre, affirmant que l’attaque avait tué «180 mercenaires étrangers» et perturbé les livraisons d’armes occidentales. S’adressant au Washington Post sous couvert d’anonymat, un responsable américain de la défense a démenti que les livraisons d’aide militaire occidentale avaient été perturbées.

Vingt pays de l’OTAN sont impliqués dans des livraisons à grande échelle de munitions, de systèmes antichars et antiaériens portatifs ou tirés à l’épaule à destination de l’Ukraine: des armes particulièrement adaptées à une utilisation dans les insurrections. À eux seuls, les États-Unis ont promis un total de 1,2 milliard de dollars à l’Ukraine cette année, Biden ayant annoncé samedi la dernière tranche de 200 millions de dollars.

L’OTAN et le gouvernement ukrainien encouragent aussi explicitement les combattants étrangers, ainsi que les forces d’extrême droite du monde entier, à venir en Ukraine pour rejoindre la «Légion internationale» et combattre dans des formations paramilitaires fascistes, comme le bataillon Azov. Ce dernier aurait réussi à augmenter considérablement le nombre de ses membres au cours des dernières semaines.

Le Centre à Yavoriv, où les membres de la «Légion internationale» sont stationnés, est depuis longtemps une plaque tournante importante pour les fournitures et les formations militaires que l’OTAN fournit aux militaires ukrainiens depuis le coup d’État d’extrême droite soutenu par les États-Unis en 2014. Selon BuzzFeed, des troupes de la Garde nationale de Floride formaient des soldats ukrainiens dans cette installation dans le cadre d’une mission de l’OTAN, pas plus tard que début février.

Les combats, notamment dans le sud de l’Ukraine et autour de la ville de Marioupol, continuent de s’intensifier. Des signes indiquent que les deux parties visent de plus en plus les zones civiles et que l’armée russe intensifie ses attaques contre les villes ukrainiennes.

Lundi, un tir de missile a tué au moins 23 personnes à Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, dont 20 civils et plusieurs enfants, selon les autorités séparatistes soutenues par la Russie. Accusant l’armée ukrainienne, le chef séparatiste Denis Pishulin a qualifié cette attaque de «crime de guerre». Bien que l’armée ukrainienne ait nié toute responsabilité dans cette attaque, rejetant la faute sur la Russie, la presse occidentale a gardé un silence remarquable sur cet incident qui pourrait être le plus meurtrier pour les civils dans cette guerre.

Les estimations les plus récentes de l’ONU portent à 596 le nombre de morts civiles, dont 43 enfants. Plus de 4 millions de personnes ont été contraintes de fuir; environ 1,5 million d’entre elles se trouvent actuellement en Pologne.

Les négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine se poursuivent et un représentant du gouvernement de Zelensky a indiqué lundi qu’un accord pourrait être conclu «dans une semaine ou deux ou en mai». Les responsables ukrainiens et américains avaient auparavant souligné que le Kremlin était prêt à faire des «compromis».

Pour la première fois, une personnalité militaire russe a admis que la guerre ne se déroulait pas comme prévu. Le chef de la Garde nationale russe, le général Viktor Zolotov, a reconnu dans un discours prononcé dimanche que «tout ne va pas aussi vite que nous le voudrions». Depuis, le discours a été retiré du site Internet de la Garde nationale. Le Kremlin a également admis que des conscrits étaient envoyés en Ukraine, ce que la Russie avait précédemment nié.

Des reportages non confirmés indiquent également que la Russie a demandé une aide militaire à la Chine. Les analystes militaires se demandent pourquoi la Russie, qui dispose d’une puissance aérienne plusieurs fois supérieure à celle de l’Ukraine, n’en a fait jusqu’à présent qu’un usage très limité. Une analyse parue dans le magazine allemand Der Spiegel suggère que la faiblesse des équipements, le manque d’expérience des pilotes, ainsi que la crainte de pertes élevées parmi les soldats, pourraient être à l’origine de l’hésitation du Kremlin. Les systèmes de défense antiaérienne livrés par l’Occident seraient en train de causer de sérieux dommages à l’armée de l’air russe.

Les derniers chiffres du ministère russe de la Défense font état de 498 soldats russes morts, mais ces chiffres n’ont pas été mis à jour depuis plus de deux semaines et sont largement considérés comme de vastes sous-estimations.

La guerre et l’impact des sanctions ont considérablement aggravé une crise déjà sévère du régime Poutine. Vendredi, la secrétaire de presse de la Maison-Blanche, Jen Psaki, s’est réjouie du fait qu’avec les sanctions existantes, les États-Unis et leurs alliés avaient «essentiellement écrasé l’économie russe».

Un article récent paru dans Foreign Affairs donne une idée de l’ampleur extraordinaire du désastre social que la guerre économique menée par les puissances impérialistes est en train de produire. «Les Russes seront bientôt confrontés à des pénuries de produits de base – pas seulement de produits de luxe comme les iPhone et les iPad, dont l’importation est désormais interdite, mais aussi de biens et de produits plus ordinaires comme les vêtements, les voitures, les appareils ménagers et la nourriture». L’article prévient que «des industries entières pourraient fermer dans les mois à venir, ce qui précipiterait non seulement des pénuries de marchandises, mais aussi un chômage de masse, un effondrement de l’assiette fiscale et une incapacité à payer les salaires des employés de l’État. Déjà, le plus grand producteur d’automobiles de Russie a dû interrompre temporairement sa production en raison de la pénurie de composants importés».

Même avant la guerre, des millions de travailleurs russes avaient été complètement appauvris par la restauration du capitalisme en 1991 et peinaient à acheter les denrées alimentaires de base. Nombreux sont ceux, notamment les retraités, qui dépendent depuis longtemps des aliments qu’ils produisent eux-mêmes pour survivre.

L’impact des sanctions s’étendra bien au-delà des frontières de la Russie, aggravant l’impact immédiat et horrible de la guerre elle-même. Ensemble, la Russie et l’Ukraine fournissent environ 30 pour cent de la consommation mondiale de blé. Alors que la guerre a paralysé l’économie ukrainienne, la Russie a interdit l’exportation de toutes les céréales et de tout le sucre jusqu’au 31 août pour contrer l’impact des sanctions.

En prévision d’une grave crise alimentaire, les pays du monde entier ont commencé à imposer des restrictions à l’exportation, et les marchés du blé ont atteint un niveau record. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a mis en garde lundi contre «un ouragan de la faim et un effondrement du système alimentaire mondial».

La guerre en Ukraine, qui prend de plus en plus la forme d’un conflit ouvert avec l’OTAN, combinée à l’impact des sanctions économiques, a également creusé des fossés au sein de la classe dirigeante russe et a poussé de plus en plus de membres de la classe moyenne supérieure à l’exile ou à appuyer ouvertement l’opposition «libérale» proaméricaine d’Alexei Navalny, voire les deux.

Les membres des étroites classes moyennes et supérieures de Russie, qui avaient des économies et des relations à l’étranger, ont quitté le pays en masse pour les États baltes et les anciennes républiques soviétiques du Caucase. La semaine dernière, leur nombre était estimé entre 150.000 et 200.000, mais le chiffre réel est probablement beaucoup plus élevé.

Lundi, lors d’un incident largement médiatisé, une rédactrice de la chaîne de télévision publique russe Channel 1 a interrompu une émission avec une pancarte «Non à la guerre». Dans un message vidéo, elle a déclaré son soutien à Navalny et a appelé les Russes à se joindre aux manifestations antiguerre qui sont politiquement dominées par l’opposition libérale. Plusieurs oligarques autrefois proches de Poutine, dont Oleg Deripaska, se sont également prononcés contre la guerre.

Les travailleurs ne doivent apporter aucun soutien à ces forces. Elles ne représentent pas la «paix», mais une section de l’oligarchie et de la classe moyenne supérieure qui cherche à s’aligner sur l’OTAN et qui est impliquée dans une opération de changement de régime soutenue par l’impérialisme qui ne peut que conduire à davantage d’austérité et de guerres. Les travailleurs doivent s’opposer au régime de Poutine et à sa guerre criminelle en Ukraine du point de vue de leurs propres intérêts de classe indépendants. Ils doivent lutter sur la base de l’internationalisme révolutionnaire et en alliance avec les travailleurs d’Ukraine, d’Europe et des États-Unis pour le renversement du système capitaliste.

(Article paru en anglais le 15 mars2022)

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