Défendez la grève des camionneurs espagnols contre la répression du gouvernement PSOE-Podemos!

Depuis deux semaines, 75.000 chauffeurs routiers de la Plateforme espagnole de défense du transport routier de marchandises sont en grève nationale illimitée contre la flambée mondiale des prix du carburant. Ils exigent la stabilité des prix du carburant, alors même que les puissances de l’OTAN menacent de couper les exportations de carburant russe dans le cadre de la guerre russo-ukrainienne. La grève a déjà eu un impact considérable, interrompant l’approvisionnement des usines, des exploitations industrielles et des supermarchés, ce qui a coûté des milliards d’euros aux sociétés espagnoles.

Des camions se rassemblent pour protester contre le prix élevé du carburant dans la banlieue de Madrid, en Espagne, le jeudi 24 mars 2022 (AP Photo/Manu Fernandez)

La grève se transforme en une confrontation politique avec le gouvernement espagnol du Parti socialiste (PSOE)-Podemos et sa participation à l’effort de guerre de l’OTAN contre la Russie qui accélère l’inflation. Le premier ministre Pedro Sanchez a admis que les sanctions contre la Russie «auront un coût et exigeront des sacrifices… cela aura logiquement un impact sur l’économie des familles».

Tout en relevant d’un côté les éventuelles subventions aux carburants, Sanchez refuse également de négocier avec la Plateforme et lance une répression brutale. Le PSOE et Podemos ont déployé 23.000 policiers, le plus grand déploiement contre une grève jamais réalisé en Espagne. Des voitures de police et des hélicoptères lourdement armés escortent les chauffeurs briseurs de grève pour approvisionner les supermarchés et les usines industrielles, et agressent les grévistes sur les piquets de grève. La police a blessé par balle un camionneur en grève sur le piquet de grève et a arrêté plus de 60 personnes, tout en infligeant des amendes à des centaines de grévistes.

Pour défendre les camionneurs contre la répression exercée par le gouvernement PSOE-Podemos, la classe ouvrière doit être mobilisée. La grève s’inscrit dans un mouvement international contre les conséquences économiques de la pandémie et des menaces de l’OTAN contre la Russie qui risquent de déclencher une guerre mondiale.

  • En Turquie, où l’inflation a grimpé à plus de 50 pour cent selon des chiffres officiels très sous-estimés, une vague de grèves a éclaté, dont beaucoup sont des actions sauvages indépendantes des syndicats. Des travailleurs de l’automobile, des travailleurs de la santé, des métallurgistes, des mineurs de fer, des coursiers, des démolisseurs de navires, des travailleurs municipaux et des médecins se sont mis en grève, réclamant des salaires plus élevés et la protection contre la COVID-19 sur les lieux de travail.
  • Au Canada et aux États-Unis, des dizaines de milliers de cheminots sont en lutte contre les horaires de travail arbitraires imposés alors que la pandémie de COVID-19 déstabilise les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les cheminots du Canadien Pacifique (CP) ont fait grève, tandis que les travailleurs américains du BNSF font face à une injonction antigrève d’un juge américain. La Maison-Blanche de Biden est également en pourparlers avec les responsables du syndicat des métallurgistes pour bloquer une grève de 30.000 travailleurs américains des raffineries de pétrole.
  • En Inde, 70.000 travailleurs des agences de bus de la Maharashtra State Road Transport Corporation (MSRTC) sont en grève depuis 20 semaines, défiant les injonctions du gouvernement et les menaces d’arrestations massives. La MSRTC a licencié ou suspendu plus de 14.000 travailleurs qui réclament de meilleurs salaires et avantages sociaux, ainsi qu’une indemnisation pour les familles de plus de 700 personnes décédées de la COVID-19.
  • Les protestations et les grèves se multiplient en Europe, y compris en Espagne. En Allemagne, en Grèce, en Italie et en France, les camionneurs ont organisé des grèves ou des actions de ralentissement sur les autoroutes pour protester contre la hausse du prix du carburant. Les protestations se multiplient en Grande-Bretagne après que P&O Ferries a licencié la totalité de ses 800 employés en faisant appel à une agence de sécurité privée et à des briseurs de grève. Alors que les travailleurs des transports en commun français sont prêts à se mettre en grève, en Espagne, 60.000 enseignants de Catalogne ont entamé une grève de trois jours pour réclamer davantage d’investissements dans l’éducation.

La grève des camionneurs espagnols a confirmé un axiome de base du marxisme: pour faire la guerre à l’étranger, la bourgeoisie fait la guerre de classe contre les travailleurs chez elle. Sanchez s’engage à augmenter le budget de la défense de 10 milliards d’euros pour le porter à 25 milliards d’euros par an, mais le PSOE et Podemos refusent d’aider les camionneurs qui sont un élément vital de l’économie de la société. Au lieu de cela, ils déchaînent la police et une campagne médiatique hystérique contre les camionneurs, menée par des ministres du PSOE et des bureaucrates syndicaux staliniens affiliés à Podemos.

La ministre des Transports Raquel Sánchez a refusé de rencontrer la Plateforme qui appelle à la grève. Elle a dénoncé la grève comme une «énorme irresponsabilité» et la Plateforme comme «un groupe minoritaire encouragé par l’extrême droite et les groupes antidémocratiques.» Elle n’a pas tenu compte de la déclaration de la Plateforme qui insiste sur le fait qu’elle n’a aucun lien avec le parti fasciste Vox, qui a fait des déclarations hypocrites de soutien à la grève alors même que la police attaque les grévistes.

Le gouvernement PSOE-Podemos, tout en déployant des troupes en Europe de l’Est pour menacer la Russie, dénonce sans vergogne les camionneurs en les qualifiant de pions du président russe Vladimir Poutine. La ministre des Finances María Montero a attaqué les camionneurs pour avoir «fait le jeu de Poutine», tandis que le ministre de la Présidence Félix Bolaños les a qualifiés d’«alliés de l’instabilité, et c’est ce que Poutine voudrait».

Les larbins syndicaux de Podemos jouent un rôle tout aussi immonde. Le syndicat Commissions ouvrières (CCOO), liées à Podemos, a publié une déclaration commune avec l’Union générale des travailleurs (UGT) sociaux-démocrates, qualifiant les camionneurs en grève de «groupes violents». Il a hypocritement attaqué la Plateforme pour avoir inclus les petites entreprises, affirmant que la grève est un arrêt de travail et, en tant que telle, n’est pas protégée par le droit du travail.

Encarna Chacón, secrétaire générale de CCOO en Estrémadure, l’une des régions les plus touchées par la grève, a dénoncé les camionneurs, les comparant aux manifestations des «gilets jaunes» en France contre les inégalités sociales. «En Espagne, nous ne pouvons pas être comme la France avec les “gilets jaunes”. S’il y a quelqu’un qui veut cela, nous pensons qu’il a tort», a-t-elle déclaré, ajoutant: «Ce syndicat n’a jamais défendu les grèves sauvages, et nous ne les défendrons jamais».

Les grévistes ne sont pas des pions de Poutine, mais le PSOE, Podemos et les syndicats sont des pions des banques et de l’OTAN. Les menaces irréfléchies de l’OTAN contre la Russie se heurtent à une opposition populaire écrasante. Les sondages ont révélé que 68 pour cent des Espagnols ne soutiennent pas l’implication dans le conflit Russie-Ukraine, tandis que 86 pour cent ont «assez» ou «très» peur de l’effet de la guerre sur les prix.

Contre la hausse des prix, les travailleurs doivent lutter non seulement contre ses effets, mais aussi contre ses causes. L’inflation est en dernière analyse le produit de la redistribution incessante des richesses à l’aristocratie financière inhérente au système capitaliste. Des milliers de milliards de dollars, de livres sterling et d’euros ont été imprimés et injectés dans les marchés boursiers pour gonfler les portefeuilles des riches et des nantis pendant la pandémie, alors même qu’on laissait mourir des millions de personnes. Aujourd’hui, l’inflation est en hausse, tandis que l’OTAN menace imprudemment de faire la guerre à la Russie, d’exclure son pétrole, son gaz et ses céréales des marchés mondiaux, entraînant une nouvelle hausse des prix des matières premières.

Les travailleurs et travailleurs indépendants du monde entier se retrouvent en lutte contre une classe dirigeante qui n’a rien d’autre à offrir qu’une pandémie sans fin, des bas salaires, l’austérité sociale et la guerre.

Les travailleurs de toutes les industries doivent tirer leurs propres conclusions des promesses de la bureaucratie syndicale de ne pas organiser de grèves et de ses attaques contre des mouvements comme celui des «gilets jaunes», organisés indépendamment sur les médias sociaux. La direction des activités de grève doit être retirée des mains des bureaucraties petites-bourgeoises comme les CCOO staliniennes.

Pour surmonter les calomnies et les briseurs de grève des syndicats et des partis de pseudogauche comme Podemos, les travailleurs ont besoin de nouvelles organisations, des comités de la base sur les lieux de travail, pour mener la lutte des classes. Unifiés au sein de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base, les travailleurs pourraient mener une lutte puissante contre la marche vers la guerre et l’appauvrissement de la classe ouvrière qui trouvent leur source dans le capitalisme. Les travailleurs et les jeunes qui soutiennent une telle perspective devraient contacter le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) et se joindre à la lutte pour construire des sections du CIQI en Espagne et dans le monde.

(Article paru en anglais le 25 mars 2022)

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