Perspective

COVID-19: Les confinements à Shanghai et la lutte pour l’élimination mondiale de la pandémie

Lundi, les autorités de Shanghai, la zone urbaine la plus peuplée de Chine avec plus de 26 millions d’habitants, ont commencé un confinement de la ville en deux étapes. Les habitants situés à l’est de la rivière Huangpu, qui sépare la ville en deux, seront soumis à un confinement strict en «circuit fermé» du 28 mars au 1er avril. Ensuite, ce sera la tour des habitants situés à l’ouest de la rivière qui seront soumis au même type de confinement du 1er au 5 avril.

Un agent de santé en combinaison de protection prélève un échantillon d’un résident sur un site extérieur de dépistage du coronavirus, le mercredi 23 mars 2022, à Pékin, en Chine (AP Photo/Andy Wong) [AP Photo/Andy Wong]

Pendant ces confinements, tous les transports en commun s’arrêteront, les lieux de travail non essentiels fermeront et les écoles passeront à l’enseignement à distance. Chaque résident subira plusieurs tests PCR afin d’identifier toutes les infections à la COVID-19 et de couper toute chaîne de transmission. Toutes les infections symptomatiques seront hospitalisées et les personnes atteintes d’infections asymptomatiques seront surveillées en toute sécurité dans des centres d’isolement.

Le confinement de Shanghai, un centre financier et industriel majeur du capitalisme mondial, est très significatif. Il intervient dans des conditions où la Chine lutte pour contenir la pire épidémie de COVID-19 depuis le début de la pandémie fin 2019, alimentée par le sous-variant Omicron BA.2, hautement contagieux, immunorésistant et virulent.

Depuis le début du mois de mars, les infections de COVID-19 ont progressivement augmenté dans une grande partie de la Chine, passant d’une moyenne de 119 nouveaux cas quotidiens sur 7 jours le 1er mars à une moyenne de 5.203 nouveaux cas quotidiens le 28 mars, pour un total de 75.037 infections identifiées ce mois-ci. Tragiquement, le 20 mars, deux personnes ont succombé au virus, les premiers décès en Chine depuis plus d’un an.

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Graphique qui montre les données sur les infections de COVID-19 en Chine ce mois-ci (WSWS Media)

Comparés aux terribles vagues d’infection qui ont balayé le reste du monde, ces chiffres sont minuscules, mais ils sont les pires que la Chine ait connus depuis l’élimination de la COVID-19 au début du mois de mai 2020.

L’épidémie en cours en Chine est entièrement la faute des puissances impérialistes occidentales, menées par les États-Unis. Refusant de suivre l’exemple de la Chine et d’autres pays d’Asie-Pacifique qui ont mis en œuvre les politiques nécessaires pour arrêter la pandémie en 2020, ils ont laissé le virus circuler dans le monde entier et infecter des milliards de personnes au cours des deux dernières années. Ils ont imposé le nationalisme en matière de vaccins et défendu les intérêts lucratifs des monopoles pharmaceutiques, laissant 85 pour cent de la population des pays à faible revenu entièrement non vaccinée.

Ces politiques meurtrières ont tué environ 20 millions de personnes dans le monde, selon le rapport de l’Economistsur les décès excédentaires, tout en donnant naissance à des variants de plus en plus dangereux dont la propagation est de plus en plus difficile à contenir.

Le BA.2 est le variant le plus dangereux du SRAS-CoV-2 qui a évolué jusqu’à présent. On pense qu’il est à peu près aussi infectieux que la rougeole, l’agent pathogène le plus contagieux connu de l’homme, et qu’il est plus résistant au système immunitaire que le sous-variant Omicron BA.1 et aussi virulent que le variant Delta du SRAS-CoV-2.

Le fait même que la Chine a pu empêcher la croissance exponentielle du BA.2, tel que cela s’est produit dans une grande partie du monde avec le BA.1 et dans de nombreux pays avec le BA.2, témoigne de la force de la stratégie d’élimination «dynamique zéro» qu’elle a maintenue.

Cependant, l’épidémie actuelle met à l’épreuve les limites du maintien d’une politique de «Zéro COVID» en Chine uniquement, et de plus en plus d’éléments indiquent que le régime du Parti communiste chinois (PCC) envisage de s’écarter de cette stratégie. En plus des défis objectifs que représente la tâche d’enrayer le BA.2, une pression considérable est exercée par le capital financier mondial ainsi que des sections de la bourgeoisie et de la classe moyenne supérieure chinoises dont les intérêts financiers sont touchés par les confinements.

Contrairement aux précédents confinements à l’échelle de la ville qui étaient illimités jusqu’à ce que tous les cas soient identifiés et la transmission arrêtée, le confinement de Shanghai est séparé en deux et limité à 9 jours seulement. En outre, il a commencé trop tard et aurait dû commencer il y a au moins une semaine, car le nombre de cas n’a cessé d’augmenter dans la ville depuis la mi-mars. Le 16 mars, Shanghai a enregistré 158 nouvelles infections, suivies de 983 le 23 mars, puis d’un record de 3.500 le 27 mars. Au cours des deux derniers jours, Shanghai comptait la majorité absolue de toutes les infections de COVID-19 en Chine.

Avant de changer brusquement de cap dimanche soir, les responsables de Shanghai avaient déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas de confinement général. Au lieu de cela, ils ont vanté leurs «mesures anti-épidémiques précises», qui reposent uniquement sur des tests de masse, la recherche des contacts, l’isolement et la mise en quarantaine des personnes infectées et celles ayant été exposées, ainsi que le confinement ciblé de certains quartiers.

Pour justifier cette politique, les responsables ont explicitement invoqué la nécessité de maintenir la croissance économique. Le 20 mars, Wu Fan, membre du groupe d’experts du gouvernement de Shanghai sur le COVID-19, a déclaré: «Shanghai est irremplaçable pour l’économie chinoise… Si la ville entière restait immobile pendant une semaine ou dix jours, cela pourrait être bénéfique pour endiguer la pandémie. Mais la perte serait insupportable pour les petites entreprises et les gens ordinaires».

Wu Fan a fait ces commentaires trois jours après une importante réunion du Comité permanent du Politburo du PCC, l’organe décisionnel suprême du pays, au cours de laquelle le président chinois Xi Jinping a déclaré qu’ils devaient «s’efforcer de réaliser le maximum de prévention et de contrôle au moindre coût et minimiser l’impact de l’épidémie sur le développement économique et social».

Un article publié lundi dans le Global Times, un journal dirigé par le PCC, approuve la décision de Shanghai de ne pas procéder à un confinement jusqu’à présent. «Certains experts chinois de haut niveau qui suivent de près la façon dont le pays a géré les épidémies de COVID-19 au cours des dernières années considèrent que l’essai que fait Shanghai est courageux et nécessaire, surtout lorsque des épidémiologistes en Chine et à l’étranger ont fait de nombreuses suggestions pour ajuster la stratégie de tolérance zéro de la Chine d’une manière plus dynamique afin de réduire les coûts sur le développement social et les moyens de subsistance de la population, établissant un équilibre entre le travail régulier de lutte contre l’épidémie et la croissance économique».

Les indications croissantes selon lesquelles l’élite dirigeante chinoise envisage sérieusement de mettre fin à la politique d’élimination zéro COVID sont profondément préoccupantes et doivent être combattues par la classe ouvrière en Chine et dans le monde. Contrairement à toutes les représentations des politiques mises en œuvre par la Chine dans les médias occidentaux, elles restent très populaires dans la classe ouvrière chinoise.

La faiblesse fondamentale de la politique chinoise du Zéro COVID est son caractère national, qui découle de la politique nationaliste et pro-capitaliste du PCC. Encerclé par les gouvernements mondiaux qui sont déterminés à laisser le virus se propager éternellement, le PCC se sent obligé de s’adapter à la politique meurtrière de «vivre avec le virus».

En réalité, tout assouplissement de la politique «zéro COVID» et même l’adoption d’une approche «atténuante» globale s’avéreraient désastreux pour les masses chinoises. Un rapport publié le 11 mars par le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a modélisé l’impact qu’auraient différents scénarios de pandémie dans la province du Guangdong.

La stratégie d’«atténuation», qui prévoit 50 pour cent des voyages effectués avant la pandémie et des mesures de santé publique modérées, entraînerait un total estimé de 55.205 cas et plus de 500 décès pour la seule année 2022 dans la province du Guangdong. Si l’on extrapole pour l’ensemble de la Chine, plus de 600.000 personnes seraient probablement infectées et plus de 5.500 en mourraient en 2022. Dans le cadre du scénario de «coexistence», qui s’apparente à la stratégie d’«immunité collective» des États-Unis et d’une grande partie de l’Europe, environ 1,35 million de personnes mourraient de la COVID-19 en Chine au cours de la seule année 2022.

Bien que de tels modèles puissent être utiles pour tenter de prédire les résultats dans l’abstrait, ils ne peuvent pas prendre en compte l’importance politique de l’abandon du COVID zéro et de l’acceptation d’une position d’«atténuation». Dès qu’on franchit cette étape fatale, le virus deviendra immédiatement plus difficile à contenir et des pressions s’exerceront pour céder complètement au camp de l’«immunité collective».

La classe ouvrière chinoise, unie aux travailleurs de tous les pays qui luttent pour mettre fin aux souffrances et aux morts inutiles causées par la COVID-19, doit surmonter les pressions qui visent à abandonner le COVID-Zéro. L’expérience de la Chine souligne la réalité fondamentale qu’il n’y a pas de solution nationale à la pandémie.

Depuis février 2020, le World Socialist Web Siten’a cessé d’élaborer une stratégie qui vise à mobiliser la classe ouvrière internationale dans un mouvement unifié pour éliminer la COVID-19 dans chaque pays afin d’arrêter la pandémie une fois pour toutes. Aujourd’hui, dans des conditions où l’humanité est au bord d’une troisième guerre mondiale nucléaire, la lutte pour l’élimination globale doit être liée à la construction d’un mouvement antiguerre de masse.

On ne peut pas exagérer l’urgence avec laquelle ce mouvement unifié antiguerre et anti-COVID-19 doit être développé. Non seulement la santé mais aussi la survie même de l’humanité sont en jeu. L’avenir dépend du renversement révolutionnaire du système capitaliste et de l’établissement du socialisme mondial.

(Article paru en anglais le 29 mars 2022)

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