Tandis que le financement destiné à la lutte contre la pandémie de COVID-19 se tarit

Le BA.2 devient le variant dominant aux États-Unis

Les infections quotidiennes confirmées de COVID-19 aux États-Unis ont cessé de diminuer et se sont stabilisées alors que le sous-variant BA.2 du variant Omicron est devenu dominant. Les Centres de contrôle et de prévention des maladies (Centres for Disease Control and Prevention – CDC) ont indiqué que le BA.2 représentait près de 55 pour cent de tous les cas séquencés aux États-Unis la semaine dernière. À l’échelle mondiale, le BA.2 représente près de 90 pour cent de tous les virus du SRAS-CoV-2 récemment séquencés.

Seize États ont signalé une augmentation de la moyenne des nouvelles infections sur 14 jours, dont neuf dans le Nord-Est, où le BA.2 représente 70 pour cent des séquences et où les infections quotidiennes ont augmenté de 50 pour cent. Ces résultats sont corroborés par la surveillance des eaux usées.

D’autres régions du pays présentent également des signes de reprise des cas. Il s’agit notamment du sud-est des États-Unis, plus précisément de la Caroline du Sud, de l’Alabama et de la Floride, du Sud-Ouest, des États des Grandes Plaines et, enfin, du Nord-Ouest et de l’Alaska.

Globalement, le nombre moyen de nouveaux cas est légèrement supérieur à 29.000 infections par jour. Le nombre de décès quotidiens dus à la COVID continue de diminuer et se situe actuellement à une moyenne de 750 par jour. Selon le tableau de bord COVID du Worldometer, on a eu près de 81,7 millions de cas de COVID et un peu plus d’un million de décès par COVID aux États-Unis.

Des enfants et leurs accompagnateurs arrivent à l’école à New York, le lundi 7 mars 2022 (AP Photo/Seth Wenig)

Malgré l’accalmie, les États-Unis sont dans une situation précaire, car ils ont essentiellement démantelé tous leurs maigres mesures d’atténuation et tableaux de bord de suivi et volent à l’aveuglette une fois de plus. Les données en temps réel sont spéculatives et dépendent des systèmes de collectes de données encore en place.

Il est essentiel de se rappeler que lorsque BA.2 est devenu dominant il y a seulement deux à trois semaines dans des pays européens comme le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, les cas de COVID y ont rapidement augmenté. Ces changements ont été accompagnés d’une augmentation des hospitalisations et des décès. En outre, ces pays ont des taux de vaccination et de rappel nettement plus élevés qu’aux États-Unis.

Compte tenu des projections selon lesquelles les États-Unis connaîtront une propagation communautaire similaire, voire plus importante, que celle observée en Europe, les cas pourraient rapidement être multipliés par plus de dix si les comparaisons des pics BA.1 et BA.2 se confirment. Cela implique que les infections quotidiennes pourraient atteindre plus de 300.000 par jour à leur pic entre le milieu et la fin du mois d’avril.

La situation aux États-Unis et dans de nombreux pays à revenu élevé est similaire. Quel que soit le parti politique en place, les gouvernements ont totalement ignoré les dangers persistants que représente la pandémie. Avec chaque vague d’infection, ils ont systématiquement, étape par étape, sapé leurs mesures de santé publique qui visent à protéger le bien-être et la vie de leurs populations.

Cas quotidiens de COVID par million d’habitants pour certains pays (Source: Our World In Data)

Dans un éditorial publié dans Naturele 23 mars 2022, la revue a mis en garde: «La pandémie a peut-être coûté la vie à plus de 18 millions de personnes, en a rendu beaucoup plus invalides et a frappé de plein fouet l’économie mondiale, mais la surveillance et le signalement des mouvements du virus commencent à ralentir au moment où un sous-variant hautement infectieux d’Omicron, BA.2, se propage dans le monde entier et où les taux de cas et d’hospitalisations augmentent de nouveau.»

Comme le souligne la déclaration, «ces coupes de financement ne sont pas fondées sur des preuves. Elles sont politiques, et elles pourraient avoir des conséquences désastreuses pour le monde». L’information exacte devient une arme politique – la censure fonctionne pour désarmer la classe ouvrière en démantelant les systèmes de collecte de données sur la santé publique. Même le refus de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de désigner le variant BA.2 par une lettre grecque qui signifie qu’il s’agit d’un variant préoccupant sape les efforts qui visent à faire connaître à la population mondiale les dangers réels que représente le virus SRAS-CoV-2 en constante évolution.

La fréquence des rapports sur les cas de COVID, les décès, les hospitalisations, les admissions en soins intensifs et la durée des séjours a été considérablement réduite aux États-Unis. L’absence de données en temps réel au niveau local implique que les départements de santé publique n’auront pas grand-chose à offrir en termes d’informations précises sur lesquelles leurs systèmes de santé pourront agir. Cependant, l’état réel des systèmes de santé est devenu sujet de controverse.

Il suffit de rappeler les six à huit derniers mois lorsque les vagues Delta et Omicron BA.1 ont déferlé sur les États-Unis comme un tsunami. Les gouvernements des États et les collectivités locales n’ont guère tenu compte des avertissements et des appels à l’aide lancés par les travailleurs de la santé et les administrateurs des systèmes de santé confrontés à un effondrement imminent.

Cette image colorisée obtenue au moyen d’un microscope électronique à transmission montre le SRAS-CoV-2 – également connu sous le nom de 2019-nCoV, le virus à l’origine de la COVID-19 – isolé d’un patient aux États-Unis. On voit des particules virales qui émergent de la surface de cellules cultivées en laboratoire. (Source: NIAID-RML) [Photo: NIAID-RML]

Et pour s’assurer que les futures vagues d’infection n’empiètent pas davantage sur les activités économiques et les intérêts de profit des États-Unis, la Maison-Blanche et le Congrès ont déclaré, comme par hasard, que tous les fonds destinés à une éventuelle réaction à une pandémie se sont taris, malgré l’abondance des fonds disponibles pour la guerre: y compris des milliards pour l’Ukraine du jour au lendemain. Le manque de financement rendra le suivi du virus encore plus difficile grâce aux tests, au séquençage génomique et à la surveillance des eaux usées.

L’ironie est frappante. Alors même que l’Administration des denrées alimentaires et des médicaments (FDA) vient d’autoriser une deuxième dose de rappel – une quatrième dose – pour les personnes âgées de 50 ans et plus et pour les personnes immunodéprimées, la Maison-Blanche a annoncé: «Le gouvernement fédéral ne dispose pas de ressources suffisantes pour acheter suffisamment de doses de vaccin de rappel pour tous les Américains, si des doses supplémentaires sont nécessaires».

Compte tenu des nouveaux variants qui résistent à l’immunité, les deuxièmes doses de rappel renforceraient le système immunitaire contre ce qui est le plus susceptible de se manifester comme une infection communautaire à grande échelle, quel que soit le statut immunitaire antérieur. Au Royaume-Uni, pendant la vague actuelle, plus de six à neuf pour cent de la population a été infectée chaque semaine par le sous-variant BA.2.

Peter Marks, directeur du Centre de recherche et d’évaluation des produits biologiques de la FDA, a déclaré hier: «Les preuves actuelles suggèrent un certain déclin de la protection au fil du temps contre les conséquences graves de la COVID-19 chez les personnes âgées et immunodéprimées. Sur la base d’une analyse des données émergentes, une deuxième dose de rappel du vaccin COVID-19 de Pfizer-BioNTech ou de Moderna pourrait contribuer à augmenter les niveaux de protection chez ces personnes à plus haut risque».

Il a ajouté que «les données montrent qu’une première dose de rappel est cruciale pour aider à protéger tous les adultes contre les conséquences potentiellement graves de la COVID-19. Ainsi, ceux qui n’ont pas reçu leur dose de rappel initiale sont fortement encouragés à le faire».

Les États-Unis ont à peine dépassé le seuil de 65 pour cent de personnes entièrement vaccinées. Le 1er décembre 2021, seuls 60 pour cent d’entre eux avaient été entièrement vaccinés. Dans le même temps, seuls 29 pour cent ont reçu une dose de rappel, dont la moitié au cours des quatre derniers mois. En comparaison, les homologues européens des États-Unis ont réussi à presque doubler ce chiffre. Même le Brésil a dépassé les États-Unis pour ce qui est des doses de rappel administrées. Ces statistiques sont d’autant plus importantes que les États-Unis font face à l’impact du BA.2.

Pourtant, toute injection de rappel effectuée aujourd’hui nécessiterait au moins deux semaines avant que l’immunité ne s’établisse pleinement. À la vitesse à laquelle le BA.2 se propage, même les injections récentes n’auront que peu d’impact sur ceux qui se font vacciner.

Il est donc d’autant plus impératif de mettre en œuvre une stratégie d’élimination de la COVID zéro, qui comprendrait la fermeture des écoles et des lieux de travail non essentiels dans tout le pays, avec une indemnisation complète des personnes touchées, afin d’enrayer la propagation du virus et de protéger les plus vulnérables d’une nouvelle attaque, pendant que des mesures sont à nouveau mises en place pour vacciner la population. En effet, le nombre d’infections quotidiennes étant actuellement faible, l’élimination pourrait être atteinte en quelques semaines.

Cependant, la réalité pour les élites dirigeantes est loin de ces considérations simples et pratiques; la protection de la population n’entre pas en ligne de compte dans leurs calculs.

La Kaiser Family Foundation (KFF) a constaté que, dans tous ses scénarios, le gouvernement fédéral ne disposait pas de suffisamment de doses de vaccin dans ses stocks actuels pour couvrir entièrement la population américaine jusqu’à une quatrième dose. Même dans le cadre de la projection limitée qui consiste à fournir une quatrième dose uniquement aux personnes âgées de 65 ans et plus, il resterait un déficit de 162,5 millions de doses. Avec l’autorisation de la FDA, le déficit passe à 225 millions de doses.

La Maison-Blanche a également annoncé que le Programme COVID-19 pour les non-assurés de l’Administration des ressources et services de santé (HRSA) serait supprimé sans nouveau financement. Ce programme était essentiel pour rembourser aux prestataires de soins de santé les coûts de prestation des services de dépistage et de traitement COVID-19 et d’administration des vaccins aux plus de 28,9 millions d’Américains non assurés. À partir du 22 mars 2022, la HRSA a cessé d’accepter les demandes de remboursement pour les infections COVID, et le 5 avril 2022, les demandes de remboursement pour la vaccination prendront fin.

Le variant BA.2 aura des conséquences réelles sur la santé de la classe ouvrière américaine et sur les finances fragiles de nombreux systèmes de santé qui fonctionnent avec des marges très étroites. Bien que les hospitalisations liées à la COVID aient considérablement diminué après la vague BA.1, les systèmes de santé aveugles à la vague subséquente des infections liées à la COVID pourraient faire face à un autre déluge de cas au cours des semaines suivantes. La pandémie connaîtra sa prochaine itération mortelle à moins que la classe ouvrière, qui a un intérêt crucial à son propre bien-être, n’intervienne pour endiguer et éradiquer le virus.

(Article paru en anglais le 30 mars 2022)

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