Le Canada envoie des armes lourdes en Ukraine, tout en accusant Moscou de «génocide»

Le gouvernement libéral du Canada, avec le soutien de l’ensemble de l’establishmentpolitique, intensifie dangereusement et sans relâche la guerre entre les États-Unis et l’OTAN et la Russie au sujet de l’Ukraine. Le gouvernement libéral minoritaire, qui compte sur l’appui des néo-démocrates, eux-mêmes soutenus par les syndicats, pour sa majorité parlementaire, a commencé à fournir des armes lourdes à l’armée ukrainienne et s’est engagé à fournir une aide militaire supplémentaire d’un demi-milliard de dollars à Kiev d’ici mars prochain.

Au cours de la dernière semaine, le gouvernement Trudeau a confirmé qu’il allait envoyer des véhicules blindés et de l’artillerie lourde à l’Ukraine. Des sources du ministère de la Défense qui ont parlé à la Société Radio-Canada (SRC) sous couvert d’anonymat ont confirmé que quatre obusiers M777 de 155 mm provenant des réserves des Forces armées canadiennes sont désormais entre les mains des forces armées ukrainiennes. Les M777 ont été utilisés pour la première fois au combat par les forces canadiennes pendant l’occupation néocoloniale de l’Afghanistan par l’OTAN. Le communiqué de presse du ministère de la Défense a également révélé que le Canada a fourni à l’Ukraine un nombre non spécifié d’armes antichars Carl Gustaf provenant de ses réserves existantes.

L’impérialisme canadien a joué un rôle important dans la préparation et l’instigation de la guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie au sujet de l’Ukraine. Ci-dessus, un soldat ukrainien reçoit une formation de combat en zones urbaines dans le cadre de la mission de formation militaire des Forces armées canadiennes en Ukraine, l’opération Unifier, qui dure maintenant depuis sept ans. (Gouvernement du Canada)

Lors d’une conférence de presse au Pentagone avec son homologue américain Lloyd Austin jeudi, la ministre de la Défense Anita Anand a confirmé que les troupes canadiennes formeront les forces ukrainiennes à l’utilisation des M777, mais a refusé de dire où la formation aura lieu. Un responsable a ensuite déclaré qu’un «pays tiers» d’Europe de l’Est serait utilisé.

Anand et Austin, qui venaient de participer à un conseil de guerre réunissant 40 pays sur la base aérienne américaine de Ramstein, en Allemagne, se sont entretenus pendant une heure. Austin a profité de son voyage en Europe pour reconnaître que les États-Unis, et par extension leurs alliés de l’OTAN, sont directement impliqués dans la guerre avec la Russie en Ukraine.

Le déluge d’armes lourdes envoyé en Ukraine par les États-Unis, le Canada et d’autres puissances de l’OTAN va sans aucun doute exacerber une situation déjà explosive en Europe de l’Est. La moindre erreur de calcul pourrait mettre le feu aux poudres et plonger le monde dans une troisième guerre mondiale menée à l’arme nucléaire. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a déclaré cette semaine que les armes fournies par l’OTAN sont des cibles légitimes pour les frappes russes, tandis que le président Vladimir Poutine a menacé de manière à peine voilée de déployer des armes nucléaires contre les pays qui «interfèrent de l’extérieur».

L’establishment politique des États-Unis et celui du Canada savent très bien que leur politique agressive d’expansion de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie au cours des trois dernières décennies, qui a provoqué la guerre actuelle, amène le monde entier au bord d’une catastrophe nucléaire. Devant la commission sénatoriale des affaires étrangères jeudi, la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly a affirmé que le Canada devait se préparer à «tous les scénarios» compte tenu des mises en garde de la Russie concernant un échange nucléaire.

En d’autres mots, le gouvernement Trudeau calcule que l’escalade criminelle de la guerre par l’OTAN, à laquelle il contribue avec empressement, comporte le risque réel qu’une arme nucléaire frappe le Canada, mais il considère que ce risque vaut la peine d’être pris afin d’assurer ses ambitions impérialistes prédatrices. Comme l’a dit Joly, «(N)ous ne cesserons pas nos efforts jusqu’à ce que l’Ukraine gagne. Quand je dis que l’Ukraine gagne, je veux dire que les forces russes quittent l’Ukraine».

Personne ne pose à Joly, Anand et Trudeau les questions évidentes qui en découlent: si vous êtes prêts à faire face à «tous les scénarios», combien de Canadiens, selon vous, mourraient dans une attaque nucléaire de la Russie? Combien de vies êtes-vous prêts à sacrifier pour maintenir l’alliance du Canada avec les forces d’extrême droite et fascistes en Ukraine et pour faire avancer les ambitions impérialistes canadiennes en Europe de l’Est et dans l’Arctique?

La témérité de l’élite dirigeante n’est pas seulement motivée par des considérations géopolitiques, mais aussi par la crise sociale et politique intérieure croissante. Le mois dernier, les libéraux de Trudeau ont conclu un accord officiel de «soutien sans participation» avec le NPD, en vertu duquel les sociaux-démocrates, avec le soutien inconditionnel des syndicats, se sont engagés à assurer la «stabilité politique» en maintenant le gouvernement libéral au pouvoir jusqu’en juin 2025. Dans des conditions où l’inflation a atteint son plus haut niveau depuis 30 ans, et où les grèves et les manifestations des travailleurs de tous les secteurs sont en hausse, Trudeau, ses alliés du NPD et l’opposition conservatrice misent sur la fièvre de la guerre pour produire une «unité nationale» et réprimer la lutte des classes.

Les travailleurs qui osent défendre leurs intérêts de classe seront dénoncés pour avoir perturbé la guerre contre la Russie et seront la cible de la répression de l’État. C’était déjà le cas pour les 3.000 travailleurs du Canadien Pacifique qui ont contesté les demandes de concessions et le régime de travail brutal de la direction, juste avant que le syndicat des Teamsters accepte un arbitrage obligatoire sous la menace d’une loi gouvernementale de retour au travail.

Les récentes livraisons d’armes à l’Ukraine ne sont que les dernières d’un programme massif d’aide militaire et financière à Kiev. Les chiffres du budget 2022 indiquent que le Canada a officiellement annoncé au moins 1,2 milliard de dollars en contributions directes et 1,6 milliard de dollars en prêts à l’Ukraine.

Dans son budget du 7 avril, la ministre des Finances Chrystia Freeland a annoncé une augmentation de 8 milliards de dollars sur cinq ans des dépenses de défense. Cette somme s’ajoute à l’engagement pris en 2017 d’augmenter les dépenses militaires de plus de 70% par rapport aux niveaux de 2017 d’ici 2026. Les dépenses mises en évidence dans le chapitre 5 du budget comprennent 847 millions de dollars pour maintenir l’armée canadienne dans un état de préparation plus élevé pour l’Initiative de préparation de l’OTAN et 252 millions de dollars sur cinq ans pour jeter les bases de la modernisation du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). La bourgeoisie canadienne considère la modernisation du NORAD comme essentielle pour permettre à Ottawa de mener des guerres d’agression en alliance avec Washington contre ses rivaux géopolitiques, y compris des conflits menés avec des armes nucléaires.

Deux semaines après la publication du budget, un rapport du Directeur parlementaire du budget a révélé qu’il réservait subrepticement 15 milliards de dollars supplémentaires pour les dépenses militaires au cours des cinq prochaines années.

Comme dans le cas de la réponse désastreuse du Canada à la pandémie de la COVID-19, qui a vu des centaines de milliards de dollars transférés aux banques et aux grandes entreprises pratiquement du jour au lendemain, le coût de cet énorme renforcement militaire sera imposé à la classe ouvrière sous la forme de réductions des dépenses publiques et d’attaques contre les emplois et les salaires.

Le rôle de plus en plus agressif du Canada dans la guerre entre les États-Unis et l’OTAN contre la Russie souligne que la politique étrangère impérialiste canadienne est en phase avec celle des États-Unis et de leurs alliés de l’OTAN, qui ont l’intention de provoquer un changement de régime à Moscou et de réduire la Russie au statut de semi-colonie. Il fut un temps où cette politique belliqueuse aurait rencontré une résistance, au moins rhétorique, de la part de certaines sections de l’élite dirigeante, qui cherchaient à dépeindre le Canada comme une puissance moyenne «gardienne de la paix» et comme un «intermédiaire honnête» durant la guerre froide. Toutefois, cette période est révolue depuis longtemps.

Dans la mesure où il existe des critiques à l’égard de la volonté de guerre agressive du Canada contre la Russie, elles portent sur le fait qu’Ottawa ne préconise pas de mesures encore plus agressives, comme une zone d’exclusion aérienne de l’OTAN au-dessus de l’Ukraine, ou n’investit pas suffisamment dans l’arsenal de guerre du Canada. Les États-Unis ont toujours déploré le fait que le Canada ne consacre pas 2% de son PIB à son armée, un objectif que tous les membres de l’OTAN et le gouvernement libéral de Trudeau se sont formellement engagés à atteindre.

Les conservateurs ont attaqué le budget préparé par les libéraux et soutenu par le NPD parce qu’il ne fait pas assez pour favoriser les ambitions impérialistes du Canada dans l’Arctique. Les députés conservateurs servant de critique en matière d’Arctique, d’Approvisionnement et de Défense nationale ont publié une déclaration commune attaquant le gouvernement pour ne pas avoir présenté un plan concret de dépenses militaires massives, en particulier dans le Nord canadien, aride mais riche en ressources.

Citant l’intérêt de la Russie et de la Chine pour l’Arctique, les critiques ont déclaré: «Ce que nous attendions de ce budget NPD-Libéral, c’est une compréhension qu’une action urgente et des engagements fermes sont nécessaires pour faire face aux réalités géopolitiques d’aujourd’hui. Le fait que le budget ne contienne rien de tout cela est inacceptable et montre encore une fois que Justin Trudeau ne prend toujours pas cette question au sérieux. Les conservateurs continueront de demander au gouvernement NPD-Libéral de présenter un plan solide pour défendre la souveraineté et la sécurité du Canada dans l’Arctique.»

Le soutien à la poursuite de la guerre à travers le monde et au renforcement de l’armée s’étend des conservateurs de droite au NPD de «gauche». Les néo-démocrates ont réagi au conflit des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie en formant leur alliance gouvernementale de trois ans avec les libéraux. Cela donne au gouvernement Trudeau les coudées franches pour faire la guerre à la Russie en Europe de l’Est, augmenter massivement les dépenses de défense et lancer des attaques contre la classe ouvrière au pays pour payer la guerre impérialiste à l’étranger.

Mercredi, la députée néo-démocrate Heather McPherson a présenté une motion au parlement demandant au Canada d’adopter la description incendiaire de l’invasion de l’Ukraine par la Russie comme un «génocide». Pour motiver le soutien à la motion, McPherson a expliqué qu’elle espérait que cela inciterait le gouvernement à faire davantage pour soutenir militairement l’Ukraine.

La motion a été appuyée à l’unanimité par tous les députés et partis, y compris les Verts et le Bloc Québécois. Le premier ministre Trudeau avait déjà donné son aval à l’accusation de génocide, déclarant aux journalistes, le 13 avril, qu’il est «tout à fait juste que de plus en plus de gens» «parlent et utilisent le mot génocide pour décrire ce que fait la Russie, ce qu’a fait Vladimir Poutine.»

Le terme «génocide» a été inventé à la suite de l’Holocauste pour décrire l’extermination systématique et industrielle de 6 millions de Juifs par les nazis et leurs collaborateurs, notamment les nationalistes ukrainiens de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne fasciste de Stepan Bandera, le bataillon Nachtigall et la 14e division de la Waffen SS (division Galicie). Les héritiers politiques de ces fascistes sont maintenant équipés d’armes létales par les puissances de l’OTAN, y compris le Canada.

La Convention des Nations Unies pour la prévention et la répression du crime de génocide a codifié la définition juridique internationale du génocide comme étant des crimes spécifiques «commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel».

Si ce que la Russie perpètre en Ukraine est un génocide, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, dont le Canada, s’en sont rendus coupable plus d’une fois. L’invasion sanglante de la Russie n’a pas fait l’objet de l’utilisation massive de la puissance aérienne qui a caractérisé les campagnes de «choc et stupeur» menées par les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN dans les Balkans et en Irak. Elle n’a pas non plus connu les frappes incessantes et aveugles de drones sur des mariages et des funérailles, employées lors des interventions du «monde libre» au Moyen-Orient et en Afghanistan.

(Article paru en anglais le 29 avril 2022)

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