Des millions de travailleurs sri-lankais participeront à la grève générale d’une journée qui se tiendra vendredi, après une grève similaire jeudi dernier.
Les syndicats ont annoncé l’action de vendredi comme un «hartal» (une grève générale et la fermeture des entreprises) et ont appelé toute la population à la soutenir. Les syndicats appelleront à une autre grève d’une journée le 11 mai, dans le cadre de leurs efforts pour détourner la colère de masse.
Ces grèves touchent l’ensemble de la classe ouvrière, tandis que d’autres couches opprimées de la population, notamment les pauvres des zones rurales et urbaines ainsi que les petits entrepreneurs, devraient s’y joindre.
Des millions de personnes exigent la démission du président Gotabhaya Rajapakse et de son gouvernement et la fin de la catastrophe sociale que leur infligent le régime Rajapakse et l’ensemble de la classe dirigeante.
L’intervention de la classe ouvrière au Sri Lanka est significative et bienvenue. Elle s’inscrit dans le cadre des luttes de classe qui se déroulent dans le monde entier, notamment au Soudan, en Iran, au Pérou, en Turquie et en Inde, pour ne citer que quelques pays. Des grèves et des protestations apparaissent également dans les principaux centres capitalistes, notamment aux États-Unis et en Europe.
Les travailleurs de tous ces pays s’insurgent contre l’attaque sur leurs conditions de vie, leurs salaires et leurs emplois dans le contexte d’une inflation galopante. La crise capitaliste mondiale est alimentée par la pandémie de COVID-19 et a atteint un nouveau stade avec la guerre par procuration entre les États-Unis et l’OTAN en Ukraine contre la Russie.
L’entrée en lutte de la classe ouvrière au Sri Lanka s’ajoute aux manifestations antigouvernementales qui se poursuivent dans toute l’île depuis début avril. Ce mouvement de masse n’a pas seulement ébranlé le gouvernement Rajapakse, mais aussi l’ensemble de l’establishment au pouvoir, y compris les syndicats qui servent d’appui vital au système capitaliste.
Malgré toutes leurs déclarations militantes sur la grève générale de vendredi, les syndicats cherchent désespérément à freiner le mouvement de grève de la classe ouvrière.
Ravi Kumudesh, le dirigeant de la Fédération des professionnels de la santé, a déclaré: «Nous avons donné au gouvernement jusqu’au 6 mai pour démissionner et si le gouvernement n’écoute pas le peuple, nous devrons faire un hartal».
Le secrétaire général du syndicat des enseignants de Ceylan, Joseph Stalin, a tonné: «Si le gouvernement n’est pas prêt à partir, nous devrons le mettre dehors».
Mais quel est le programme politique que défendent les syndicats derrière cette grandiloquence vide?
Ils cherchent tous à détourner la classe ouvrière vers l’impasse de la politique parlementaire et dans les bras des partis d’opposition capitalistes.
Dans sa déclaration du 1er mai, le Front syndical national et les organisations de masse ont énuméré ses principales revendications comme suit: «Démission du président et du premier ministre discrédités et du gouvernement; permettre un régime intérimaire pour une certaine période; stabilité politique avec un cabinet restreint; exercer la souveraineté du peuple à travers le parlement; établir un gouvernement après une certaine période avec le mandat du peuple.»
Le Trade Union Coordinating Committee, l’autre front syndical qui appelle à la grève générale de vendredi, fait campagne sur la même base.
Quel est le sens de ces revendications? Il s’agit de remplacer le gouvernement Rajapakse, totalement discrédité, par un gouvernement intérimaire non élu composé de partis d’opposition, puis d’organiser des élections. L’objectif du régime intérimaire est clair comme de l’eau de roche: d’établir la «stabilité politique», en d’autres termes, étouffer la grève de masse et le mouvement de protestation afin de stabiliser le régime capitaliste.
Les revendications des syndicats sont pratiquement identiques à celles des partis d’opposition – le parti de droite Samagi Jana Balawegaya (SJB) et le parti cinghalais Janatha Vimukthi Peramuna (JVP) – ainsi que des groupes de pression du patronat. La «stabilité politique» est ce qu’exigent les grandes entreprises ainsi que le Fonds monétaire international (FMI) et les investisseurs étrangers.
Aucun des partis parlementaires – gouvernement comme opposition – n’a d’alternative au programme d’austérité actuellement mis en œuvre. Aucun parti parlementaire ne s’oppose à la décision du gouvernement de demander un renflouement d’urgence au FMI ou n’explique qu’un tel prêt signifiera inévitablement plus, et non moins, d’austérité. Le SJB et le JVP ont tous deux un passé de mise en œuvre de restructurations favorables au marché.
Ce qui se prépare est un désastre social encore pire pour les travailleurs. Après deux semaines de discussions avec le FMI, le ministère des Finances a publié le 2 mai une déclaration qui décrit ce qui est discuté comme le prix à payer pour un renflouement.
Le ministère des Finances a clairement indiqué que des privatisations massives sont à l’ordre du jour, car «des investissements dans des secteurs tels que l’éducation, les soins de santé, les transports publics et la prestation de services» sont nécessaires. Le communiqué déclare sans ambages qu’«une culture de subventions et d’aides publiques improductives n’est plus viable», ce qui signifie que les subventions de prix, les prestations sociales et les services sociaux doivent être encore réduits ou complètement supprimés.
S’adressant au Parlement mardi, le ministre des Finances Ali Sabry a déclaré que les réserves de change du pays sont descendues jusqu’à 50 millions de dollars US, ajoutant: «Je ne sais pas si ces problèmes peuvent être résolus même en deux ans». Il a clairement indiqué que de fortes augmentations d’impôts seront imposées, déclarant: «Les personnes qui gagnent de l’argent doivent en partager une partie, sinon la société s’effondrera. Les recettes fiscales devront augmenter d’environ 15 pour cent au cours des deux ou trois prochaines années».
Le FMI exige que les travailleurs et les pauvres soient contraints de payer, à partir de leurs maigres salaires, pour les soins de santé publique, l’éducation des enfants et tous les autres services, qui sont déjà en train de s’effriter. En même temps, les emplois, les salaires et les pensions seront réduits. En bref, les travailleurs et les pauvres doivent se sacrifier pour la survie du capitalisme en décomposition.
L’ensemble de l’establishment politique, y compris les partis d’opposition et les syndicats, sait que de telles mesures d’austérité, qui viennent s’ajouter à une crise sociale déjà terrible, ne peuvent être mises en œuvre démocratiquement. En coulisses, les forces de sécurité se préparent à être utilisées contre les protestations et les grèves, que ce soit par le régime Rajapakse ou par tout gouvernement capitaliste qui le remplacera. La police a déjà ouvert le feu sans avertissement sur des manifestants à Rambukkana, tuant Chaminda Lakshan et en blessant d’autres.
Les syndicats jouent un rôle politique criminel. Leurs grèves sont appelées non pas pour résoudre la crise sociale et économique à laquelle les travailleurs font face, mais pour canaliser la colère des travailleurs et gagner du temps pour l’establishment politique tandis qu’il prépare ses attaques profondes contre la classe ouvrière. Ils tentent de faire croire aux travailleurs qu’un «régime provisoire» et des élections mettront fin au désastre social auquel ils sont confrontés.
Le Parti de l’égalité socialiste (SEP) avertit la classe ouvrière que la seule façon de défendre ses droits démocratiques et sociaux est de mobiliser sa force indépendante sur la base d’un programme qui répond à ses besoins de classe urgents, c’est-à-dire un programme socialiste.
Nous encourageons les travailleurs de partout – dans vos usines et lieux de travail, dans les plantations et dans les banlieues ouvrières – à former des comités d’action indépendants des syndicats afin de lutter pour vos intérêts de classe.
Pour défendre les droits démocratiques, le PES exige l’abolition immédiate du système présidentiel exécutif ainsi que de toute législation répressive, y compris les lois d’urgence, la loi sur les services publics essentiels et la loi sur la prévention du terrorisme.
Il n’y a pas de solution pour les travailleurs face à la spirale des augmentations de prix, aux pénuries de produits de première nécessité et à la famine qui croît au sein du système capitaliste.
Le PES propose les revendications suivantes comme base d’une lutte politique de la classe ouvrière à travers ses comités d’action:
- Placer la production et la distribution de tous les biens essentiels et autres ressources cruciales pour la vie publique sous le contrôle démocratique des travailleurs!
- Nationaliser les banques, les grandes entreprises, les grands domaines et les autres grands centres économiques sous le contrôle des travailleurs!
- Rejeter les exigences d’austérité du FMI et de la Banque mondiale qui représentent les banques et les institutions financières internationales!
- Saisir les énormes richesses des milliardaires et des sociétés!
- Abolir toutes les dettes des paysans pauvres et des petits entrepreneurs! Rétablir toutes les subventions, y compris les subventions aux engrais pour la paysannerie!
- Garantir des emplois pour tous avec des conditions de travail décentes et sûres! Indexer les salaires au coût de la vie!
- Renier tous les prêts étrangers!
En construisant des comités d’action et en luttant pour ses droits sociaux, la classe ouvrière commencera à rallier à ses côtés les masses rurales qui subissent les mêmes attaques.
En opposition à la campagne des syndicats pour un régime intérimaire et la défense du capitalisme, le PES prône le renversement révolutionnaire du système de profit et l’établissement d’un gouvernement ouvrier et paysan pour réorganiser la société sur une base socialiste.
Dans cette lutte politique, les travailleurs sri-lankais doivent se tourner vers leurs frères et sœurs de classe dans le monde entier qui font face à des attaques similaires et qui entrent maintenant en lutte. Il n’y a pas de solution nationale dans aucun pays à la crise créée par le capitalisme mondial à laquelle les travailleurs font face.
C’est pourquoi le PES exhorte les travailleurs à construire un réseau de comités d’action et à se coordonner avec les travailleurs d’autres pays par le biais de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), lancée par le Comité international de la Quatrième Internationale.
Le mois qui vient de se terminer témoigne de l’urgence des tâches auxquelles la classe ouvrière est confrontée et de la nécessité de fonder sa lutte politique sur le programme socialiste et internationaliste élaboré par le PES. Une telle lutte nécessite une direction révolutionnaire. Nous invitons les travailleurs désireux de former des comités d’action à contacter le PES. Mais surtout, nous vous encourageons à adhérer au PES et à aider à en faire un parti de masse.
(Article paru en anglais le 5 mai 2022)
