À la suite de la fusillade dans une école du Texas, Trump glorifie la violence de la police et des justiciers lors de la convention de la NRA

Trois jours seulement après qu’un tireur a tué 19 enfants et deux éducateurs à l’école primaire Robb d’Uvalde, au Texas, Donald Trump a prononcé une diatribe fasciste lors de la convention annuelle de la National Rifle Association (NRA), qui se tenait à 320 km de là, à Houston.

Trump a profité de l’horrible massacre, qui s’était produit neuf jours seulement après qu’un néonazi partisan de la théorie du «grand remplacement» a assassiné 10 Noirs à Buffalo, dans l’État de New York, pour dépeindre les appels lâches des démocrates en faveur de mesures légères de contrôle des armes à feu comme une «guerre contre la police», une conspiration socialiste-communiste contre les «patriotes américains respectueux de la loi».

Trump a fait une tentative manifestement peu sincère de feindre la compassion pour les familles dévastées des enfants et des enseignants tués et a fait référence au choc et à la colère que ressentent les travailleurs et les jeunes à travers le pays et au-delà face à la vague sans fin de fusillades de masse dans le pays qui se présente comme le «phare de la démocratie».

Mais il a prononcé un discours typique de campagne. Il a commencé par se distinguer des autres politiciens républicains qui ont annulé leur participation à cet événement fanatiquement proarmes à la suite du bain de sang d’Uvalde. «Contrairement à d’autres, je ne vous ai pas déçu en ne me présentant pas», a-t-il déclaré.

Il a ensuite repris le thème, commun aux deux partis capitalistes et aux médias bourgeois, selon lequel le crime devait être expliqué comme une manifestation de «mal pur, de haine pure, de cruauté pure» perpétrée par un «monstre démoniaque»: une abstraction qui n’explique rien et absout les malignités de la société capitaliste et de son système politique.

Sa solution était d’exiger une expansion très importante des pouvoirs répressifs de la police et la transformation des écoles en forteresses militarisées. Il s’agirait de ne permettre qu’un seul point d’entrée dans les écoles, de les entourer de clôtures, d’installer des détecteurs de métaux, d’autoriser les éducateurs à porter des armes dissimulées et de doter chaque école de plusieurs agents armés.

Il a dénoncé le gouvernement Biden pour ne pas avoir rouvert les écoles plus tôt au milieu de la pandémie, il a proposé de reprendre «chaque centime de l’argent non dépensé de l’aide COVID des États et de l’utiliser pour sécuriser les écoles».

Trump est allé plus loin. Dans un signal clair lancé aux justiciers, il a déclaré que les policiers dans les écoles pourraient être accompagnés ou remplacés par «des membres de la NRA armés et formés par des experts».

«Le seul moyen d’arrêter un méchant avec une arme est un gentil avec une arme», a déclaré Trump. Il a ajouté: «Et c’est pourquoi l’une des missions essentielles de la NRA est de former, préparer et équiper des hommes et des femmes américains responsables avec les outils dont ils ont besoin pour se défendre, défendre leurs familles et leurs communautés».

Il a appelé à la tribune Jack Wilson, un «vétéran instructeur en armes à feu» qui a utilisé son arme dissimulée pour abattre un homme qui avait tiré sur deux personnes dans son église du Texas. Wilson a déclaré à la foule enthousiaste de la NRA: «Je n’ai pas tué un être humain ce jour-là. J’ai éliminé le mal… Vous devez être prêt à faire face au mal à tous les niveaux».

L’ancien président et aspirant dictateur a ensuite dénoncé les démocrates pour avoir «attisé les émeutes à cause d’un seul meurtre policier», une référence au meurtre de George Floyd par la police lors du Memorial Day 2020, qui a déclenché des manifestations massives et multiethniques contre la violence policière à travers les États-Unis et au niveau international. Il s’est vanté d’avoir envoyé des «centaines d’agents fédéraux des forces de l’ordre dans des villes démocrates» telles que Seattle et Portland pour réprimer les manifestants.

«Si je me présente à la présidence et que je gagne [en 2024], a-t-il poursuivi, je vais réprimer les crimes violents comme jamais auparavant.» Il s’est engagé à embaucher plus de policiers, à arrêter plus de «criminels violents» et à exiger des «procès rapides» pour «les mettre en prison». Il a ajouté qu’il renforcerait «l’immunité qualifiée» de la police, pour lui permettre d’attaquer et de tuer des travailleurs et des jeunes avec encore plus d’impunité.

Il a réitéré son mensonge habituel d’une «élection volée» et ses attaques incendiaires contre les migrants, qu’il a accusés d’alimenter la criminalité aux États-Unis.

Le public, composé de policiers et de militaires actifs et retraités, a répondu par des rugissements d’approbation et en scandant le nom de Trump pour les élections de 2024.

En face du George R. Brown Convention Center, où se tient la réunion de la NRA, quelque 1.000 manifestants ont réclamé des mesures de contrôle des armes à feu. La colère suscitée par la vague incessante de fusillades dans les écoles est bien réelle, et les élèves ont débrayé dans plusieurs écoles des États-Unis.

Cependant, les manifestations ont été politiquement dominées par le Parti démocrate et les organisations qui lui sont apparentées qui cherchent à canaliser l’indignation sociale vers des mesures symboliques de contrôle des armes à feu qui ne s’attaque aucunement aux pathologies sociales profondes logées dans le système capitaliste: les guerres impérialistes sans fin, les inégalités sociales, l’inflation galopante, la pénurie de produits de base et la répression policière meurtrière.

Alors même que les démocrates refusent de défendre les droits démocratiques, que ce soit en matière d’avortement, de vote ou d’immigration, ils cherchent à désamorcer la colère de la classe ouvrière et, avec l’aide des bureaucraties syndicales et des organisations de la pseudogauche, ils conduisent l’opposition dans l’impasse des campagnes électorales démocrates. La représentante du Texas, Sheila Jackson Lee, et le candidat démocrate au poste de gouverneur, Beto O’Rourke, ont prononcé des discours à la manifestation de vendredi devant la convention de la NRA.

Mardi dernier, Biden a marqué le deuxième anniversaire du meurtre policier de George Floyd en annonçant un décret sans influence qui ne fait rien pour freiner la violence policière. Il s’est vanté d’avoir reçu l’aval des principales organisations policières du pays. Dans le même temps, Biden a demandé aux gouvernements des États de détourner les milliards de dollars non dépensés de l’aide COVID pour augmenter le financement de la police.

Pendant ce temps, un petit groupe de sénateurs démocrates et républicains, dirigé par Christopher Murphy, démocrate du New Jersey, cherche à élaborer un projet de loi bipartisan sur les armes à feu qui abandonne toute interdiction de la vente d’armes d’assaut et rend facultatifs pour les États les contrôles plus stricts des antécédents et la surveillance accrue des acheteurs potentiels d’armes ayant des antécédents de maladie mentale. Même cette mesure symbolique a peu de chances de survivre à l’opposition de Trump et du Parti républicain.

(Article paru en anglais le 28 mai 2022)

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