L’Espagne est officiellement entrée dans sa septième vague de la pandémie de COVID-19, alimentée par les sous-variants Omicron BA.2 et XE, XT et BA.2.12.1 hautement infectieux et résistants à l’immunité, alors qu’elle devient également un épicentre de l’épidémie de la variole du singe.
Le 20 avril, le gouvernement du Parti socialiste (PSOE)-Podemos a levé l’obligation de porter le masque, l’une des rares mesures de santé publique encore en place après les mesures d’ouverture de mars. Depuis le 20 avril, près de 2.000 personnes sont mortes de la COVID-19.
Le 28 mai, 6.980 personnes ont été hospitalisées dans les unités de soins intensifs (USI), soit 1.300 de plus que les 5.635 hospitalisées le 20 avril. Le taux de notification à 14 jours des nouveaux cas de COVID-19 pour 100.000 habitants est de 663. Cependant, ce chiffre ne tient compte que des cas chez les personnes de plus de 60 ans. Un nombre de cas de plus de 500 pour 100.000 personnes est considéré comme un risque élevé.
Le ministère de la Santé a enregistré 45.919 nouveaux cas de coronavirus ce vendredi, dont 22.120 chez des personnes de plus de 60 ans. Le nombre total d’infections de COVID-19 enregistrées s’élève désormais à 12.360.256, soit plus d’un quart de la population.
En outre, on a enregistré 260 décès au cours de la semaine dernière, ce qui porte le nombre officiel de décès dus à la COVID-19 à 106.341 personnes. Il s’agit d’une sous-estimation importante. Le magazine The Lanceta publié une enquête en mars qui a établi que, de décembre 2019 à décembre 2021, la surmortalité due au virus en Espagne s’élevait à 162.000, soit 64 pour cent de plus que le chiffre officiel de 98.900 annoncé en décembre.
Ces données montrent que la pandémie de COVID-19 continue de représenter un grave danger. Le gouvernement PSOE-Podemos a cependant réagi dans l’indifférence la plus totale, maintenant sa stratégie de «laisser-faire» en matière d’infection massive et permettant ainsi à la COVID-19 de continuer à infecter, handicaper et tuer des dizaines de milliers de personnes.
La clé de cette politique est de «normaliser» le virus en assimilant son traitement à celui de la grippe. Au cours des deux derniers mois, le gouvernement PSOE-Podemos a éliminé pratiquement toutes les restrictions et tous les contrôles de la propagation de la pandémie. Il s’agit notamment de:
L’obligation de s’auto-isoler en cas d’infection par la COVID-19, en dehors des milieux vulnérables comme les maisons de retraite.
La limitation de l’accès aux tests PCR précis, désormais uniquement disponibles sur prescription médicale.
La levée du port obligatoire du masque à l’intérieur, sauf dans les transports publics et dans les centres de santé.
La levée de la quasi-totalité des mesures dans les centres éducatifs: quarantaines, distanciation de 1,2 mètre entre les élèves, système de bulles, sièges fixes dans les bus scolaires et interdiction aux parents de réintégrer les écoles et de participer au tutorat en personne.
Cette politique de PSOE-Podemos est ancrée dans des intérêts de classe: traiter la «santé économique» et la «vie humaine» comme comparables, la première étant prioritaire par rapport à la seconde. Après avoir éliminé les quarantaines, le ministère de la Santé a établi que les congés de maladie ne devaient plus être accordés aux contacts proches des patients atteints de la COVID-19 ou aux personnes exposées à la COVID-19. Même les personnes infectées qui sont asymptomatiques ou qui présentent des symptômes légers se voient refuser les congés de maladie, une mesure que la classe capitaliste considère comme essentielle pour maintenir les travailleurs au travail.
Les professionnels de la santé ont dénoncé ces mesures. La semaine dernière, Margarita del Val, virologue et immunologiste qui coordonne la plateforme de recherche thématique interdisciplinaire sur la santé mondiale du Conseil national de la recherche espagnole créé en mars 2020 pour lutter contre la pandémie, a dénoncé la suppression de la surveillance du virus par le gouvernement PSOE-Podemos.
Lors du premier sommet international sur la gestion des pandémies qui s’est tenu à Valence, elle a déclaré que nous nous trouvions dans une «période très difficile». Elle a ajouté: «Nous avons peu de données et nous ne savons pas ce qui va se passer, mais je suis presque sûre qu’à l’approche de Noël, avec notre comportement habituel, nous allons attraper d’autres maladies respiratoires et la Covid».
Le Dr Francisco José Sáez, responsable du groupe de travail sur la santé au travail de la Société espagnole des médecins généraux et de famille (SEMG), a également dénoncé ces mesures. Il a déclaré au journal numérique Acta Sanitariaque l’absence de surveillance du nombre de cas chez les personnes de moins de 60 ans falsifie clairement les données sur la pandémie. Selon lui, les médecins ne sont pas au courant «que si vous avez un patient malade de moins de 60 ans [avec la COVID-19], cela ne sera pas enregistré. Cela explique pourquoi la prévalence de la maladie est en baisse en Espagne».
Les professionnels de la santé souffrent également du refus de l’État de considérer la COVID-19 comme une maladie professionnelle. Sáez explique que si un professionnel de la santé a respecté toutes les mesures de santé et de sécurité, et qu’il est infecté, on lui dira que «vous n’avez pas attrapé la maladie ici et vous l’aurez attrapée chez vous». En d’autres termes, «si vous l’attrapez, c’est par erreur».
Saéz note: «à l’heure actuelle, les congés de maladie ne sont pas accordés aux personnes qui contractent la COVID-19 dans une maison de retraite.» On leur dit «qu’ils peuvent reprendre le travail sans problème s’ils mettent le masque… mais si, plus tard, l’une de ces personnes développe la Covid longue durée, on ne le reconnaît pas comme tel».
Le gouvernement PSOE-Podemos ne condamne pas seulement des millions de travailleurs à l’infection, mais les laisse également sans défense contre la COVID longue durée. On estime que 10 pour cent des personnes infectées souffrent de la COVID longue. Selon le groupe de travail multidisciplinaire sur la pandémie de COVID-19, plus d’un million de personnes en seraient atteintes en Espagne.
Pourtant, la COVID longue durée n’est même pas considérée comme une maladie en Espagne. Les patients qui sont atteints ne reçoivent pas de soins médicaux spécifiques et ne peuvent pas bénéficier de congés de maladie. María Lorenzo, membre du groupe de travail du collectif Persistent Covid Asturias, a déclaré: «Nous dépendons du médecin de famille pour qu’il nous croie lorsque nous lui parlons de nos symptômes, sinon, il nous oriente vers les services de santé mentale».
Même la ministre de la Santé, Carolina Darias, a reconnu en mars de cette année que le système de santé espagnol ne disposait pas de suffisamment d’informations sur la COVID longue durée. Elle avait alors annoncé qu’une étude avait été commandée à l’Institut Carlos III. Mais il s’agit d’un stratagème cynique. L’étude a été confiée à Ferrán Barbé, un pneumologue qui a publiquement minimisé le virus et même nié son existence.
On a signalé le manque de rigueur de l’étude au médiateur par des organisations telles que la Plateforme des groupes et associations de patients ACTS Covid longue durée, l’Association Covid longue Aragón, le Collectif Madrid Covid-19 persistante, la Société espagnole des médecins généraux et de famille (SEMG), le Syndicat infirmier SATSE et la Confédération nationale des syndicats médicaux. Ils soulignent que l’échantillon de patients de l’étude est trop petit pour être représentatif et que le questionnaire de l’étude est biaisé pour éviter les symptômes fondamentaux de la COVID longue.
Tout cela n’est ni une erreur ni une coïncidence. Le gouvernement PSOE-Podemos cherche à réduire les congés de maladie et à allouer le minimum de ressources sanitaires au traitement des malades. L’objectif est de forcer les plus d’un million de personnes concernées à aller travailler alors qu’elles sont malades, et d’économiser autant d’argent que possible sur leur traitement médical. En même temps, l’Union européenne dépense des milliards d’euros pour envoyer des armes en Ukraine afin de faire la guerre à la Russie.
La criminalité du gouvernement PSOE-Podemos par rapport à la COVID-19 est un avertissement sur la façon dont il réagira à l’épidémie de variole du singe. L’Espagne compte 142 cas de la variole du singe, ce qui en fait un épicentre du virus en Europe. Heureusement, tous les cas évoluent bien et sont bénins, mais il est essentiel de limiter la contagion. Pour cela, un diagnostic précoce et l’isolement du patient sont importants, ce à quoi le gouvernement PSOE-Podemos s’est déjà montré hostile dans le cas de la COVID-19. Le virus se propage maintenant rapidement dans sept régions d’Espagne, la région de Madrid étant en tête avec au moins 66 cas.
(Article paru en anglais le 2 juin 2022)
