Des travailleurs de Sheffield, Manchester et Londres s’expriment sur la grève ferroviaire nationale

«J’appuie la grève et nous devons intervenir encore plus et nous préparer à une grève générale.»

Les reporters du World Socialist Web Site ont assisté au rassemblement de l’anniversaire d’Orgreave dans le sud du comté de Yorkshire (South Yorkshire) samedi pour parler avec les manifestants de la grève ferroviaire nationale à venir. L’événement commémore la «bataille d’Orgreave» du 18 juin 1984, pendant la grève des mineurs qui a duré un an. La police avait violemment attaqué un vaste piquet de grève des mineurs de l’usine de cokéfaction British Steel, faisant plus de 100 blessés et inculpant 95 d’entre eux pour émeute, rassemblement illégal et autres infractions.

Des manifestants lors du rassemblement pour l’anniversaire d’Orgreave à Sheffield, en Angleterre, le 18 juin 2022 [Source: Twitter, Photo de Lewis Dagnall] [Photo by Lewis Dagnall]

Un ancien mineur, Michael, qui a travaillé à Dinnington et a participé à la grève de 1984-85, a déclaré qu’il soutenait la grève des cheminots:

«Pendant des années, on a réprimé les travailleurs, depuis la défaite des mineurs. Nous étions les travailleurs les plus militants à l’époque et c’est pourquoi [la première ministre conservatrice] Thatcher devait tenter de nous détruire. Maintenant, ils essaient de détruire tous les travailleurs qui se battent. Ce qu’il [le gouvernement Johnson] dit à propos des travailleurs du rail comme ils sont “l’ennemi intérieur”, je peux voir les parallèles. Les syndicats, les TUC [Trades Union Congress], étaient responsables de notre défaite. Les cheminots ne peuvent pas permettre que cela se reproduise. De nombreux travailleurs sont maintenant en grève, car ils en ont assez d’être attaqués en permanence alors que les riches ne font que s’enrichir».

Michael a convenu que le syndicat Rail, Maritime and Transport (RMT) tentera de trahir la lutte et il s’oppose aux négociations avec les patrons alors qu’aucune de leurs revendications n’est satisfaite. «Je peux voir qu’ils vont avoir une grande opération anti-grève, comme ils l’ont fait avec les mineurs. Cela ne doit pas se produire. Les travailleurs et les communautés doivent s’unir et les défendre. Leur lutte est notre lutte».

Sam, qui étudie pour devenir professeur de sciences, a déclaré à propos de la grève des chemins de fer: «Je soutiens tous les travailleurs qui veulent faire grève pour défendre leurs moyens de subsistance. Je me suis lancé dans l’enseignement, car je n’ai trouvé rien d’autre et je dois travailler pour subvenir aux besoins de ma famille. Je sais que la situation est vraiment difficile dans l’enseignement, avec les coupes et le manque de financement. Tant de travailleurs sont touchés par la crise du coût de la vie. Nous devons nous unir contre ce gouvernement qui jette les gens dans la pauvreté alors qu’il accumule des millions».

«Je suis d’accord avec une approche internationale. J’ai toujours pensé que les syndicats étaient si inefficaces et qu’ils ne faisaient pas grand-chose pour protéger leurs membres, comme lors de la pandémie. Les entreprises s’organisent dans le monde entier, c’est donc tout à fait logique que nous le fassions aussi».

Les équipes de reportage du WSWS se sont également entretenues avec des travailleurs du rail à Manchester et à Londres.

Un chef de train de Manchester a déclaré qu’il s’opposait aux appels du gouvernement en faveur d’une loi briseuse de grève. «On a réalisé des sondages récemment et ils ont montré que sur les 47.000 personnes interrogées, 85 pour cent étaient favorables au droit de grève».

Gare ferroviaire de Manchester Piccadilly [WSWS Media]

«Nous étions des travailleurs clés et devions venir travailler pendant toute la durée de la COVID, ce qui aurait pu tuer nos familles. On ne nous a pas mis au chômage technique. L’entreprise a réalisé 200 millions de livres de bénéfices».

«J’ai assisté à des réunions avec la direction où rien de significatif n’a été dit sur les négociations salariales».

«Je soutiendrais une action plus large car les travailleurs qui ont des problèmes dans d’autres industries devraient se soutenir mutuellement».

Un chef de train a déclaré: «Le gouvernement dit que l’achalandage dans les trains est plus faible après la COVID et c’est l’une des excuses qu’il utilise: dire que la demande n’est pas là. Pourtant, je conduis des trains pleins».

«Je pense que je suis bien payé. En même temps, les prix augmentent et je trouve difficile de payer les factures et de mettre du diesel dans la voiture».

Un travailleur de la collecte des revenus a déclaré à nos reporters: «J’appuie la grève et nous devons intervenir encore plus et nous préparer à une grève générale. Nous devons intervenir en même temps avec les autres travailleurs, en les avertissant de ce qui va se passer».

Il a ajouté: «Je ne peux soutenir ni le Parti conservateur ni le Parti travailliste. J’écoute les «Questions aux premiers ministres» et c’est juste un jeu pour eux. Ils se sont occupés de tous leurs copains avec les contrats d’ÉPI pendant la pandémie».

Un jeune cheminot a commenté: «Aucun dispositif de sécurité n’a été mis en place depuis la levée du confinement. Les syndicats n’ont rien fait.»

À Wimbledon, à Londres, un travailleur de Network Rail a souligné qu’ils avaient «tous travaillé pendant la crise de la COVID et n’ont reçu aucun salaire supplémentaire ni aucune reconnaissance» et que «de nombreux travailleurs sont morts inutilement».

Il a expliqué que le plan de privatisation «Great British Railways» du gouvernement conduirait «au moins 1.500 travailleurs expérimentés à perdre leur emploi», dont beaucoup avaient «travaillé sur le réseau pendant des décennies». Il s’est inquiété du fait que la santé et la sécurité de la population seraient mises en danger.

Un autre cheminot de la gare de London Bridge a déclaré: «La crise du coût de la vie devient incontrôlable et nous n’avons d’autre choix que de faire grève». Il a ajouté que la direction avait formé du «personnel temporaire sans expérience pratique» pour travailler les jours de grève, exprimant de sérieuses inquiétudes pour la sécurité des passagers.

(Article paru en anglais le 20 juin 2022)

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