L’Ukraine interdit le plus grand parti d’opposition

Un tribunal ukrainien a officiellement interdit les activités du plus grand parti d’opposition du pays, la Plateforme d’opposition-Pour la vie.

La décision a été rendue par la Cour administrative d’appel n° 8 le 20 juin à Lviv et a effectivement confirmé l’interdiction par le président Volodymyr Zelensky de 11 partis politiques que Kiev considérait comme «anti-ukrainiens» et «collaborateurs» plus tôt en mars. La mesure a ensuite été approuvée par le parlement ukrainien en mai.

Dix autres partis pro-russes et de gauche ont été inclus dans l’interdiction de Zelensky, parmi lesquels le Parti socialiste d’Ukraine et le Parti de Shariy dirigé par le blogueur populaire sur Youtube Anatoly Shariy.

En plus d’interdire légalement les activités du parti, le tribunal a également déclaré que les biens et avoirs du parti seraient confisqués par le Trésor public.

L’interdiction du plus grand parti d’opposition du pays marque le point culminant temporaire d’une campagne antidémocratique lancée par le gouvernement Zelensky contre les partis et les individus qui pourraient potentiellement saper la guerre que Kiev mène contre la Russie pour le compte des puissances impérialistes.

Dirigé par l’oligarque Viktor Medvedchuk, le parti avait 44 des 450 sièges au parlement ukrainien, dépassé seulement par le parti au pouvoir, le Serviteur du peuple du président Volodymyr Zelensky. Avant l’invasion de la Russie en février, plusieurs sondages d’opinion montraient que le parti aligné sur la Russie était en tête pour gagner d’hypothétiques élections parlementaires ou terminer en seconde place.

Dans les régions de l’est et du sud de l’Ukraine, la Plateforme d’opposition-Pour la vie a fonctionné comme le parti politique dominant aux niveaux national et local. C’était le successeur effectif du Parti des régions de l’ancien président Viktor Ianoukovitch. Contrairement à ses adversaires de l’oligarchie qui, avec le soutien massif de l’impérialisme américain et allemand, l’ont renversé en 2014 lors d’un coup d’État, Ianoukovitch représentait une faction de l’oligarchie ukrainienne qui cherche à trouver un équilibre entre l’impérialisme occidental et le Kremlin, et s’est opposé à une alliance directe de l’Ukraine avec l’OTAN.

Avant 2014, le Parti des régions était le plus grand parti politique du pays, mais il s’est désintégré après le coup d’État lorsque ses membres ont fui le pays ou ont rejoint le Bloc d’opposition, le prédécesseur pro-Moscou de la Plateforme d’opposition-Pour la vie.

Medvedchuk, co-fondateur et chef du parti Plateforme d’opposition-Pour la vie, est un milliardaire qui entretient depuis longtemps des liens très étroits avec l’oligarchie russe et, en particulier, le régime de Poutine.

Cependant, la Plateforme d’opposition-Pour la vie de Medvedechuk a publiquement dénoncé l’invasion du pays par la Russie et a appelé à des négociations pour mettre fin rapidement à la guerre. Vingt-trois de ses membres au parlement national ont volontairement quitté le parti et ont formé le parti Plateforme pour la vie et la paix qui s’est engagé à protéger les droits de la minorité russe en Ukraine mais s’est encore plus écarté de Medvedchuk et de Moscou.

Tout au long de son existence, le parti a soutenu la mise en œuvre des accords de Minsk, qui visaient à mettre fin à la guerre dans la région orientale du Donbass entre les séparatistes soutenus par la Russie et le gouvernement ukrainien par le biais d’un règlement négocié avec l’impérialisme français et allemand. Bien qu’ils soient arrivés au pouvoir en 2019 sur de vagues promesses de paix, avant l’invasion, Zelensky et son équipe étaient ouvertement hostiles à la mise en œuvre des accords, qui prévoyaient un statut fédéré dans les régions contrôlées par les séparatistes et des élections locales.

Pendant plus d’un an avant la guerre actuelle, le gouvernement Zelensky, sur ordre de l’impérialisme américain, a travaillé systématiquement pour éradiquer l’influence du parti et, en février 2021, a interdit de manière antidémocratique trois chaînes de télévision populaires associées à Medvedchuk. À l’époque, cette décision fut saluée par l’ambassade des États-Unis dans le cadre des efforts de Kiev «pour contrer l’influence malveillante de la Russie, conformément à la loi ukrainienne, dans la défense de sa souveraineté et de son intégrité territoriale».

Plus tard en mai 2021, Medvedchuk était arrêté et inculpéde «malversation» ainsi que de «haute trahison» pour «activités subversives contre l’Ukraine». Un tribunal ukrainien l’a placé en résidence surveillée, une situation qui a duré jusqu’au déclenchement de la guerre en février de cette année, date à laquelle il s’est enfui.

Le 12 avril, Medvedchuk a été appréhendé par le service de sécurité ukrainien (SBU) alors qu’il était apparemment déguisé en soldat ukrainien et a été de nouveau accusé de trahison pour avoir soi-disant fourni une assistance militaire à la Russie.

Aucune preuve n’a été publiée indiquant comment exactement Medvedchuk aurait collaboré avec les Russes. On n’a pas non plus expliqué pourquoi il est resté à Kiev les jours suivant l’attaque, mettant sa vie en danger, s’il avait vraiment connaissance de l’invasion imminente à l’avance.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a publiquement proposé à Moscou d’échanger Medvedchuk contre des soldats ukrainiens capturés. Jusqu’à présent, Moscou a publiquement refusé de discuter de l’échange de son supposé fidèle collaborateur, mais des informations récentes suggèrent qu’il pourrait être échangé contre des ressortissants britanniques récemment capturés par les forces séparatistes.

Pendant son arrestation, Medvedchuk s’est retrouvé empêtré dans les poursuites en cours contre l’ancien président Petro Porochenko, un autre rival politique de Zelensky. En mai, le SBU a publié une vidéo dans laquelle Medvedchuk accusait Porochenko d’avoir sollicité son aide pour acheter illégalement un oléoduc russe.

En raison de son immense richesse et de son influence politique, Medvedchuk en sait sans aucun doute beaucoup sur «l’endroit où les corps sont enterrés» – à la fois au sens figuré et au sens propre dans le cas de la politique ukrainienne bourgeoise – et il est probable que le gouvernement Zelensky va maintenant l’exploiter pour continuer la persécution de ses ennemis politiques.

Quel que soit le sort ultime de Medvedchuk et des vestiges de son parti politique, l’interdiction et la liquidation par l’État des partis d’opposition mettent à nu le mensonge selon lequel l’Ukraine est un rempart de la «démocratie» qui doit être défendu dans une «guerre juste» contre la Russie totalitaire.

En réalité, l’Ukraine est sous la direction d’une section de l’oligarchie ultra-riche réactionnaire issue de la destruction stalinienne de l’Union soviétique et qui a choisi une alliance ouverte avec l’OTAN contre la Russie. Elle démontre maintenant avec la guerre qu’elle est disposée à tuer des centaines de milliers de ses propres citoyens pour maintenir son pouvoir et son orientation pro-OTAN. Selon des responsables du parti au pouvoir, entre 200 et 500 membres des forces armées ukrainiennes meurent chaque jour dans la guerre dans l’est de l’Ukraine. On signale également de plus en plus de désertions des deux côtés du conflit.

L’interdiction de la Plateforme d’opposition-Pour la vie et d’autres partis d’opposition montre clairement que le gouvernement Zelensky soutenu par l’impérialisme ne reculera devant rien pour écraser l’opposition à sa guerre – surtout lorsqu’elle émergera au sein de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 23 juin 2022)

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