Le nombre de morts dus à la COVID-19 dépasse les 150.000 en France, alors que le sous-variant Omicron BA.5 éclate à travers l’Europe

La recrudescence de la COVID-19 en France et en Europe est une catastrophe dont le président Emmanuel Macron et les autres gouvernements européens sont responsables. Ayant levé toutes les mesures qui visaient à limiter la propagation du virus ce printemps, ils ont laissé la population sans défense face à une nouvelle vague qui infecte désormais des millions de personnes en France et des dizaines de millions en Europe.

Sur une population de 67,4 millions d’habitants, la France a confirmé 32,1 millions de cas de COVID-19 au cours de la pandémie, dont 19 millions de décembre à mars dernier, et 2 millions sur le seul dernier mois. Vendredi, les cas en France avaient augmenté de 45 pour cent au cours des sept jours précédents. Actuellement, la France compte 2 millions de cas actifs confirmés de COVID-19.

Malgré l’existence de vaccins qui sauvent des vies, un tel niveau d’infection a un effet dévastateur. Plus de 25.000 personnes sont mortes de la COVID-19 depuis le début de l’année en France, dont 1.200 au cours du mois dernier, et dimanche le nombre de décès dans le pays a dépassé les 150.000, selon Worldometer. Les vagues récurrentes d’infection de masse entraînent également la COVID longue pour des millions de personnes en France, attaquant environ 10 à 30 pour cent de ceux qui ont contracté la COVID-19.

La vague actuelle est alimentée par le sous-variant Omicron BA.5, hautement infectieux et résistant à l’immunité, qui comptait pour 67 pour cent des cas en France au cours de la dernière semaine de juin. Les infections explosent dans tout le pays, la moyenne sur sept jours des nouveaux cas quotidiens ayant été multipliée par plus de huit depuis le 12 juin, passant de 14.561 à plus de 127.000.

Par rapport aux précédents variants d’Omicron, les vaccins sont moins efficaces contre le BA.5, les symptômes durent plus longtemps (7 à 10 jours en moyenne) et l’on peut être contagieux plus longtemps. Outre ces propriétés, le BA.5 a pu se propager rapidement dans la population française fortement vaccinée, même si le pays vient de connaître deux vagues récentes d’infection de masse, en raison de la levée totale des directives de distanciation sociale et de port obligatoire du masque.

La France n’est d’ailleurs que le pays le plus touché, tandis que la COVID-19 éclate partout en Europe. Au cours du mois dernier, le nombre de cas actifs confirmés de COVID-19 a plus que doublé pour atteindre 1,7 million en Allemagne, 1,3 million en Italie, un demi-million en Grande-Bretagne et 130.000 aux Pays-Bas et en Belgique. Presque tous les pays du continent connaissent une vague massive d’infections qui rivalisera bientôt avec la vague d’Omicron BA.1 de l’hiver dernier.

Nouveaux cas quotidiens confirmés de COVID-19 par million d’habitants

En raison du manque de tests et de la prévalence de cas asymptomatiques, le total réel des infections de COVID-19 est sans doute beaucoup plus élevé que celui enregistré dans les chiffres officiels. En Espagne, où les cas actifs confirmés par habitant sont cinq fois moins nombreux qu’en France, les niveaux de COVID-19 dans les eaux usées de Madrid sont les plus élevés depuis le début de la pandémie.

En France, le nombre de cas officiels est largement sous-estimé. Les personnes symptomatiques doivent payer les tests de leur poche, ce qui les pousse à obtenir des tests moins fiables ou à renoncer complètement aux tests. Le taux de positivité des tests dans le pays est supérieur à 20 pour cent: bien au-delà de la limite de 5 pour cent officiellement recommandée. Des hausses similaires du taux de positivité des tests sont observées dans toute l’Europe.

Proportion des tests COVID-19 quotidiens qui sont positifs

Les taux d’infection élevés se traduisent par une augmentation des décès en Europe, où le nombre a atteint 3.457 la semaine dernière. Cette hausse est due en grande partie à l’augmentation du nombre de décès en France, 402 (une augmentation de 50 pour cent), en Allemagne, 570 (une augmentation de 2 pour cent), en Espagne, 581 (une augmentation de 81 pour cent) et en Italie, 578 (une augmentation de 36 pour cent). Dans les semaines à venir, le nombre de décès continuera à augmenter en raison du délai entre l’infection et l’apparition des symptômes.

Les travailleurs doivent être mis en garde: la pandémie va se poursuivre indéfiniment, et aura un coût dévastateur en vies humaines et en santé, jusqu’à ce que la classe ouvrière se mobilise au niveau international pour imposer l’adoption d’une stratégie «Zéro COVID» afin d’éliminer le coronavirus à l’échelle mondiale. Cela impliquera une lutte politique directe contre les gouvernements capitalistes réactionnaires en France et dans le monde entier.

Les spéculations des responsables français selon lesquelles l’émergence du variant Omicron ferait que le SRAS-CoV-2 deviendrait «endémique» et disparaitrait progressivement se sont avérées totalement fausses.

La politique de Macron qui consiste à rendre la COVID-19 «endémique» – c’est-à-dire à la laisser se propager à volonté – mène à un plancher élevé d’infection qui augmente périodiquement pour toucher une grande partie de la population. La vague actuelle est déjà la troisième de l’année dans le pays, les précédentes ayant atteint un pic de 6,8 millions de cas actifs à la fin janvier et de 2,8 millions de cas actifs à la mi-avril. Au cours des huit derniers mois, les cas actifs de COVID-19 en France ne sont jamais descendus en dessous de 350.000.

Comme lors des vagues précédentes, la réponse du gouvernement français consiste à réclamer cyniquement la «vigilance» tout en laissant le virus se propager sans contrôle. Dans son discours d’investiture à l’Assemblée nationale le 6 juillet, Elisabeth Borne, première ministre depuis peu, n’a que brièvement mentionné la COVID-19, reconnaissant que «l’épidémie de COVID n’est pas terminée». Plus tard dans la journée, sur le plateau de TF1, Borne a appelé «chacun à la vigilance» avant de refuser de rétablir la mesure la plus élémentaire pour ralentir la propagation de ce virus aérien: le port du masque obligatoire dans les lieux intérieurs à forte affluence.

Le professeur d’épidémiologie Antoine Flahault a amèrement critiqué Borne dans Atlantico, écrivant: «Le gouvernement se contente aujourd’hui d’une politique de “vivre avec le virus”, capitulant devant le virus comme l’ont fait plusieurs autres capitales européennes». Si, grâce aux vaccinations, le variant Omicron s’est avérée cinq fois moins mortel que le variant Delta, il a noté que la propagation beaucoup plus importante du variant Omicron dans un contexte de fin de la distanciation sociale a presque annulé la différence.

Néanmoins, Flahault a noté que la COVID-19 «fait 55.000 à 65.000 morts chaque année en France. En août 2003, lorsqu’une vague de chaleur estivale a fait 15.000 morts, les autorités de l’État, la population et les médias ont unanimement considéré qu’un tel bilan chez les personnes âgées était inacceptable. Des mesures ont été prises pour éviter que de tels drames ne se reproduisent les étés suivants. Aujourd’hui, les décès dus à la COVID-19 sont comptabilisés chaque nuit depuis deux ans et demi, mais nous avons réagi à ce bilan macabre en nous bouchant collectivement les oreilles».

Les intérêts de classe qui sous-tendent la politique de Macron en matière d’infection ont été exposés le 7 juillet, lorsque Challengesa publié son classement annuel des 500 individus les plus riches de France. Au cours de la première année de la pandémie, ces milliardaires et multimillionnaires ont vu leur richesse collective augmenter de 31 pour cent, alors qu’ils profitaient de plans de sauvetage de plusieurs milliers de milliards d’euros et d’une exploitation accrue des travailleurs maintenus au travail sans protection. Cette année, leur fortune a encore augmenté, dépassant collectivement les 1.000 milliards d’euros pour la toute première fois.

L’épidémie massive d’Omicron BA.2 qui a été enrayée récemment en Chine continentale a montré une fois de plus que des politiques scientifiques coordonnées peuvent éliminer le virus en quelques mois. Adoptées à l’échelle mondiale, elles pourraient mettre fin à la pandémie.

Imposer une telle politique nécessitera une offensive internationale de la classe ouvrière contre la bourgeoisie et ses défenseurs de la classe moyenne et de la pseudogauche, comme Jean-Luc Mélenchon en France. Mélenchon a joué un rôle clé en facilitant la politique d’infection de masse du gouvernement Macron depuis le confinement strict de mai-mars 2020, que Macron a été contraint d’accepter alors que les grèves se propageaient à travers l’Europe au beau milieu de la première vague de la pandémie.

En mai 2020, même avec des niveaux de cas très bas, alors que la recherche des contacts et l’isolement des cas auraient pu éliminer le virus comme en Chine et dans d’autres pays d’Asie-Pacifique, Mélenchon a plaidé pour le maintien des travailleurs au travail tandis que les décès survenaient en masse. Comparant la pandémie à la Première Guerre mondiale, il a déclaré: «On a regardé les lois de 1915-16 pour voir ce qui avait été fait. La société française était une société paysanne; tous les hommes étaient au front et mouraient par millions. Nous étions intéressés de voir comment la cohésion sociale a été assurée à cette époque».

Mélenchon a en effet copié les chauvins sociaux-démocrates français de la Première Guerre mondiale, qui ont formé une prétendue «Union sacrée» avec des groupes antisémites d’extrême droite comme l’Action française pour soutenir la guerre. Avec d’autres dirigeants de son parti, la France insoumise (LFI), comme François Ruffin, il a soutenu les manifestations d’extrême droite l’été dernier contre les vaccins et les confinements initialement appelés par des néo-fascistes comme Marion Maréchal Le Pen et Florian Philippot.

Un mouvement puissant grandit dans la classe ouvrière, alors que des grèves éclatent dans toute l’Europe et qu’un mouvement révolutionnaire se développe parmi les travailleurs du Sri Lanka et qui ont renversé le président Gotabhaya Rajapakse. Armé d’une perspective et d’une compréhension claires de la pandémie, ce mouvement peut vaincre toutes les forces qui travaillent à perpétuer les politiques d’infection de masse qui maintiennent le statu quo pour les élites capitalistes. Nous encourageons les travailleurs de France et de toute l’Europe à prendre le relais de la lutte pour l’élimination mondiale et à contribuer à l’Enquête ouvrière mondiale sur la pandémie de COVID-19.

(Article paru en anglais le 11 juillet 2022)

Loading