Le gouvernement conservateur de droite du Nouveau-Brunswick abolit un programme d’aide financière aux étudiants sans aucun préavis

Êtes-vous un étudiant au Nouveau-Brunswick ou ailleurs au Canada ? Contactez les Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale (International Youth and Students for Social Equality – IYSSE) à l’adresse iysseincanada@gmail.compour vous joindre à la lutte contre les attaques contre le soutien financier aux étudiants et la réduction du financement de l’éducation postsecondaire.

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Au grand désarroi des étudiants universitaires du Nouveau-Brunswick, le gouvernement conservateur de droite dirigé par le premier ministre Blain Higgs a décidé, à la fin du mois de juin, d’abolir un programme leur permettant de recevoir de l’assurance-emploi pendant leurs études, sans même en faire l’annonce publiquement.

Caption: Université de Moncton [Photo by Hussein Abdallahh / CC BY 4.0] [Photo by Hussein Abdallahh / CC BY 4.0]

Le gouvernement Higgs, qui a imposé des concessions sur les salaires et les avantages sociaux à plus de 22.000 travailleurs du secteur public en novembre dernier après une grève acharnée de deux semaines, s’en prend maintenant aux étudiants en abolissant le programme Connexion AE. En vertu de ce programme, les étudiants qui travaillaient suffisamment d’heures pendant l’été pouvaient recevoir de l’assurance-emploi pendant l’année scolaire. Selon la Fédération étudiante de l’Université de Moncton (FÉÉCUM), environ 7.000 étudiants bénéficiaient du programme, sans compter ceux qui avaient l’intention de l’utiliser à l’automne.

Lancé en 2008, le programme, alors appelé Programme de formation et de développement professionnel, visait à encourager les études postsecondaires. À l’époque, la dette étudiante moyenne au Nouveau-Brunswick était la plus élevée de toutes les provinces canadiennes. Initialement conçu pour une période de deux ans, le programme était largement limité aux étudiants des collèges communautaires. En 2016, le gouvernement provincial, après des discussions avec Ottawa, a modifié la période d’aide admissible pour la porter à quatre ans, permettant ainsi aux étudiants universitaires de devenir admissibles au programme maintenant connu sous le nom de Connexion AE.

Soulignant le mépris du gouvernement Higgs pour les travailleurs et la communauté étudiante en général, les étudiants ont appris l’élimination du programme par leurs camarades de classe ou les associations étudiantes sur les médias sociaux. Le ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail n’a fait aucune annonce publique, se limitant à envoyer une note de service par courriel à certains membres du personnel des universités et des associations étudiantes.

Les étudiants ont réagi à la nouvelle avec un mélange de colère, d’anxiété et de panique, la majorité se demandant comment ils pourraient poursuivre ou même commencer leurs études postsecondaires. Partageant ces sentiments, Eve Chamberlain, étudiante en génie mécanique à l’Université de Moncton, a lancé une pétition en ligne demandant la restauration du programme qui a reçu près de 14 000 signatures en moins d’une journée.

La décision du gouvernement d’abolir le programme a mis en péril l’avenir de milliers d’étudiants. Interrogé par Radio-Canada, Jean-Sébastien Léger, président de la FÉÉCUM et l’un des destinataires du courriel, a souligné l’impact qu’aurait la fin du programme Connexion AE sur l’accès aux études postsecondaires: «Nous sommes très préoccupés par l’impact sur l’accessibilité et la capacité des étudiants, surtout ceux des régions rurales du Nouveau-Brunswick, de savoir s’ils pourront poursuivre des études postsecondaires.» Selon Léger, la dette moyenne actuelle d’un étudiant dans la province est de 40.000$, un chiffre qui va certainement grimper sans accès à l’assurance-emploi.

La réduction de l’aide financière aux étudiants par Higgs, un ancien cadre de la société Irving Oil, survient alors que les étudiants du Canada et d’ailleurs sont aux prises avec des faibles revenus dans un contexte d’inflation galopante. De nombreux étudiants ont perdu leur emploi pendant la pandémie, car les secteurs des services et de l’hôtellerie ont réduit leurs effectifs pendant les confinements et les périodes de restrictions sanitaires. De plus en plus de comptes-rendus provenant de diverses régions du pays font état du recours aux banques alimentaires sur les campus par des étudiants qui ont du mal à joindre les deux bouts.

Bien avant la dernière flambée des prix des produits de première nécessité, de nombreux étudiants canadiens n’étaient pas en mesure de poursuivre leurs études en raison du fardeau financier. Selon une enquête commandée par l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) et la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE), menée auprès de 1.100 répondants au cours de la première vague de la pandémie, 3 étudiants canadiens sur 4 se sont dits inquiets pour l’avenir en raison des conséquences économiques de la pandémie et 1 sur 2 a reconnu que la pandémie a rendu les frais de scolarité plus difficiles à payer et le coût de la vie moins abordable. Selon l’enquête, 30% des répondants ont déclaré avoir renoncé à s’inscrire à un programme postsecondaire pour l’automne 2020 en raison de pressions financières.

L’abolition de Connexion AE sera le dernier clou du cercueil pour les carrières universitaires de nombreux jeunes. Comme le souligne Hélène Albert, professeure à l’École de travail social de l’Université de Moncton et vice-présidente interne de l’Association des bibliothécaires et professeurs de l’Université de Moncton (ABPPUM), dans un communiqué: «Avec la hausse des prix des logements, qui sont inabordables pour des gens qui gagnent très bien leur vie, c’est devenu ridicule pour les étudiants, ça devient de moins en moins, sinon plus, accessible.» Selon l’ABPPUM, l’impact de la fin de l’aide financière aux étudiants sur le recrutement et la rétention sur les campus pourrait menacer la survie de l’Université de Moncton.

Face à l’indignation générale, le gouvernement Higgs a tenté de justifier sa décision en arguant que Connexion AE ne répondait pas aux critères d’admissibilité à l’assurance-emploi fédérale et que la décision a été prise suite aux demandes d’Ottawa de «se conformer au programme fédéral.»

Cette excuse est absurde. S’il est vrai que le gouvernement fédéral a exercé des pressions depuis le début du programme pour forcer Fredericton à en modifier les conditions, il n’était pas obligé de l’éliminer complètement. Comme l’a admis Serge Cormier, député libéral d’Acadie-Bathurst, «si le gouvernement du Nouveau-Brunswick veut continuer le programme, il n’a qu’à revenir sur sa décision et dire qu’il veut continuer le programme, c’est aussi simple que cela.»

La véritable raison de l’abolition du programme a été fournie par un porte-parole du ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail. Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, le fonctionnaire a déclaré que la décision a été précipitée par des demandes du milieu des affaires: «Compte tenu des défis actuels sur le marché du travail de la province, Connexion NB-AE est également en conflit avec les efforts de la province pour aider les employeurs à combler les postes vacants.» En d’autres termes, le programme a été aboli afin d’utiliser les étudiants déjà submergés par des études et des stages non rémunérés comme main-d’œuvre bon marché pour satisfaire les demandes de la grande entreprise.

Malgré la tentative de Cormier de dégager le gouvernement fédéral de toute responsabilité quant au sort des étudiants, le gouvernement libéral de Trudeau est tout aussi responsable de la précarité et du stress auxquels sont confrontés les étudiants postsecondaires du Canada. Après avoir distribué des centaines de milliards de dollars aux banques et aux grandes entreprises au début de la pandémie, le gouvernement Trudeau a mené une dangereuse campagne de retour au travail avec l’appui des syndicats. On a permis à la COVID-19 de se répandre sur les lieux de travail, dans les écoles et sur les campus universitaires et collégiaux afin de préserver le flux de profits de la grande entreprise.

Alors que le variant Omicron, hautement infectieux, se propageait rapidement l’hiver dernier, les administrateurs universitaires ont imposé un retour dangereux aux cours en présentiel, ce qui a entraîné une recrudescence des infections. Ils ont pris exemple sur le gouvernement Trudeau, qui n’a rien fait pour arrêter la propagation d’Omicron et a présidé au démantèlement de toutes les mesures de santé publique restantes après que l’opposition conservatrice eut fait la promotion du «Convoi de la liberté», un mouvement d’extrême droite.

De nombreux étudiants à travers le Canada ont organisé des manifestations contre la stratégie imprudente de réouverture, notamment à l’Université McGill à Montréal et à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique. Les appels des étudiants pour un retour à l’apprentissage en ligne et une meilleure protection se sont heurtés à l’indifférence totale des gouvernements provinciaux, quelle que soit leur couleur politique.

La décision de Higgs d’abolir le programme d’assurance-emploi des étudiants s’inscrit dans la volonté de la classe dirigeante de réduire les dépenses publiques de façon générale afin de financer le soutien de l’impérialisme canadien à la guerre entre les États-Unis et l’OTAN et la Russie.

Le large soutien apporté à la pétition contre l’abolition de Connexion AE souligne que l’austérité capitaliste est profondément impopulaire. Mais les appels lancés aux politiciens pour qu’ils changent leur façon de faire et fournissent aux étudiants un soutien financier adéquat afin qu’ils puissent se concentrer sur leurs études tomberont dans l’oreille d’un sourd. Ce qui est nécessaire, c’est la construction d’un mouvement de masse d’étudiants et de jeunes, en alliance avec les travailleurs de l’éducation et d’autres sections de la classe ouvrière, afin de mener une lutte politique pour un système d’éducation publique de haute qualité et bien financé, du niveau préélémentaire au niveau postsecondaire.

(Article paru en anglais le 13 juillet 2022)

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