Les décès s’accumulent, les incendies se propagent et la vague de chaleur bat des records dans toute l’Europe

Le nombre croissant de morts et les ravages causés par les incendies de forêt et la sécheresse mettent en évidence l’indifférence et l’inaction des autorités publiques en Europe face aux conséquences catastrophiques du réchauffement climatique.

Une voiture calcinée au camping Les Flots Bleus à Pyla sur Mer, près d’Arcachon, dans le sud-ouest de la France, mardi  19  juillet 2022. (AP Photo/Bob Edme)

La vague de chaleur bat des records dans toute l’Europe. Pinhão a connu la température la plus élevée jamais enregistrée au Portugal, 47  °C (116,6  °F); la France a vu 64  villes établir des records, dont Biscarrosse, 42,6  °C; tandis que l’aéroport d’Heathrow à Londres a enregistré 40,2  °C. Hier, c’était la première fois qu’une température supérieure à 40  °C était enregistrée en Grande-Bretagne.

Le bilan confirmé de la vague de chaleur dans la seule péninsule ibérique dépasse déjà les 1.700  morts. La directrice de l’Autorité générale de la Santé portugaise, Graça Freitas, a indiqué hier qu’il y avait eu 1.063  décès liés à la chaleur entre le 7 et le 18  juillet dans le pays, ajoutant: «Nous devons être de plus en plus préparés aux périodes de fortes chaleurs». L’Institut Carlos  III a confirmé que l’Espagne avait connu 678  décès liés à la chaleur entre le 10 et le 17  juillet.

Ce bilan pourrait exploser dans les jours à venir. L’ancien scientifique en chef du gouvernement britannique, David King, a averti que le nombre de décès excédentaires au Royaume-Uni en raison de la vague de chaleur pourrait atteindre 10.000. «Nous sommes un pays où l’humidité est relativement élevée», a déclaré King, ajoutant: «Une forte humidité, des températures élevées, c’est tout simplement plus élevé que ce que la température du corps devrait être. Si vous êtes même à l’ombre en plein air à 40  °C et 80  pour cent d’humidité, vous ne vivrez pas très longtemps.»

Le Portugal et l’Europe occidentale en général sont particulièrement vulnérables aux vagues de chaleur en raison du changement climatique. Le professeur Carlos Antunes de l’université de Lisbonne a fait remarquer: «Avec le changement climatique, on s’attend à ce que cette augmentation de la mortalité s’intensifie, et nous devons donc prendre des mesures au niveau de la santé publique pour minimiser l’impact».

Alors qu’ils poursuivent une politique d’infection et de mort massive par la COVID-19, les gouvernements européens écartent toute action collective pour lutter contre le réchauffement climatique et la canicule. Après que le vice-premier ministre britannique Dominic Raab eut cyniquement dit aux Britanniques de «profiter de la chaleur» et d’être «résilients», la mort tragique de José Antonio González, nettoyeur de rue à Madrid, met en lumière l’inaction et l’indifférence des gouvernements européens face à la détresse des travailleurs qui peinent sous la chaleur.

Au moins 14  éboueurs de Madrid ont été victimes d’un coup de chaleur, alors qu’ils travaillaient au soleil dans de lourds uniformes en polyester. González, 60  ans, a été transporté à l’hôpital après avoir été retrouvé inconscient sur le sol avec une température corporelle supérieure à 41  °C (106  °F). Il est ensuite décédé d’une crise cardiaque.

Son fils Miguel, 21  ans, a déclaré à la presse: «Je pense que travailler par 42  °C de chaleur, sans ombre et dans ces vêtements… c’est immoral. Cela ne devrait pas se produire. Nous savons tous que cela peut être évité, mais jusqu’à ce que quelque chose comme ça arrive, ils ne se rendent pas compte».

Son père travaillait encore extrêmement dur à l’âge de 60  ans, dit Miguel, parce qu’il était intérimaire d’Urbaser qui essayait d’obtenir un emploi permanent avec la ville de Madrid. «Il revenait épuisé. Je sais qu’il réalisait que cela pouvait lui arriver, mais il le faisait parce qu’il voulait obtenir un contrat permanent. Je suis convaincu qu’il a continué à nettoyer cette rue jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. Il pensait qu’ils ne renouvelleraient pas son contrat temporaire, et il voulait tout donner pour montrer qu’il en était digne. Pour moi, c’est inhumain. Cela devrait tous nous faire réfléchir. Ce ne sont pas des conditions dans lesquelles on peut vivre».

Miguel a raconté que lorsqu’il a allumé l’ordinateur de son père et qu’il a consulté l’historique de ses recherches sur Google, il a découvert que son père avait cherché «Que faire en cas de coup de chaleur?».

Après que le maire de Madrid, José Luis Martínez-Almeida, a rompu le silence sur la mort de son père deux jours plus tard, en déclarant: «Nous n’étions pas au courant qu’il y avait des plaintes au sujet des uniformes», Miguel a répondu: «Eh bien, ce n’est pas vrai. Chacun devrait admettre ce dont il est responsable. La ville devrait faire plus, au lieu de fournir des excuses et d’essayer d’accuser l’agence d’intérim. Personne d’autre ne devrait avoir à vivre ce que nous vivons».

Les gouvernements capitalistes européens et internationaux ont ignoré les avertissements sur les conséquences catastrophiques du changement climatique. Seule une injection vraiment massive de ressources, coordonnée à l'échelle internationale, peut créer les infrastructures nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, protéger les populations et les réserves alimentaires de la sécheresse, des incendies de forêt et de l'élévation du niveau des mers, stopper la flambée des températures et sauver des vies. Mais le peu de mesures sur lesquelles les gouvernements capitalistes ont pu s'entendre est manifestement insuffisant.

Si les Accords de Paris ont fixé des objectifs bas inacceptables – une augmentation des températures moyennes mondiales ne dépassant pas 1,5  °C à 2  °C – l’augmentation de 1,2  °C qui s’est produite augmente déjà la fréquence, l’intensité et la durée des vagues de chaleur extrêmes.

Une étude récente parue dans Nature Communications avertit qu’en raison des schémas de circulation de l’air et des configurations du courant-jet au-dessus de l’Eurasie, l’Europe sera confrontée à des vagues de chaleur particulièrement extrêmes. L’Europe est, selon l’étude, «un point chaud pour les vagues de chaleur, qui présente des tendances à la hausse trois à quatre fois plus rapides que le reste des latitudes moyennes du nord». L’un des auteurs de l’étude, Kai Kornhuber, de l’université de Columbia, a déclaré: «Battre des records est la nouvelle normalité», ajoutant que les températures continueront à augmenter tant que les émissions de gaz à effet de serre se poursuivront.

Les grands fleuves comme le Pô et le Serchio étant pratiquement à sec, les municipalités du nord de l’Italie interdisent ou s’apprêtent à interdire l’utilisation de l’eau, sauf pour les soins de santé et l’alimentation. Face aux précipitations très limitées cet hiver et l’évaporation des glaciers dans les Alpes, le professeur Stefano Fenoglio, de l’université de Turin, explique: «Le résultat est que les rivières n’ont reçu aucun apport d’eau et, fin février, leur état était très similaire à celui d’une rivière en août. ... La sécheresse est traitée comme un épisode aigu, mais elle est en train de devenir chronique.»

Les pompiers et les avions-citernes luttent contre les incendies de forêt qui font rage, hors de tout contrôle, dans le sud de l’Europe. Ils touchent la Crète, Corfou et la périphérie d’Athènes en Grèce; les régions de Milan, Trieste et Rome en Italie; les régions de Castille-et-Léon et de Galice en Espagne; les régions de Murça et Chaves au Portugal; et la Bretagne et la Gironde en France.

Plus de 34.000  personnes ont été évacuées de villages et de villes de la Gironde, où les incendies ont brûlé plus de 20.000  hectares de forêt. «Cet incendie est un monstre. Il se propage extrêmement vite en raison de l’air très chaud et sec. Son périmètre est de plus de 42  kilomètres, il est impossible de poster des forces sur tous ses côtés. Et à cause des vents erratiques, il avance d’abord d’un côté, puis de l’autre, si bien que les pompiers doivent se repositionner en permanence», a déclaré le président du Conseil de la Gironde, Jean-Luc Gleyze.

L’impact de l’incendie mardi après-midi s’est fait ressentir à 500  km de là, à Paris, où la fumée a noirci le ciel et dégagé une odeur de brûlé. La préfecture de police de Paris a lancé un appel public aux Parisiens via les réseaux sociaux: «Vous pouvez détecter une odeur de brûlé. Cela provient très certainement des feux de forêt qui sévissent actuellement en France… Ne surchargez pas les lignes d’appel d’urgence. N’appelez les pompiers que si l’incendie est avéré».

La vague de chaleur se déplace vers le nord et l’est, touchant aussi la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne durant les prochains jours.

(Article paru d’abord en anglais le 20 juillet 2022)

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