Accord militaire de l’Espagne et des États-Unis en pleine guerre de Washington et de l'OTAN en Ukraine

Le mois dernier, le Premier ministre espagnol du PSOE (Parti socialiste) Pedro Sánchez s’est engagé, dans une déclaration conjointe avec le président américain Joe Biden, à augmenter le nombre de navires de guerre et de soldats américains stationnés sur le territoire espagnol. La déclaration décrivant ces projets militaires avait été adoptée le 28 juin lors d'une réunion d'une heure entre les deux dirigeants, au sommet de l'OTAN à Madrid.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez s'adresse aux troupes espagnoles lors de sa visite à la base militaire d'Adazi, à Kadaga, en Lettonie, le mardi mars. 8, 2022. (Photo AP/Roman Koksarov ) [AP Photo/Roman Koksarov]

L'accord augmentera de quatre à six (33 pour cent) le nombre de destroyers américains stationnés à la base navale espagnole de Rota (Cadix). Il prévoit aussi 600 Marines américains supplémentaires à cette base, portant leur nombre total à 1 800. Les quatre destroyers actuellement stationnés à Rota font partie du « bouclier antimissile » de l'OTAN ; ils participent à des missions américaines unilatérales et à des patrouilles régulières en mer Noire.

La rencontre entre Biden et Sánchez intervient dans le cadre de la guerre par procuration menée par les États-Unis contre la Russie en Ukraine. Après avoir poussé la Russie à envahir son voisin d'Europe de l'Est, les puissances de l'OTAN cherchent à utiliser le conflit pour intensifier les tensions avec Moscou et pousser au changement de régime et au démembrement de la vaste masse continentale russe.

Le gouvernement de coalition de Sánchez (du PSOE et du parti pseudo de gauche Podemos) a pleinement adhéré au bellicisme de l'Alliance Atlantique en Ukraine. Il a envoyé en Europe de l'Est navires de guerre, avions de chasse et soldats. Il a acheminé contre la Russie chars, munitions et lance-roquettes vers les forces ukrainiennes mandataires de l'OTAN. Le pacte Biden-Sánchez souligne l'intention du gouvernement espagnol de poursuivre et d'intensifier son agression impérialiste en collaboration avec les États-Unis.

S'adressant à la presse après sa rencontre avec Biden, Sánchez a déclaré: « L'Espagne et les États-Unis sont des alliés, nous partageons la volonté de promouvoir la démocratie, la liberté, les droits de l'homme. » Biden, pour sa part, a déclaré à Sánchez: « Je tiens à vous remercier de votre leadership, Pedro. »

Et de poursuivre : « Nous sommes avec l'Ukraine en lui donnant tout ce dont elle a besoin pour se défendre. […] Cela fait de nous des alliés solides. Les États-Unis et l'Espagne travaillent également en Amérique latine pour renforcer les démocraties et renforcer nos politiques d'immigration. La déclaration conjointe reflète la grande ampleur de notre coopération ».

Le document présente également des plans pour intensifier la campagne de violence et d'intimidation contre les migrants et les réfugiés cherchant à entrer dans l'Union européenne via l'Espagne et aux États-Unis depuis l'Amérique latine, en « promouvant une migration sûre, ordonnée et respectant les règles ».

« Les deux pays ont l'intention de collaborer dans une approche globale de gestion du flux de migration irrégulière qui garantisse un traitement juste et humain des migrants », affirme malhonnêtement le document. « Les deux pays prévoient de coordonner leurs efforts pour s'attaquer aux causes profondes de la migration clandestine et de travailler au renforcement des voies légales, avec un accent particulier sur les pays d'Amérique latine et des Caraïbes..

« L'Espagne et les États-Unis reconnaissent également l'importance d'une coopération permanente en ce qui concerne les défis de la migration clandestine dans la région de l'Afrique du Nord », ajoute-t-il.

Cela suit la demande du gouvernement PSOE-Podemos fin juin que l'OTAN considère la migration ainsi que l'insécurité alimentaire et le terrorisme comme des «menaces hybrides», une référence aux dénonciations de l'OTAN de la «guerre hybride» russe avant la guerre en Ukraine. L'OTAN devait renforcer son « flanc sud » – c'est-à-dire le Sahel et le Maghreb – avait également déclaré à Reuters le ministre des Affaires étrangères du PSOE, José Manuel Albares.

Ce n'est pas un hasard si la demande du gouvernement PSOE-Podemos était intervenue quelques jours seulement après qu'au moins 37 migrants furent tués et 150 autres blessés à la frontière entre l'enclave nord-africaine espagnole de Melilla et le Maroc. Les polices espagnole et marocaine avaient collaboré pour piéger, battre et gazer systématiquement les réfugiés alors qu'ils tentaient d'escalader la barrière frontalière, causant la mort par étouffement ou écrasement de nombreux réfugiés.

Le 30 juin, le Congrès espagnol avait également voté en faveur du doublement de ses dépenses militaires à 2 pour cent du PIB, réaffirmant une promesse du gouvernement PSOE-Podemos à cet effet en février. La motion sur les dépenses militaires, présentée par le Parti populaire conservateur (PP), a été adoptée au parlement avec les voix du PSOE, du PP, de Ciudadanos (de droite) et de plusieurs autres députés. Podemos, le partenaire subalterne pseudo de gauche du gouvernement espagnol, a voté contre le projet de loi, sachant très bien qu'il obtiendrait la majorité qu’il le soutienne ou non.

Dans une interview à l'émission télévisée « La Hora de La 1 », Sánchez a défendu ainsi les plans d'augmentation du budget militaire: « L'OTAN est une alliance de démocraties pour la défense de la démocratie, et nous devons défendre la démocratie en augmentant nos capacités dissuasives. »

« Nous devons être très conscients du fait qu'au-delà de l'Europe et de l'OTAN, le monde est très compliqué, très difficile, il commence à faire froid et il est important de défendre notre mode de vie et de nous baser sur un ordre interne, » a-t-il poursuivi.

Podemos a tenté de prendre ses distances avec le bellicisme de l'administration Biden et du gouvernement espagnol, émettant de légères critiques sur l'accord militaire Espagne/USA.

« Nous n'aimons pas ce pacte », a déclaré Jaume Asens, président du groupe parlementaire de Podemos, aux médias à l'intérieur du parlement espagnol. « Cela signifie plus de soldats, plus de destroyers nord-américains et, par conséquent, une plus grande dépendance ou soumission aux États-Unis alors que parfois nos intérêts ne sont pas les mêmes.

« Nous défendons l'autonomie européenne en matière de sécurité, et cela [le pacte] va dans le sens inverse », a ajouté Asens. Mais lorsqu'on lui a demandé explicitement si Podemos voterait contre l'accord militaire lorsqu'il arriverait devant le parlement espagnol, Asens a refusé d'engager son parti à s'y opposer.

« Nous devons encore décider du vote, mais il est évident que notre position est différente », a-t-il dit, « nous avons toujours insisté pour dire que la solution n'est pas un plus grand investissement militaire. »

Les critiques de Podemos sur la politique d'un gouvernement dont il fait lui-même partie n'ont rien à voir avec une opposition de principe à la guerre impérialiste. Podemos s'aligne sur une faction de la bourgeoisie européenne qui souhaite développer une plus grande autonomie militaire sous l'égide de l'UE. Ces appels visent à armer et à préparer les puissances européennes à poursuivre leurs propres intérêts impérialistes dans le monde, indépendamment ou même en opposition à la politique militaire américaine.

Au fur et à mesure que la guerre se développe en Ukraine, les tensions entre les pays qui composent le bloc de l'OTAN ne feront qu'augmenter alors que chaque puissance impérialiste cherche à poursuivre ses propres intérêts agressifs en s’appropriant ressources et territoires dans le monde.

Aucune faction de la bourgeoisie espagnole au pouvoir ou de la classe dirigeante européenne n'a autre chose à offrir aux travailleurs que la poursuite de la guerre impérialiste à l'étranger, la répression des réfugiés aux frontières et la répression de l'opposition ouvrière à l’intérieur. La question décisive est de construire un mouvement anti-guerre dans la classe ouvrière. Un mouvement opposé de façon irréconciliable aux partis pseudo de gauche comme Podemos, qui mette fin à la course vers une guerre impérialiste catastrophique et qui défende les migrants, dans le cadre d’une lutte pour le socialisme en Espagne et à l’international.

(Article paru en anglais le 3 août 2022)

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