Un feu de forêt se rallume en Gironde dans un contexte de sécheresse et de canicule record

Après les incendies de forêt qui ont ravagé la Gironde et une grande partie de l’Europe le mois dernier, le sud-ouest de la France est à nouveau la proie des flammes. Selon la préfètede la Gironde, Fabienne Buccio, le feu est la suite de l’incendie de juillet à Landiras, qui «ne s’est pas éteint» mais «s’est enfoui». Le feu se serait rallumé en raison «de la chaleur, de l’air sec, de la sécheresse record et du fait qu’il y a beaucoup de tourbe dans le sol».

Depuis le 9 août, le feu a brûlé 7.400 hectares supplémentaires de végétation. Il est alimenté par une végétation extrêmement sèche dans un contexte de sécheresse record et une nouvelle vague de chaleur avec des jours successifs de températures supérieures à 35°C. Environ 10.000 personnes, principalement dans les communes d’Hostens et de Belin-Beliet, ont été évacuées. Plus de 1.100 pompiers français luttent actuellement contre le brasier. Vendredi, le sous-préfet de Gironde, Ronan Leaustic, a déclaré que, bien que le feu ne se soit pas étendu ce jour-là, «les conditions météorologiques nous poussent à une extrême vigilance».

Une voiture calcinée au camping Les Flots bleus à Pyla sur Mer, près d’Arcachon, dans le sud-ouest de la France, mardi  19  juillet 2022. [AP Photo/Bob Edme] [AP Photo/Bob Edme]

Les mesures d’urgence contre l’incendie comprenaient l’arrivée d’environ 300 pompiers de Roumanie, d’Allemagne, de Pologne et d’Autriche, ainsi que 6 bombardiers d’eau Canadair supplémentaires de Grèce, d’Italie et de Suède. Vendredi soir, le président français Macron a indiqué sur Twitter que des pompiers avaient même été envoyés par avion de Polynésie française, à 16.000 kilomètres de là, pour lutter contre l’incendie.

Le gouvernement a également demandé aux entreprises d’accorder aux employés qui ont reçu une formation de pompier volontaire des congés pour les aider à lutter contre l’incendie. Des volontaires recrutés au pied levé sont ainsi lancés dans la lutte contre le feu en Gironde aux côtés de professionnels mieux formés.

Cependant, ces mesures sont en deçà de celles demandées par Gregory Allione, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Ce dernier, après les incendies de juillet en Gironde, a déclaré au Monde que le gouvernement «doit prendre en charge les salaires des volontaires afin que les entreprises puissent les déployer plus facilement pour combattre les incendies». Il a également ajouté que les mesures prises par le gouvernement après les incendies de juillet «ne sont tout simplement pas suffisantes».

En juillet, les feux de forêt en Gironde ont entraîné la perte de 19.000 hectares de végétation dans la zone forestière de Landiras et de 7.000 hectares à La Teste-de-Buch, ainsi que l’évacuation d’environ 40.000 résidents et touristes dans la région. Francis Cros, vice-président de la Fédération nationale des communes forestières, a déclaré au Monde que l'étendue du désastre à La Teste-de-Buch était dû à la non-application des protocoles de sécurité standard en matière de feux de forêt.

En raison de l’incendie, l’autoroute A63, qui relie Bordeaux à l’extrémité occidentale de la frontière franco-espagnole, a été fermée dans les deux sens jeudi, avant d’être partiellement rouverte vendredi. Des dizaines de camions en provenance d’Espagne ont été empêchés d'entrer en France jeudi.

Le Jura, département limitrophe de l’Allemagne dans la région Bourgogne, a également été touché par d’importants feux de forêt au cours des deux derniers jours, avec 660 hectares perdus dans deux incendies. Plusieurs incendies plus petits brûlent encore ailleurs en France, notamment en Bretagne, en Anjou et en Île-de-France, et ont eu des répercussions sur les services de transport.

L’extension de l’incendie intervient dans un contexte de nouvelle vague de chaleur, le quatrième de l’année 2022, avec des températures atteignant les 30 degrés dans le sud et l’ouest de la France de jeudi à samedi. Les vagues successives de chaleur extrême, entrecoupées de faibles précipitations, ont provoqué une sécheresse record en France et dans toute l’Europe, à l’origine d’une saison record d’incendies en Europe.

Mardi soir, au moins 17 maisons avaient été détruites à Belin-Béliet. C’est la deuxième fois en moins de trois semaines que le village a dû être évacué. Une habitante, Karine Monjeau, a déclaré: «Le cauchemar recommence. Quand est-ce qu’on va s’en sortir?»

Depuis le début de l’année, 60.901 hectares ont été détruits par des incendies en France, soit trois fois la moyenne nationale pour une année entière, ce qui constitue un nouveau record. Ces dernières années, les températures très sèches ont entraîné des incendies majeurs tout au long du mois d’août et en septembre et octobre.

L’ensemble de l’Europe a connu un nombre record d’incendies en 2022. Selon le système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS), le 6 août, 615.341 hectares avaient brûlé à travers l’Europe; le précédent maximum pour cette date était de 380.742 hectares brûlés. Au moment de la rédaction de cet article, l’EFFIS estime que 740.583 hectares ont été perdus, soit une augmentation de 125.000 hectares en seulement une semaine.

Selon l’agence Reuters, 7 personnes ont été tuées, 211 blessées et au moins 65.000 déplacées par les feux de forêt en Europe en 2022. Au cours des mois d’été, des milliers de personnes en Europe ont succombé aux vagues successives de chaleur extrême qui ont alimenté les incendies sur le continent.

Ces totaux sont susceptibles de croître encore dans les semaines à venir. Au Portugal, le parc national de Serra da Estrela a également été ravagé par un incendie de forêt cette semaine. L’incendie a détruit 10.000 hectares de forêt jusqu’à présent et est actuellement combattu par 1.500 pompiers et 12 avions. La Grande-Bretagne, qui a également connu une vague record d’incendies en juillet, est confrontée à une nouvelle vague de chaleur extrême, les températures devant atteindre 36 C dans les prochains jours.

Le Premier ministre français, Elisabeth Borne, s’est rendu en Gironde jeudi. S’exprimant près de Landiras, elle a affirmé que la mobilisation du gouvernement sur les feux de forêt était «totale» et que le gouvernement n’avait jamais auparavant mis à disposition «autant de ressources». Elle en veut pour preuve l’achat par le gouvernement de sept hélicoptères bombardiers d’eau depuis l’incendie de juillet.

Cependant, la situation actuelle en Gironde montre que le gouvernement Macron n’a pas réussi à protéger la population des feux de forêt. Bien avant le pic de la saison des feux de forêt, les événements de juillet ont montré que des mesures drastiques immédiates étaient nécessaires pour protéger la population girondine des incendies des semaines à venir.

Les mesures nécessaires sont connues. D’éminents pompiers et experts en écologie ont clairement indiqué que l’amélioration des systèmes de pare-feu, la surveillance des incendies, l’augmentation du nombre de pompiers professionnels et le développement des infrastructures de transport dans les zones à haut risque peuvent empêcher les incendies de se propager hors de contrôle. Dans un contexte de sécheresse record et d’une nouvelle vague de chaleur, de nouveaux incendies étaient manifestement inévitables avant la fin de l’été, mais aucune mesure adéquate n’a été prise par le gouvernement Macron.

La reprise de l’incendie meurtrier en Gironde montre une fois de plus que la classe dirigeante en France et dans le monde est incapable de s’attaquer au réchauffement climatique et à ses effets. Des incendies de forêt record déchirent l’Europe et l’Alaska, et des feux importants continuent de brûler en Californie et en Afrique du Nord. Depuis 2020, les feux de forêt ont détruit de grandes parties de l’Australie, de la Russie, de l’Afrique du Nord et de la Californie.

Les conséquences du réchauffement climatique actuel de 1,2 C depuis l’ère préindustrielle ont déjà coûté d’innombrables vies dans une myriade de phénomènes météorologiques extrêmes, en plus de provoquer l’exode de millions de réfugiés climatiques.

Les efforts des gouvernements capitalistes pour lutter contre le changement climatique, tel que l’Accord de Paris, qui ne cherche qu’à limiter le réchauffement de la planète à 2 C par rapport à l’ère préindustrielle, sont insuffisants pour inverser les effets mortels du changement climatique qui s’aggravent visiblement d’année en année. Le réchauffement climatique et ses effets, y compris les incendies de forêt, ne peuvent être gérés et inversés que par le renversement des relations de propriété capitalistes et leur remplacement par une planification scientifique centralisée de la production.

(Article paru d’abord en anglais le 13 août 2022)

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