La Russie et la Chine effectuent des exercices militaires conjoints en Asie orientale

La Russie a lancé jeudi dernier aux côtés de la Chine et de 12  autres pays les exercices militaires Vostok  2022 en Asie de l’Est, qui doivent se dérouler jusqu’au 7  septembre. La collaboration militaire entre Moscou et Pékin se développe alors que les États-Unis intensifient de manière provocante leur guerre par procuration contre la Russie en Ukraine et attisent continuellement les tensions avec la Chine au sujet de Taïwan.

Des troupes chinoises en marche pendant l’exercice militaire Vostok  2022 dans l’Extrême-Orient russe, mercredi  31  août 2022. (Vadim Savitsky/Service de presse du ministère russe de la Défense via AP) [Photo AP] [AP Photo]

En plus de la Russie et de la Chine participent à ces manœuvre l’Inde, la Mongolie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Tadjikistan, le Laos, le Nicaragua, la Syrie et l’Algérie. Elles se déroulent sur sept sites dans l’Extrême-Orient russe et dans la mer du Japon. Quelque 50.000  soldats, 5.000  unités d’armement, 140  avions et 60  navires de guerre y participent. Elles sont supervisées par le chef d’état-major interarmées russe, le général Valery Gerasimov.

Par ces exercices, Moscou cherche à démontrer qu’il est capable de se battre sur plus d’un front face aux provocations continues des États-Unis. Mais ces exercices Vostok sont moins importants que les derniers, tenus en 2018, où auraient été mobilisés 300.000  soldats. La guerre par procuration des États-Unis contre la Russie et les provocations de Washington contre la Chine au sujet de Taïwan poussent Moscou et Pékin vers une alliance militaire de fait. Le président russe Vladimir Poutine a déclaré qu’il n’avait pas exclu la possibilité d’une alliance avec la Chine à l’avenir.

Dans le cadre de cette coopération croissante, c’est la première fois que la Chine envoie les trois armes de ses forces pour participer à un exercice unique dirigé par la Russie. Pékin a dépêché plus de 2.000  soldats, 300  véhicules, 21  avions et trois navires de guerre.

Commentant la nature des exercices, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexander Fomin, a déclaré le 29  août: «L’exercice n’est pas dirigé contre des pays ou des alliances militaires spécifiques et est purement défensif». Le ministère russe de la Défense a ajouté que les marines russe et chinoise présentes dans la mer du Japon «effectueraient une action conjointe pour protéger les communications maritimes, les zones d’activité économique maritimes, et soutenir des troupes terrestres dans les zones littorales».

Le porte-parole du ministère chinois de la Défense, le colonel Tan Kefei, a déclaré le 25  août que la participation de la Chine à ces exercices visait « à approfondir la coopération pragmatique et amicale entre les armées des pays participants. L’objectif est d’améliorer le niveau de coopération stratégique entre toutes les parties prenantes et de renforcer la capacité à répondre conjointement à diverses menaces pour la sécurité».

Il est à noter que l’Inde a également envoyé un contingent prendre part à des exercices militaires, bien qu’il s’agisse d’un petit contingent de 75  soldats. Si New Delhi fait partie, avec le Japon et l’Australie, du Dialogue quadrilatéral sur la Sécurité (le Quad) conduit par les États-Unis, une alliance quasi militaire dirigée contre la Chine, l’Inde ne s’est pas jointe à ces derniers pour dénoncer la Russie au sujet de l’Ukraine, car elle dépend de la Russie pour des ressources comme le pétrole et pour les ventes d’armes.

Vostok  2022 se déroule dans un contexte de forte escalade de la confrontation des États-Unis avec la Russie et la Chine. Les États-Unis ont fourni à l’Ukraine plus de 50  milliards de dollars en armements et autres fonds, et se sont engagés le 24  août à verser 3  milliards de dollars supplémentaires. Washington fournit à Kiev les outils nécessaires pour forcer la Russie à étendre le conflit débuté en février suite à l’expansion militaire des États-Unis et de l’OTAN jusqu’aux frontières russes.

De plus, le 2  septembre, le gouvernement Biden a informé le Congrès qu’il avait approuvé une vente d’armes de 1,1  milliard de dollars à Taïwan. Celle-ci comprend 60  missiles anti-navires Harpoon, 100  missiles air-air Sidewinder et un soutien logistique pour les systèmes radars. C’est la sixième et la plus importante fourniture d’équipements militaires à l’île sous Biden dont le gouvernement, à la suite du gouvernement Trump, cherche à normaliser les contacts et la collaboration militaires avec Taipei.

Washington utilise Taïwan et l’Ukraine comme rampes de lancement pour des guerres plus larges visant à démembrer et transformer la Chine et la Russie en semi-colonies subordonnées aux États-Unis. Ce programme comprend des visites hautement provocantes de responsables américains à Taïwan comme celle de la présidente de la Chambre Nancy Pelosi le mois dernier, et l’envoi de navires de guerre pour des exercices dits de «liberté de navigation» dans le détroit de Taïwan. Les États-Unis défient de plus en plus la politique d’«une seule Chine» selon laquelle Taïwan fait partie de la Chine et à laquelle Washington adhère officiellement.

Washington a hypocritement critiqué Moscou et Pékin au sujet des exercices Vostok. Le secrétaire de presse du Pentagone, le général Patrick Ryder, a déclaré le 31  août: «Il est certain que toutes les armées et toutes les nations ayant des armées ont le droit de mener des exercices. Notre propre armée effectue évidemment des exercices. C’est certainement quelque chose que nous aurons à l’œil, étant donné la nature de ces nations, et dans certains cas, l’instabilité qu’elles cherchent à causer dans diverses régions du monde».

Au cours des 30  dernières années, Washington a mené des invasions et des bombardements criminels de pays comme l’Irak et l’Afghanistan et mis en ruines le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Les États-Unis ont menacé de détruire d’autres pays comme la Corée du Nord et ont récemment organisé leurs propres jeux de guerre en Asie de l’Est avec la Corée du Sud, baptisés ‘Ulchi Freedom Shield’.

Selon Washington pourtant, ce sont la Russie et la Chine qui déstabilisent la région. L’implication est que ces deux pays ne devraient pas être autorisés à effectuer des exercices militaires sur leur propre territoire et aux alentours, alors que les États-Unis eux, organisent régulièrement des exercices de guerre en Asie, à des milliers de kilomètres du continent américain.

En outre, le Japon, un important allié des États-Unis dans la région, a clairement indiqué qu’il se joindrait à un conflit sur Taïwan déclenché par Washington, aggravant les tensions avec Pékin. Mercredi dernier, le ministère japonais de la Défense a dévoilé des plans pour développer et produire en masse missiles de croisière et missiles balistiques, en violation de la constitution japonaise. Il a justifié cette décision ainsi: «La Chine continue de menacer de recourir à la force pour modifier unilatéralement le statu quo et renforce son alliance avec la Russie».

Encouragé par Washington, Tokyo a également adopté une position plus agressive à l’égard de la Russie au sujet des quatre îles Kouriles du Sud contestées (appelées Territoire du Nord au Japon), situées juste au nord de Hokkaido et contrôlées par Moscou. La Russie utilise deux de ces îles, Iturup/Etorofu et Kunashir/Kunashiri, pour y mener les exercices Vostok, ce qui suscite des protestations de la part de Tokyo. Mais le Japon accueille 56.000  soldats américains, en plus des 28.500  soldats américains stationnés en Corée du Sud, ce qui les positionne aux portes de la Russie.

(Article paru d’abord en anglais le 5  septembre2022)

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