Le gouvernement espagnol, une coalition du Parti socialiste (PSOE) et de Podemos, s’apprête à adopter le budget national 2023. Il contient la plus grande augmentation des dépenses militaires de l’histoire du pays, alors que la guerre de l’OTAN contre la Russie en Ukraine menace de dégénérer en troisième guerre mondiale.
Les dépenses militaires officielles s’élèvent à plus de 17 milliards d’euros. Des estimations plus précises, cependant, incluant toutes les allocations budgétaires de nature militaire, comme les déploiements militaires à l’étranger, montrent qu’elles sont plus proches de 27 milliards d’euros. Comme d’autres gouvernements impérialistes en Europe, le gouvernement PSOE-Podemos utilise la guerre en Ukraine comme prétexte pour renforcer son armée, tout en formant leurs alliés d’extrême droite ukrainiens et leur acheminant des dizaines de millions d’euros d’armes.
La faillite de Podemos pose une question décisive à la classe ouvrière en Espagne et en Europe – la construction d’une nouvelle direction révolutionnaire socialiste, afin de construire un mouvement mondial de masse des jeunes et d’arrêter l’escalade irresponsable vers la troisième guerre mondiale.
Le CRT (Corriente Revolucionaria de Trabajadores – Courant révolutionnaire des travailleurs) moréniste lui, l’affilié espagnol du Parti socialiste des travailleurs d’Argentine et de Révolution permanente en France, fournit une couverture politique au gouvernement PSOE-Podemos. Alors que l’inquiétude et la colère face à la guerre montent parmi les jeunes et les travailleurs en Espagne, le CRT tente de répandre des illusions sur Podemos. C’est le caractère du programme qu’il avançait pour les manifestations qui ont eu lieu hier devant le parlement espagnol.
Avec le parti pabliste Anticapitalistas, le CRT parraine l’Assemblée populaire de Madrid contre la guerre sous le slogan «À bas les budgets militaristes! Non aux guerres!» L’Assemblée populaire déclare qu’elle est «contre la guerre et l’alimentation constante de l’escalade militariste des pays impérialistes, conduisant à davantage de meurtres, de catastrophes et de misères pour l’ensemble de l’humanité». Il présente ensuite une liste de revendications, dont celles-ci:
- Rejetez l’augmentation «convenue» du budget militaire à la réunion de l’OTAN à Madrid, que les États-Unis ont imposée aux autres pays membres.
- Rejetez l’augmentation des dépenses militaires dans la proposition de budget 2023 du gouvernement de coalition [PSOE-Podemos].
- Exigez que Unidas Podemos et la gauche parlementaire ne soient pas complices de cette escalade impérialiste et qu’ils rejettent les budgets militaristes.
- Défendez la solidarité internationaliste entre les travailleurs frappés par la guerre et la crise.
Le CRT avance des slogans appelant à la colère de la jeunesse contre la guerre de l’OTAN et l’inflation galopante qui met les travailleurs dans l’incapacité de payer les produits de première nécessité.
Les jeunes et les travailleurs qui entrent dans la politique ne peuvent cependant pas éviter un règlement de comptes avec la traîtrise petite-bourgeoise incarnée par Podemos, que partage toute une suite de groupes pseudo de gauche comme le CRT et ses alliés, et le parti pabliste Anticapitalistas. Ces forces promeuvent constamment la ligne frauduleuse que Podemos et ses factions – la Gauche unie (IU) et le PCE – sont pris au piège dans un gouvernement social-démocrate et contraints d’accepter des mesures qu’ils n’approuveraient pas autrement.
Dans sa déclaration du 22 octobre, «À bas les budgets militaristes, augmentez les salaires et les pensions», le CRT déclarait: «L’approbation de ces budgets est un bond dans l’escalade militariste que nous ne pouvons pas envisager les bras croisés comme l’espèrent Podemos, IU [Gauche unie] et le PCE [Parti communiste espagnol – stalinien] qui, au Conseil des ministres et au parlement, endossent cette politique de défense armée des intérêts de l’impérialisme espagnol dans le monde».
Concernant le budget, le CRT a publié un article intitulé «Podemos accepte le budget et avale la couleuvre du réarmement impérialiste: de combien les dépenses militaires vont-elles augmenter?» On y notait que le budget représentait « un nouveau bond dans l’intégration de Podemos au régime de 1978 et à ses engagements envers le militarisme impérialiste, qu’ils adoptent sous des couleurs “progressistes”».
Cette démarche est cynique et réactionnaire. Podemos n’est pas un parti révolutionnaire qui se déplace vers la droite et s’intègre progressivement au régime capitaliste mis en place en 1978 après la chute du régime fasciste dirigé par Franco. Podemos est un parti de la classe moyenne aisée et un outil de l’impérialisme espagnol, engagé à part entière dans une politique de l’OTAN qui menace de provoquer une guerre totale avec la Russie.
Depuis le début de la guerre, le gouvernement Podemos a stationné près de 1.000 soldats en Europe de l’Est, dont huit jets Eurofighter. Il a envoyé trois navires de guerre pour rejoindre les flottes de l’OTAN qui patrouillent en Méditerranée orientale et en mer Noire. Podemos a également soutenu les sanctions paralysantes imposées par l’UE et l’OTAN à la Russie et destinées à provoquer un changement de régime ; il a envoyé des millions d’euros d’équipement militaire à l’armée ukrainienne, dont des missiles antichars au bataillon néonazi ukrainien Azov.
La guerre impérialiste à l’étranger est allée de pair avec une guerre de classe féroce à l’intérieur. Le gouvernement PSOE-Podemos a envoyé des dizaines de milliers de policiers anti-émeute pour briser la grève des camionneurs en avril et il a déployé 20.000 policiers armés de 6.000 cartouches de Taser pour réprimer les manifestations contre le sommet de l’OTAN. Il utilise désormais régulièrement les exigences de services minimums pour briser les grèves dans le secteur public.
Mais le CRT absout le PSOE et Podemos, affirmant que l’augmentation des dépenses militaires a été «ordonnée par les États-Unis aux autres pays membres» au sommet de l’OTAN à Madrid ; comme si Madrid n’avait pas eu depuis des années pour objectif d’augmenter son budget militaire. Le fait est que l’instigation par l’OTAN de la guerre en Ukraine n’a que fournit le prétexte à cet objectif de longue date de la remilitarisation.
La promotion de Podemos par le CRT n’est pas une erreur de jugement passagère, mais reflète la politique petite-bourgeoise du PTS moréniste en Argentine et de ses alliés, dont le CRT. Ce parti est hostile à la construction d’un mouvement politiquement indépendant de la classe ouvrière, préférant des alliances nationales avec des partis pro-capitalistes. Cela s’exprime dans son alliance avec Anticapitalistas pour construire l’Assemblée populaire de Madrid contre la guerre, largement défunte après avoir été mise en place en mars dernier avant le sommet de l’OTAN à Madrid.
Les «Anticapitalistas» ne sont pas une tendance anti-guerre, ils sont tout aussi militaristes et pro-impérialistes que Podemos. En 2011, ils ont soutenu la guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Libye, riche en pétrole. Au nom de la «démocratie, de la justice sociale et de l’amélioration de la situation des femmes» deux dirigeants des Anticapitalistas, Esther Vivas et Josep Maria Antentas, ont condamné «l’anti-impérialisme de certains secteurs de la gauche» et préconisé «l’isolement international politique et économique du régime [libyen] et la fourniture inconditionnelle d’armes aux rebelles».
L’homme qui a mené cette guerre au nom de l’Espagne, qui a fait 30.000 morts et mis la Libye en ruines, était le chef d’état-major des armées Julio Rodríguez Fernández. Il a rejoint Podemos en 2015 après avoir pris sa retraite et est actuellement chef de cabinet de la deuxième vice-première ministre, Yolanda Díaz. «Anticapitalistas» a justifié le recrutement de Rodríguez en le qualifiant d’exemple de la «pluralité qui s’intègre à Podemos». Il a défendu Rodríguez «contre ceux qui publient beaucoup de clichés sur Podemos.» «Anticapitalistas» a ensuite soutenu la guerre en Syrie parrainée par l’OTAN et lancée dans les derniers mois de la guerre de Libye.
En Ukraine, les «Anticapitalistas» ont soutenu le coup d’État parrainé par les États-Unis et l’OTAN en février 2014 contre un gouvernement pro-russe. Admettant le rôle décisif joué par les fascistes dans ce coup d’État, ils ont publié une déclaration appelant à participer aux manifestations d’extrême droite: «Alors que les principales forces politiques organisées sont, pour l’instant, de droite et d’extrême droite, nous soutenons les forces sociales et politiques qui tentent de construire une opposition de gauche au sein de ce mouvement. En le faisant, elles ont refusé de rester en dehors du mouvement et d’assimiler l’ensemble du mouvement à sa composante d’extrême droite».
Les «Anticapitalistas» affichent désormais régulièrement la propagande anti-russe de ses affiliés internationaux dans leurs publication «Viento Sur». Cela inclut la déclaration commune du Mouvement socialiste russe (RSM) et du groupe ukrainien «Sotsialnyi rukh» (Mouvement social) qui appellent à une escalade de la guerre menée par l’OTAN contre la Russie en Ukraine. Elle dit : «C’est Poutine, et non l’OTAN, qui fait la guerre à l’Ukraine… C’est pourquoi il est essentiel de déplacer notre attention de l’impérialisme occidental vers l’impérialisme agressif de Poutine, qui a une base idéologique et politique en plus d’une base économique».
Viento Sur publie aussi régulièrement des articles de Gilbert Achcar, conseiller rémunéré de l’armée britannique et membre du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), affilié français des Anticapitalistas espagnols. Au début de la guerre, Achcar a défini ainsi la feuille de route de l’OTAN: «Donner à ceux qui mènent une guerre juste les moyens de lutter contre un agresseur beaucoup plus puissant est un devoir internationaliste élémentaire… Nous sommes favorables sans condition à la livraison d’armes défensives aux victimes d’une agression – dans ce cas, à l’État ukrainien qui lutte contre l’invasion russe de son territoire».
Les Anticapitalistas ne cachent pas leur soutien au budget militariste de Podemos. Avec les Candidatures d’unité populaire (CUP) de la pseudo-gauche catalane, ils ont présenté des amendements amicaux au budget au parlement. Notamment 800 millions d’euros d’investissements dans la région méridionale de l’Andalousie, où Anticapitalistas promeut le nationalisme régional. Ils demandent aussi le renflouement de la multinationale andalouse des infrastructures Abengoa et des subventions pour protéger la danse du flamenco.
Cela est absurde. L’humanité est confrontée à une possible troisième guerre mondiale, mais pour couvrir le militarisme de Podemos, Anticapitalistas propose des millions pour des infrastructures qui cesseront d’exister si une conflagration nucléaire éclate.
Des leçons politiques essentielles doivent être tirées. Construire une opposition socialiste et véritablement de gauche à Podemos et à sa politique de guerre exige de développer un mouvement dans la classe ouvrière européenne et internationale. Cela implique une rupture consciente d’avec l’orientation de classe petite-bourgeoise et les traditions anti-marxistes de Podemos. Cela signifie construire des comités de la base indépendants des bureaucraties syndicales dans une lutte politique contre des tendances comme Podemos et le CRT, pour combattre la guerre et l’inflation.
L’internationale des jeunes et des étudiants pour l’égalité sociale (IYSSE) organise une réunion internationale en ligne le samedi 10 décembre pour la construction d’un mouvement contre la marche à la guerre. Nous appelons tous ceux qui souhaitent y participer à lire la déclaration «Un appel aux jeunes du monde entier: Construisez un mouvement de masse pour arrêter la guerre en Ukraine». Inscrivez-vous au webinaire et contactez l’IYSSE.
(Article paru d’abord en anglais le 22 novembre 2022)
