La vitesse et l’ampleur des infections par le COVID dans le cadre de la politique de «laisser-faire» de la Chine sont sans précédent.
L’abandon par la Chine de la politique du COVID zéro signifie également l’abandon de tout suivi significatif des chiffres réels en termes de nombre de cas et de décès. Les estimations de divers scientifiques et épidémiologistes donnent cependant une image effroyable de la crise de santé publique qui sévit dans le pays.
De nombreuses provinces et les CDC locaux ont cherché à suivre les taux d’infection par le biais d’enquêtes hebdomadaires. Ces estimations ont montré une augmentation spectaculaire des infections, les grandes villes dépassant la barre des 50 pour cent de la population. Selon l’Asia Times, «Plus de 80 pour cent des 22 millions d’habitants de Pékin et 70 pour cent des 25 millions d’habitants de Shanghai ont été infectés par le coronavirus jusqu’à présent».
L’épidémiologiste et ancien chef scientifique et superviseur de doctorat aux Centres chinois de contrôle et de prévention des maladies, Zeng Guang, a dit au Asia Times que: «étant donné que la plupart des villes chinoises ont signalé que 50 pour cent de leurs habitants avaient subi des tests positifs, il est raisonnable d’estimer qu’environ 40 pour cent de la population du pays en moyenne pourraient être infectée».
L’implication de cette déclaration est stupéfiante. Cela signifie que depuis l’abandon du programme COVID zéro, 600 millions de personnes en Chine pourraient avoir été infectées par le SRAS-CoV-2. Le reportage d’Asia Times indique également que le nombre de cas cumulés pourrait bien atteindre 1,1 milliard dans les prochaines semaines.
Selon la société britannique de données sanitaires Airfinity, la Chine enregistre probablement plus d’un million d’infections par jour et le nombre de décès se situe entre 5.000 et 9.000 par jour. Elle s’attend à ce que le nombre de décès atteigne 25.000 par jour à la fin du mois de janvier.
Alors que la vague actuelle d’infections devrait atteindre son apogée en janvier, avec 3,7 millions de cas quotidiens, une autre vague est prévue en mars, lorsque l’épidémie s’étendra aux régions rurales après les vacances du Nouvel An lunaire. Les estimations du nombre total de décès excédentaires dus au COVID dépassent le million selon les différents instituts qui suivent ces chiffres.
Comme le Parti communiste chinois, par l’intermédiaire de sa Commission nationale de la santé (CNS), a modifié la manière dont il comptait les cas et les décès dus au COVID, il est devenu impossible de faire un décompte précis. Les chercheurs et les épidémiologistes ont recours à la modélisation mathématique et à des estimations indirectes telles que des scènes de salles d’hôpital bondées et de pompes funèbres et crématoriums débordés, pour avoir une idée de l’ampleur de la crise de santé publique.
Pour placer cette distinction dans un contraste saisissant, les Centres chinois de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont indiqué, le mardi 3 janvier, que le pays n’avait connu que 4.804 nouveaux cas de COVID et trois décès. Soit 25 décès en tout depuis le 1er décembre 2022. Ces chiffres sont basés sur les définitions très étroites qui sous-estiment gravement le nombre de cas et de décès.
Selon le NHC, un cas est défini comme une personne dont le test est positif et qui présente des symptômes. Un décès lié au COVID est un décès causé par une insuffisance respiratoire ou une pneumonie liée au COVID. Si une personne meurt d’une crise cardiaque et que son test est positif au COVID, elle ne sera pas comptabilisée. Si la cause exacte du décès est inconnue alors que la personne a contracté le virus, ces décès ne seront pas non plus comptabilisés.
Entre-temps, les rapports de divers systèmes de santé, comme le Wuhan Union Hospital, indiquent qu’ils ont reçu 16.358 patients atteints du COVID depuis le 7 décembre, dont 5.414 (33 pour cent) sont dans un état grave. Yin Shuaijun, chercheur à l’Académie chinoise des sciences sociales, en tentant de déterminer le nombre de cas graves dans le pays, a constaté que 0,51 % des 13,6 millions d’habitants de Wuhan, soit 70.000 personnes, étaient atteints de COVID grave.
Dans la ville de Qingdao, au nord-est du pays, qui compte 10,1 millions d’habitants, 0,48 pour cent, soit 48.500 personnes, présentaient un cas grave de COVID. D’après ses calculs, il se pourrait bien qu’il y ait plus de cinq millions de cas graves de COVID, ce qui implique que le nombre de décès dus au COVID est bien plus élevé que ce que rapporte le NHC.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé aux autorités chinoises de «partager régulièrement des données spécifiques et en temps réel sur la situation épidémiologique, y compris davantage de données sur le séquençage génétique, des données sur l’impact de la maladie, les hospitalisations, les admissions en unité de soins intensifs et les décès, ainsi que des données sur les vaccinations effectuées et le statut vaccinal, en particulier chez les personnes vulnérables et les personnes âgées de plus de 60 ans».
Les pressions ont été intensifiées mercredi lorsque le Dr Mike Ryan, chef du programme d’urgence de l’OMS, a ouvertement critiqué la gestion de la pandémie par Pékin. Il a déclaré aux journalistes: «Nous pensons que les chiffres actuels publiés par la Chine sous-représentent le véritable impact de la maladie en termes d’admissions à l’hôpital, d’admissions en soins intensifs et surtout de décès».
En réponse aux critiques de l’OMS, faisant écho au discours de Xi Jinping sur la «victoire» contre le virus le soir du Nouvel An, l’ambassade de Chine à Londres, selon le Financial Times, a publié une réponse dans laquelle elle a déclaré que «le pays avait toujours placé le peuple et sa vie au-dessus de tout» et «a toujours partagé ses informations et ses données de manière responsable avec la communauté internationale».
Pendant ce temps, des reportages dans les grands titres font état de familles qui gardent les cadavres en décomposition de leurs proches à la maison, attendant l’arrivée d’un corbillard pour emmener le corps au crématorium. L’augmentation soudaine du nombre de décès fait que les salons funéraires et les crématoriums sont remplis et incapables de gérer le nombre de défunts, qui est cinq fois supérieur à celui qu’ils traitent habituellement.
Comme l’a noté Bloomberg, «après des heures d’attente, chaque famille a eu droit à cinq à dix minutes pour faire son deuil lors d’une cérémonie sans fioritures, se disputant l’espace dans une pièce exiguë où se trouvaient des corps dans des sacs mortuaires jaunes, allongés sur des civières». Telle était la scène au funérarium Longhua de Shanghai.
Actuellement, les sous-variants BF.7 et BA.5.2 d’Omicron sont dominants à Pékin et Guangzhou et BQ.1 et XBB à Shanghai, principalement en raison des voyageurs qui arrivent dans le pays. Selon les prévisions des chercheurs de l’hôpital Ruijin et de l’université Jiao Tong de Shanghai, le pic des infections dans les grandes zones urbaines comme Pékin, Shanghai, Chongqing et Guangzhou est déjà passé.
Mais comme l’a déclaré le Dr Peng Jie, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Nanfang de Guangzhou, il s’attend à ce que l’augmentation du nombre d’hospitalisations soit plus tardive, car l’évolution de l’infection pousse les gens, en particulier les personnes âgées et celles souffrant de maladies sous-jacentes, à consulter un médecin.
En outre, les chercheurs tentent de découvrir les implications du Nouvel An lunaire sur le transport du coronavirus dans les provinces rurales de Chine. Plus précisément, ils se tournent vers les banlieues de Chongqing, où vivent des millions d’immigrants qui travaillent et qui vont bientôt se rendre dans des régions éloignées pour voir leur famille. Les épidémiologistes estiment que d’ici la mi-janvier ou la fin janvier, des provinces comme le Gansu, le Qinghai et le Shaanxi seront inondées d’infections.
Chen Saijuan, auteur principal d’une étude épidémiologique sur la vague actuelle d’infections à l’Omicron, a souligné la nécessité d’affecter des ressources aux régions rurales et aux petites et moyennes villes, où le nombre de personnes âgées qui souffrent de comorbidités sous-jacentes est plus élevé, ce qui les rend plus vulnérables aux infections. La faiblesse des infrastructures médicales est de mauvais augure pour la population de ces régions.
À l’unisson et collectivement, de nombreuses nations telles que les États-Unis, la France, l’Espagne, l’Italie, Israël, l’Australie, le Canada, le Japon, l’Inde, la Corée du Sud et, plus récemment, le Maroc, ont mis en place des interdictions de voyage en provenance de la Chine, exigeant des voyageurs un test de dépistage du COVID et même une mise en quarantaine à l’arrivée. Comme l’a déclaré mercredi le ministre sud-coréen de la Santé et des Affaires sociales, Cho Kyoo-hong, «nous devons rester vigilants pour empêcher que la propagation du coronavirus en Chine ne touche la Corée».
On sait que de telles interdictions sont totalement inefficaces et motivées par des considérations politiques. Le Japon est actuellement confronté au plus grand nombre de décès dus au COVID de toute la pandémie. Les États-Unis connaissent une recrudescence de nouvelles infections par le sous-variant XBB.1.5, hautement infectieux et pathogène, qui fait grimper les hospitalisations dans le nord-est du pays parmi les personnes âgées à des sommets pandémiques. Cette action n’a d’autre but que d’utiliser la pandémie comme une arme politique contre la Chine.
L’abandon du COVID zéro était un crime social de la part du Parti communiste chinois perpétré contre la classe ouvrière chinoise. Mais ils n’ont fait que rejoindre les rangs des États-Unis et de l’Europe dans leur mépris total pour la tragédie humaine et la souffrance qu’ils ont causées et continuent de causer.
La quatrième année de la pandémie sera la continuation des politiques barbares sans fin pour lesquelles le profit est plus important que tout, avec un mépris total pour le bien-être de leurs populations. Seule la classe ouvrière, dans une perspective socialiste scientifique internationale, peut mettre fin à la folie de la politique du «COVID pour toujours».
(Article paru en anglais le 5 janvier 2023)
