L’indignation monte dans le sud de la Californie suite à un acte de violence policière particulièrement horrifiant, le meurtre d’une personne amputée des deux jambes, le 26 janvier, à Huntington Park, dans la banlieue de Los Angeles. Au moins deux policiers ont tiré sur Anthony Lowe Jr., un Afro-Américain de 36 ans, le tuant, après qu’il eut quitté son fauteuil roulant et se fut éloigné, boitillant sur les moignons de ses jambes.
Les vidéos partagées sur les réseaux sociaux, qui montrent les instants précédant le meurtre, on été visionnées plus de 4,3 millions de fois à ce jour. Les images de l’homme handicapé qui fuit la police, avant d’être assassiné ont été prises par des passants. Les vidéos de la police – si elles existent — n’ont pas été rendues publiques.
À aucun moment, Lowe n’est vu comme une menace pour la police. Sur la vidéo, on le voit tenter de fuir devant les policiers en s’appuyant sur les moignons de ses jambes lorsque les policiers lui tirent dessus et le tuent dans une grêle de tirs.
Cette fusillade odieuse est l’un des 81 meurtres commis par la police aux États-Unis en janvier 2023, selon les informations des médias et un système de suivi des meurtres commis par la police, tenu par le Washington Post.
Huntington Park, où la fusillade s’est produite, est une communauté ouvrière densément peuplée située dans le comté de Los Angeles. Selon les chiffres du recensement américain, plus de 97 pour cent de ses habitants s’identifient comme hispaniques. Le revenu médian des ménages y est légèrement supérieur à 51.000 dollars, tandis que le taux de pauvreté s’élève à 19,9 pour cent, soit près du double de la moyenne nationale de 11,6 pour cent.
La vidéo commence au moment où Lowe est dans un fauteuil roulant, tenant un grand couteau, alors que deux policiers viennent vers lui. Lorsque les policiers approchent, Lowe descend de son fauteuil roulant, le couteau à la main, et tente de s’éloigner en boitillant. On voit au moins deux officiers de police allant calmement après lui, d’abord avec leurs tasers dégainés, avant de passer rapidement à leurs revolvers.
Alors que Lowe continue de se déplacer sur le trottoir sur ses moignons, un troisième policier arrive sur les lieux, sort rapidement de sa voiture, et peu après, plusieurs coups de feu retentissent. Bien que la vidéo ait été enregistrée à une certaine distance, il ne semble à aucun moment durant l’incident que Lowe ait fait un geste avec le couteau en direction des policiers, qu’il l’ait brandi vers eux ou qu’il ait tenté de le lancer sur eux.
Dans une déclaration mensongère de la police rendue publique plus de 11 heures plus tard, le bureau d’information du shérif du comté de Los Angeles affirme néanmoins que la police de Huntington Park s’est vue contrainte de tirer sur le «suspect», parce que Lowe avait à plusieurs reprises «tenté de lancer le couteau de boucher».
La police affirme qu’avant les tirs elle a reçu, vers 15h40, un appel de quelqu’un affirmant avoir été poignardé par un «homme noir en fauteuil roulant». Le communiqué de la police affirme que les policiers ont pris contact avec la victime présumée du coup de couteau, qui, selon eux, est toujours à l’hôpital. La police affirme que la personne blessée les a dirigés vers le lieu où le coup de couteau présumé s’est produit, et que c’est à ce moment-là qu’elle a établi le contact avec Lowe.
La police affirme que lorsqu’elle a tenté d’arrêter Lowe, celui-ci «les a menacés en essayant de lancer le couteau sur les policiers», incitant la police à utiliser un taser contre Lowe «au moins deux fois». Bien qu’on eut envoyé à celui-ci 50.000 volts dans le corps, le taser s’était avéré, selon la police, «inefficace». En outre, le «suspect [avait] de nouveau tenté de lancer le couteau de boucherie sur les policiers», ce qui avait incité la police à l’exécuter.
La diffusion de la vidéo d’un témoin oculaire, réfutant les affirmations mensongères de la police selon lesquelles Lowe constituait une menace pour les policiers ou tentait de «lancer» le couteau sur eux, a provoqué une indignation massive sur les réseaux sociaux et de la part des membres de sa famille.
Le 30 janvier, des membres de la communauté, de la famille et des amis de Lowe ont organisé une manifestation et une conférence de presse devant le commissariat de Huntington Park. Ils ont demandé que les officiers impliqués dans la fusillade soient inculpés de meurtre et que les images des caméras de sécurité des commerces locaux, saisies par la police dans le cadre de l’enquête, soient rendues publiques.
S’exprimant devant le commissariat lundi dernier, la mère d’Anthony, Dorothy Lowe, a déclaré que la famille voulait «la vérité» et «la justice pour mon fils».
«Mon fils a été assassiné», a déclaré la mère éplorée. Dorothy a expliqué que son fils n’était pas un sans-abri et qu’il habitait chez elle depuis plusieurs mois après qu’on ait amputé ses jambes suite à une autre rencontre avec la police, au Texas, l’an dernier. Elle a ajouté que son fils vivait à South Central Los Angeles, mais qu’il aimait se rendre à Huntington Park, car il y avait de nombreux amis latinos.
Ellakenyada Gorum, le cousin de Lowe, a vivement contesté les affirmations des policiers comme quoi ils «craignaient pour leur vie» et n’avait donc pas d’autre choix que de tirer sur Lowe de nombreuses fois. «Vous saviez que vos vies n’étaient pas en danger. Il courait sur ses moignons. Comment peuvent-ils être sans cœur à ce point?»
Yatoya Toy, la sœur de Lowe a déclaré qu’Anthony était «un homme, un père, un fils et un frère, qui a été abattu par la police».
Yatoya a confirmé que la jambe de son frère avait été amputée l'année dernière et que la perte de sa mobilité avait été psychologiquement traumatisante pour lui. La famille pense qu'il souffrait d'une crise de santé mentale au moment où on a tiré sur lui.
Dans une interview au Los Angeles Times, Toy a rappelé que la famille Lowe se réunissait tous les dimanches chez leur mère pour regarder ensemble les matchs de football.
«C’est le premier [dimanche] où il ne regarde pas le match avec nous. C’est ce qu’il aime faire», a déclaré Toy au journal, «il est la vie de la famille. Il apporte le bonheur, la joie; il adore danser. Il est très respectable, il aime sa mère. C’est l’oncle préféré. Les enfants l’aiment tous».
Quoique la police de Huntington Park n’utilise pas de caméras corporelles, la famille de Lowe a déclaré aux journalistes lundi qu’elle savait que les caméras de sécurité des commerces locaux avait filmé les tirs et que la police avait déjà saisi les images. Elle affirme que les images confirmeront que Lowe a été abattu dans le dos.
Le lieutenant de police de Huntington Park Hugo Reynaga a confirmé au journal que la police de Huntington Park ne portait pas de caméras corporelles et que le département du shérif du comté de Los Angeles avait saisi les vidéos de sécurité des commerces. Il a déclaré que la police n’avait cependant pas l’intention de diffuser les images.
Reynaga a affirmé que deux policiers avaient tiré «environ 10 fois» sur Lowe. Il a aussi confirmé que les policiers impliqués dans le meurtre du handicapé seraient en congé administratif rémunéré pendant «quelques jours» avant de «reprendre leurs fonctions», où ils se verraient confier des tâches «administratives».
Il a précisé qu’aucune charge n’était retenue contre les policiers qui ont tué Lowe. Mercredi, CNN a rapporté que le bureau du procureur général de Californie n’enquêtait pas sur ce meurtre policier «à ce stade».
Le meurtre de Lowe, un Afro-Américain, a été repris par les principaux organes de presse, principalement parce qu’il peut être utilisé pour soutenir le récit racialiste de la violence policière avancé par le Parti démocrate. La tragédie a d’abord été éclipsée dans les médias par la publicité nationale entourant le passage à tabac de Tyre Nichols à Memphis. La vidéo du meurtre de ce dernier fut diffusée le lendemain de celui de Lowe.
La présentation sélective et raciale des meurtres commis par la police est prouvée par le silence des médias sur le meurtre par la police de Jackson Lieber, major de promotion d’un lycée et étudiant blanc non armé de 21 ans, le 18 janvier au Texas. Ce meurtre n’a pas suscité la moindre mention sur CNN, ni non plus dans les pages du New York Times ou du Washington Post.
La censure explicite de la mort de travailleurs et de jeunes blancs aux mains et sous les balles de la police fait partie de la stratégie de la classe dominante visant à diviser la classe ouvrière pour dissimuler que la police s’en prend aux travailleurs et aux jeunes de toutes les ethnies. Les Blancs représentant le plus grand nombre des plus de 1.100 meurtres commis par la police chaque année.
Si le racisme est un facteur de certains meurtres commis par la police, lorsque qu’on prend en compte les données démographiques, économiques et sociales, les disparités raciales de tels meurtres, dont les médias parlent sans cesse, disparaissent. Les hommes blancs pauvres sont tués par la police au même rythme que les hommes noirs pauvres, mais dans des zones différentes: les zones rurales plutôt que les centres urbains.
Dans le cas de Lieber, selon la police, après avoir accidenté son véhicule près d’une maison à Liberty Hill, dans la banlieue d’Austin (Texas) le 18 janvier, le jeune homme s’est rendu dans une maison voisine. Le communiqué de la police, délibérément vague, affirme que l’accident de Lieber a provoqué un appel pour violation de domicile. La police affirme que lorsque le policier Esteban Gomez-Sanchez est arrivé sur le lieu de l’accident, il a eu une «altercation» avec Lieber et l’a abattu.
Dans des interviews accordées à Fox 7 à Austin, l’avocat de la famille Lieber, Robert Ranco, a déclaré que la police avait refusé de répondre aux questions sur la mort de leur pendant plus de deux semaines après l’incident.
Parlant de la famille Lieber, Ranco a ajouté: «Ils veulent savoir ce qui est arrivé à leur fils. Ils veulent savoir pourquoi cela est arrivé à leur fils. Ils veulent savoir ce qui s’est passé sur les lieux, ils veulent savoir pourquoi il a fallu plus de sept heures pour être informé après que le policier ait tué leur fils. Ils veulent savoir où se trouve le téléphone portable de leur fils, car il est introuvable».
Les Texas Rangers (police de l’État) «enquêtent» actuellement sur la mort du jeune homme et, selon Ranco, ont déjà dit à la famille qu’elle pourrait ne pas voir de photos ou de vidéos de l’incident «pendant des mois».
Lors du service funèbre de Lieber, qui a eu lieu le 26 janvier, le jour même où Lowe a été abattu par des policiers de Huntington Park, la sœur de Lieber a rappelé que son frère «pouvait se faire de chacun un ami, il croyait vraiment que la famille humaine était sa famille».
(Article paru d’abord en anglais le 2 février 2023)
