Les puissances de l’OTAN intensifient leur offensive contre la Russie après la conférence de Munich sur la sécurité

Un an après l’invasion réactionnaire de l’Ukraine par le régime de Poutine, les puissances impérialistes organisent une escalade massive de la guerre, qui fait planer de plus en plus la menace d’une guerre mondiale nucléaire.

Lundi, le président américain Joe Biden a effectué une «visite surprise» à Kiev. Il a annoncé de nouvelles livraisons d’armes. Il s’agit notamment des missiles conçus pour permettre à l’Ukraine d’attaquer des cibles en Crimée et au cœur de la Russie. Les autres décisions de grande portée prises en coulisses ne sont pas encore connues, mais les demandes des médias américains vont de la livraison d’avions de combat F-16 aux troupes terrestres de l’OTAN.

La visite a montré à quel point la spirale de l’escalade a progressé. Selon le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, la Maison-Blanche a informé le Kremlin de la visite prévue quelques heures avant le départ de Biden. «Une situation dans laquelle on aurait pu avoir un conflit entre les deux puissances nucléaires devrait être évitée», écrit Der Spiegel.

Mardi, le président russe Vladimir Poutine a déclaré dans son discours sur l’état de la nation que la Russie limitait sa participation à l’accord «New Start». Ce traité limite les arsenaux nucléaires de la Russie et des États-Unis à 800 vecteurs et 1.550  têtes nucléaires opérationnelles. «Nous ne nous retirons pas de cet accord, mais nous suspendons notre participation», a déclaré Poutine.

Le président Joe Biden prononce un discours marquant le premier anniversaire de l'invasion russe de l'Ukraine, mardi 21 février 2023, dans les jardins du château royal de Varsovie. [AP Photo/Evan Vucci]

Mardi soir, Biden a prononcé un autre discours dans le palais royal historique de Varsovie. Il y aura encore «des jours difficiles et très amers, des victoires et des tragédies» dans une longue guerre avec de lourdes pertes, a-t-il informé son auditoire trié sur le volet. Puis il a déclaré de manière menaçante: «L’Ukraine ne sera jamais une victoire pour la Russie ― jamais. Nous travaillerons ensemble pour que l’Ukraine puisse continuer à se défendre».

Déjà lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, ce week-end, les objectifs de guerre de grande envergure des puissances impérialistes ont été formulés ouvertement. Il s’agit de la défaite militaire complète de la Russie en Ukraine, ainsi que l’affaiblissement et la soumission finale de ce pays très important sur le plan géostratégique et riche en ressources.

«Nous devons vaincre Goliath, qui veut nous détruire», a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Il a poursuivi en déclarant qu’être David signifie devoir gagner. Et pour gagner, on doit avoir une «fronde»― pour vaincre l’«agresseur, la Russie», tout comme David a vaincu Goliath. Et l’Ukraine n’a pas encore reçu cette fronde, a ajouté Zelensky.

Le discours prononcé par Zelensky par vidéo le premier jour de la conférence a donné le ton. Dans leurs discours et déclarations officiels, les chefs de gouvernement de l’Union européenne (UE) et des puissances de l’OTAN ont ensuite surenchéri. Ils ont appeléà des livraisons d’armes plus nombreuses et plus rapides à Kiev et à une escalade militaire constante.

Le président français Emmanuel Macron a appelé à une aide militaire accrue pour forcer la Russie à la table des négociations, c’est-à-dire pour lui imposer une paix de la victoire. «C’est impératif d’intensifier notre soutien et nos efforts» pour permettre aux Ukrainiens de s’engager dans une «contre-offensive», a-t-il déclaré. «Les semaines et les mois à venir sont cruciaux. La France est prête pour un conflit encore plus long. L’heure n’est pas au dialogue».

Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a déclaré que la Pologne était prête à livrer des avions de combat à l’Ukraine, avec d’autres pays. La condition préalable à une telle démarche est une «décision de l’OTAN», a-t-il ajouté.

Le gouvernement allemand en particulier, qui a longtemps été présenté officiellement comme étant réservé, est désormais à l’avant-garde de l’offensive de guerre contre la Russie. Dans leurs discours, le ministre de la défense, Boris Pistorius, et le chancelier, Olaf Scholz, se sont vantés du soutien militaire allemand à l’Ukraine et ont exigé davantage de soutien de la part des «partenaires» pour la formation d’une armée de chars contre la Russie.

«L’aide de l’Allemagne à l’Ukraine s’est élevée à plus de 12 milliards d’euros l’année dernière», a déclaré Scholz. «Nous livrons des armes, des munitions et d’autres biens militaires de pointe, plus que tout autre pays d’Europe continentale». Cela répond non seulement aux «attentes légitimes de nos partenaires et alliés». Mais, il montre également que «nous assumons la responsabilité qu’un pays de la taille, de la situation géographique et de la puissance économique de l’Allemagne doit assumer dans des moments comme ceux-ci».

Scholz a également précisé que les livraisons d’armes visent une guerre longue et intensive. «Et c’est important de mettre en place notre soutien dès le début afin de pouvoir le maintenir pendant une longue période», a-t-il déclaré. «Cela a été notre référence pour la livraison de nouveaux systèmes d’armes: obusiers automoteurs et lance-roquettes multiples, armes antiaériennes, véhicules blindés, batteries de missiles Patriot et, plus récemment, chars de combat occidentaux». Il continuera ainsi «à l’avenir».

Cela signifie «que tous ceux qui peuvent livrer de tels chars de combat le font actuellement», a poursuivi Scholz. Avec le ministre de la Défense, Pistorius, et la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, Scholz a promu ce point avec énergie à Munich. «L’Allemagne contribuera à faciliter cette décision pour nos partenaires, par exemple en formant des soldats ukrainiens ici en Allemagne ou en les soutenant avec des fournitures et de la logistique», a-t-il commenté.

Un officier allemand, à gauche, parle à des soldats ukrainiens dans la zone d’entraînement des forces allemandes Bundeswehr à Münster, en Allemagne, lundi 20 février 2023. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, visite la formation des soldats ukrainiens sur le char de combat principal Leopard et le véhicule de combat d’infanterie Marder sur la zone d’entraînement. [AP Photo/Gregor Fischer]

Dans le même souffle, Scholz a affirmé qu’il «veillerait à ce qu’il n’y ait pas de guerre entre l’OTAN et la Russie». Cette affirmation est absurde. En fait, l’alliance militaire est depuis longtemps en guerre avec la Russie et ne cesse d’intensifier le conflit. Baerbock l’a dit très ouvertement récemment. «Nous menons une guerre contre la Russie et non les uns contre les autres», a-t-elle déclaréà l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe fin janvier.

La classe dirigeante allemande poursuit des objectifs de guerre encore plus complets. Elle utilise la guerre de l’OTAN contre la Russie pour mettre en œuvre ses ambitions de grande puissance annoncées il y a neuf ans lors de la Conférence sur la sécurité de Munich en 2014 et faire à nouveau de l’Allemagne la première puissance militaire et guerrière après deux guerres mondiales perdues au XXe siècle.

«Depuis cette tribune, on a souvent parlé ces dernières années du fait que l’Allemagne devait être à la hauteur de sa responsabilité en matière de politique de sécurité», a déclaré Scholz. Il a expliqué: «Non seulement nous partageons cette revendication, mais nous la remplissons». Le chancelier s’est vanté du fait que l’Allemagne a, entre autres, envoyé une «brigade supplémentaire» en Lituanie sous sa direction, qu’elle a soutenu la Pologne et la Slovaquie en matière de défense aérienne. Enfin, qu’elle dirige actuellement la force de déploiement rapide du fer de lance de l’OTAN «pour laquelle nous tenons 17.000 soldats prêts».

«Pour pouvoir réaliser tout cela et bien plus encore à l’avenir, nous mettons fin à la négligence dont a fait l’objet la Bundeswehr (forces armées)», a poursuivi Scholz. Le fonds spécial de la Bundeswehr, doté de 100 milliards d’euros, «en a jeté les bases» et a permis «un changement de cap permanent dans le développement des capacités» de la Bundeswehr. Mais les dépenses militaires doivent continuer à augmenter, a-t-il ajouté.

«Bien sûr, avec les nouveaux avions de chasse, les hélicoptères, les navires et les chars, les coûts pour les munitions et les équipements, la maintenance, les exercices, la formation et le personnel augmentent également», a-t-il déclaré. Il a donc réaffirmé que l’Allemagne allait augmenter de façon permanente ses dépenses de défense pour atteindre deux pour cent du produit intérieur brut. Pistorius a prévenu que le budget de la défense serait augmenté de 10 milliards d’euros supplémentaires l’année prochaine.

La classe dirigeante envisage non seulement la militarisation complète de l’Allemagne, mais aussi de l’ensemble de l’Europe. «Afin d’investir ces fonds de manière judicieuse et durable, nous avons besoin d’une industrie de l’armement performante et compétitive en Allemagne et dans toute l’Europe», a déclaré Scholz. Les gigantesques projets d’armement tels que le Système aérien de combat futur (Future Combat Air System), le Système principal de combat terrestre (Main Ground Combat System) et le «Bouclier du ciel européen» (European Sky Shield), initiés par l’Allemagne, sont «des étapes vers une Europe de la défense et de l’armement» et «vers une Europe plus performante sur le plan géopolitique».

Toutes les phrases sur la liberté, la démocratie et les droits de l’homme répétés par Scholz, Biden et Cie ne peuvent cacher la réalité, à savoir que les principales puissances de l’OTAN et leurs mandataires mènent une sale guerre impérialiste en Ukraine. À Munich, le chef adjoint du gouvernement ukrainien, Olexandr Kubrakov, a demandé la livraison de munitions à fragmentation et de bombes au phosphore à Kiev. «Pourquoi ne pouvons-nous pas les utiliser»? a-t-il demandé de manière provocante. «C’est notre territoire» et ces armes pourraient aider à résister à l’armée russe.

L’utilisation de bombes à sous-munitions et de bombes au phosphore est illégale au regard du droit international. Les effets de ces armes sont dévastateurs. Les armes à sous-munitions sont des roquettes et des bombes qui se brisent en l’air et libèrent d’innombrables petits engins explosifs. Le phosphore est un produit chimique extrêmement inflammable et difficile àéteindre. Il brûle la chair jusqu’à l’os et ses fumées toxiques entraînent de graves brûlures des voies respiratoires. Ces deux armes sont utilisées à grande échelle et conçues pour tuer et mutiler sans distinction.

Même si les dirigeants de l’OTAN ont publiquement rejeté la demande de Kubrakov, celui-ci savait à qui il s’adressait. Les puissances impérialistes sont des «experts» en matière d’utilisation de ces armes dévastatrices. Selon un rapport de Human Rights Watch, près de 13.000 bombes à fragmentation contenant entre 1,8 et 2 millions de sous-munitions ont été larguées par les États-Unis et le Royaume-Uni au cours de l’invasion de l’Irak, en violation du droit international. Des missiles et des obus contenant du phosphore blanc ont également été utilisés contre la population civile lors de la destruction de Falloujah.

(Article paru d’abord en anglais le 22 février 2023)

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