Sri Lanka: le SEP dénonce l'attaque par la police d'une manifestation contre l'annulation des élections locales

Le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste – SEP) au Sri Lanka condamne dans les termes les plus forts l'attaque policière brutale du gouvernement Wickremesinghe contre une grande manifestation de 10 000 personnes à Colombo dimanche. Organisée par le Pouvoir populaire national (NPP) – dirigé par le Janatha Vimukthi Peramuna (JVP) – la manifestation s’opposait à l'annulation anti-démocratique par le gouvernement des élections locales du 9 mars.

Riot police at Town Hall area in Colombo against NPP protest on February 26, 2023, over the cancellation of local government elections.

La police anti-émeute dans le quartier de l'hôtel de ville de Colombo contre la manifestation du NPP le 26 février 2023 contre l'annulation des élections locales. [Photo : WSWS]

Comme lors de précédentes opérations de répression, le gouvernement a déployé des milliers de policiers équipés de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Les manifestants ont marché de Victoria Park à Lipton Circus où ils ont été nassés par la police, aspergés de gaz lacrymogène et attaqués par les canons à eau. Des dizaines d’entre eux ont été blessés et une vingtaine hospitalisés. L'un d'eux, Nimal Amarasiri, candidat du NPP aux élections locales, est décédé des suites de ses blessures à l'hôpital hier.

Le gouvernement Wickremesinghe était bien préparé pour cet assaut violent. Immédiatement après que le NPP eut annoncé sa manifestation, la police s'est adressée au tribunal de première instance de Colombo Fort pour interdire 26 personnes, dont le chef du NPP/JVP Anura Kumara Dissanayake, et les empêcher d'organiser des manifestations dans plusieurs quartiers de la ville de Colombo. La police a affirmé que ces individus prévoyaient d'entrer dans le secrétariat présidentiel et d'autres bâtiments gouvernementaux lors de leurs manifestations.

Le tribunal avait rendu une ordonnance à l'encontre de Dissanayake et d'autres personnes leur enjoignant de ne pas entrer dans le secrétariat présidentiel, le palais présidentiel, le ministère des Finances et Galle Face Green à Colombo, et de ne pas entraver la circulation des passagers et des véhicules, endommager les bâtiments publics ou privés ou être impliqués dans la violence.

Il est courant pour la police d'utiliser des allégations fabriquées de toutes pièces pour obtenir des ordonnances judiciaires interdisant les manifestations de masse. Les ordonnances des tribunaux sont ensuite utilisées pour justifier les violentes attaques policières visant à disperser les manifestations.

La violente attaque policière de dimanche souligne encore plus le fait que le gouvernement Wickremesinghe ne tolérera aucune opposition à son budget 2023 dicté par le Fonds monétaire international, qui comprend la restructuration des entreprises du secteur public et les privatisations, les suppressions d'emplois et de salaires, la hausse des impôts sur le revenu et la réduction des subventions sociales. Wickremesinghe a exigé l'annulation des élections locales sur fond d'une opposition croissante à son assaut contre la position sociale des travailleurs.

Des partisans du National People's Power tentent d'échapper à l'attaque aux gaz lacrymogènex et aux canons à eau de la police lors d'une manifestation à Colombo, au Sri Lanka, le dimanche 26 février 2023. [AP Photo/Eranga Jayawardena]

Le SEP condamne la répression policière des manifestations de dimanche malgré ses divergences de principe et de longue date avec le JVP/NPP et leur programme politique pro-capitaliste.

Les divergences entre le JVP/NPP et le gouvernement Wickremesinghe-SLPP sont entièrement tactiques. Comme le régime de Wickremesinghe, ils sont pleinement attachés au programme du FMI. Bien qu'ils s'opposent à l'annulation des élections locales, leur posture de défenseurs des droits démocratiques est fallacieuse. Le JVP a déjà été partenaire ou partisan des gouvernements du Sri Lanka Freedom Party (SLFP) et de l'UNP, qui ont impitoyablement attaqué les droits démocratiques.

Le JVP/NPP cherche à exploiter la colère croissante contre le gouvernement, à gagner un soutien électoral dans les élections locales et à faire pression pour des élections parlementaires. Craignant que le gouvernement Wickremesinghe soit incapable de mettre en œuvre les diktats du FMI, le NPP espère former son propre gouvernement et mener à bien le même programme, en affirmant qu'il a un «mandat populaire».

Se présentant comme défenseur des droits démocratiques, le JVP dit vouloir faire appel aux puissances impérialistes occidentales. Mercredi dernier, Vijitha Herath, sa secrétaire à la propagande, a déclaré que le parti « informerait les diplomates de l'Union européenne, des Nations unies et des organisations de défense des droits de l'homme » de l'annulation par Wickremesinghe des élections locales.

En d'autres termes, le JVP promeut l'illusion que les puissances mêmes qui font la guerre à la Russie en Ukraine, et qui ont déjà tué des millions de personnes au Moyen-Orient et en Afghanistan, « défendront » la démocratie au Sri Lanka.

Une déclaration du SEP du 20 février explique que les actions anti-démocratiques du régime de Wickremesinghe « font partie d'attaques plus larges contre les droits démocratiques en vue de réprimer l'opposition aux mesures d'austérité brutales du gouvernement dictées par le FMI ».

Le régime de Wickremesinghe/SLPP est hanté par la crainte que l'opposition croissante de la classe ouvrière ne se transforme en un soulèvement de masse comme l'année dernière, qui a renversé l'ancien président Gotabhaya Rajapakse et son gouvernement.

Lundi soir, Wickremesinghe a publié une ordonnance spéciale qui déclare « services essentiels » un large éventail de secteurs. Il s'agit d'une tentative désespérée de bloquer une grève générale d'un jour annoncée pour le 1er mars par les syndicats des raffineries, des ports, de l'électricité, des banques, de la santé et d'autres secteurs clés.

La violente répression de la manifestation de dimanche par le gouvernement et son interdiction de grève pour les « services essentiels » sont un avertissement à la classe ouvrière. L'élite dirigeante du Sri Lanka déclenche une guerre de classe contre les masses laborieuses et ne reculera devant rien dans son assaut contre les droits démocratiques.

La classe ouvrière doit se préparer politiquement et lutter pour ses propres intérêts. Cela nécessite sa mobilisation indépendante, non seulement contre l'annulation des élections locales mais contre toutes les mesures répressives de Wickremesinghe. La lutte pour les droits démocratiques fondamentaux est indissociable de la lutte pour les droits sociaux.

Une partie de la manifestation du NPP à Colombo le 26 février 2023 contre l'annulation des élections locales par le gouvernement Wickremesinghe.

Les syndicats constituent le principal obstacle au développement d'un mouvement indépendant de la classe ouvrière. Tout comme ils l'ont fait lors du soulèvement de masse contre le gouvernement l'année dernière, les syndicats travaillent désespérément pour empêcher une confrontation politique et sociale avec le gouvernement Wickremesinghe et la classe capitaliste au sujet du programme d'austérité.

La grève nationale du 1er mars est limitée à un seul jour, se contente principalement de protester contre la hausse de l’impôt sur le revenu et n'inclut pas toutes les sections de la classe ouvrière. Son but est de contenir l'hostilité du pays aux attaques sociales du gouvernement et de la maintenir politiquement liée aux partis parlementaires d'opposition, comme le SJB et le JVP/NPP, qui sont attachés au même programme du FMI que le gouvernement.

Comme le SEP l’a expliqué dans de nombreuses déclarations publiées depuis le soulèvement de masse de l'an dernier contre le gouvernement, les travailleurs doivent prendre eux-mêmes les choses en mains. Pour lutter pour leurs droits sociaux et démocratiques, ils doivent former des comités d'action indépendants des partis bourgeois et des syndicats dans chaque usine, lieu de travail, plantation, dans les quartiers urbains et à la campagne.

Le SEP se bat pour construire un Congrès démocratique et socialiste des masses ouvrières et rurales. Celui-ci sera basé sur des délégués démocratiquement élus des comités d'action de toute l'île et jettera les bases d'un gouvernement d'ouvriers et de paysans partisans d’une politique socialiste, comme partie de la lutte pour le socialisme au plan international.

Dans le cadre de cette campagne, le SEP organise une réunion publique en ligne le dimanche 5 mars à 16 heures. Nous exhortons tous les travailleurs, jeunes, travailleurs ruraux et professionnels à assister à cette importante discussion sur le programme et la perspective politiques. S’enregistrerici .

(Article paru en anglais le 28 février 2023)

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