Les marchés financiers signalent de nouvelles hausses de taux d’intérêt à venir

Les marchés financiers envoient des signaux clairs indiquant que, même si cela ne se fait pas au même rythme qu’en 2022 où il y eut quatre hausses consécutives des taux d'intérêt de 0,75 point de pourcentage (75 points de base), la Réserve fédérale américaine et les autres grandes banques centrales continueront à durcir leur politique monétaire.

La décision de relever les taux a été initialement justifiée par la nécessité de «lutter contre l’inflation». Cette fiction étant de moins en moins crédible, le véritable objectif apparaît plus clairement. La compression de salaires déjà bien inférieurs à la hausse des prix doit continuer en ralentissant l’économie et en provoquant, si nécessaire, une récession.

Dans un contexte où de larges pans de la classe ouvrière européenne font valoir leurs revendications salariales face à la plus forte hausse des prix depuis quatre décennies, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde a clairement dit quelle était la force motrice derrière le régime de taux d’intérêt élevés de toutes les banques centrales.

La semaine dernière, alors que la BCE se prépare à sa prochaine hausse des taux d’intérêt dans le courant du mois, elle a déclaré que son insitution «examinait les salaires et les salaires négociés de très, très près».

Isabel Schnabel, représentante de l’Allemagne au conseil d’administration de la BCE et porte-parole de ce qui est considéré comme la «ligne dure» du secteur du capital financier de ce pays, a déclaré que la croissance des salaires de 4 à 5  pour cent – moins de la moitié du taux actuel de l’inflation européenne – était «trop élevée pour être compatible avec notre objectif d’inflation de 2 pour cent».

La compression des salaires est une politique à long terme de la BCE. Son économiste en chef Philip Lane a fait remarquer en novembre dernier que «même lorsque les facteurs liés à l’énergie et à la pandémie s’estomperont… l’inflation des salaires sera le principal moteur de l’inflation des prix dans les prochaines années».

Le président de la Réserve fédérale Jerome Powell indique lui aussi de plus en plus clairement que la suppression des salaires est l'objectif de la banque centrale américaine, même s'il reconnaît que les augmentations de salaire ne sont pas la cause de l'inflation.

S’adressant aux journalistes après la dernière réunion de l’organe de décision de la Réserve fédérale, début février, il a déclaré: «Vous ne voyez pas encore [une spirale salaires-prix]. Mais le fait est que… dès que vous la voyez, vous avez un sérieux problème. C’est cela que nous ne pouvons pas laisser se produire».

Autrement dit, les grèves et autres formes de lutte sociale que les travailleurs mènent pour ne serait-ce que maintenir leur niveau de vie doivent être réprimées à tout prix. Ici, la Réserve fédérale, comme les autres banques centrales, travaille en tandem avec les syndicats qui jouent le rôle de gendarmes du travail.

Pendant une brève période, les marchés financiers ont été enclins à penser qu’avec la réduction des hausses de taux d’abord à 50  points de base puis à 25, la Réserve fédérale pourrait atténuer son cycle de resserrement des taux et que les jours d’argent bon marché, qui ont fait grimper les marchés boursiers à des niveaux record, pourraient revenir, du moins d’une certaine façon.

Mais ces espoirs ont été largement dissipés à la lumière de données continuant à montrer que ce que la Réserve fédérale caractérise comme un marché du travail «tendu» demeure, et de remarques des membres de son organe de décision indiquant qu’elle n’en avait pas fini.

Le rendement, ou taux d’intérêt, de l’obligation de référence du Trésor américain a dépassé 4  pour cent mercredi 1er mars, pour la première fois depuis novembre dernier, dans l’attente d’une hausse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale. Les rendements ont de nouveau augmenté jeudi 2 mars, parallèlement à une hausse du dollar sur le marché des devises.

Les taux sur l’obligation à 10  ans sont maintenant à leur point le plus haut depuis une décennie. Le rendement de l’obligation du Trésor à deux ans a atteint 4,89 pour cent, son niveau le plus élevé depuis 16  ans. Cela signifie que l’inversion de la courbe de rendement – une situation où, contrairement à l’expérience normale, les taux à l’extrémité courte du marché sont plus élevés que ceux à l’extrémité longue – a atteint son niveau le plus élevé depuis 42  ans.

L’inversion de la courbe de rendement est généralement considérée comme un indicateur d’une récession en cours.

Dans son analyse de l’évolution du marché, le Financial Times (FT) a noté: «Les attentes ont radicalement changé au cours du mois dernier après la publication de données économiques américaines plus chaudes que prévu. Début février, les investisseurs prévoyaient que les taux atteindraient un pic juste en dessous de 5  pour cent au deuxième trimestre».

On pense à présent que le taux de la Réserve fédérale passera de sa fourchette actuelle de 4,5 à 4,75  pour cent à 5,5  pour cent d’ici le troisième trimestre. Une hausse de cette ampleur devrait entraîner une augmentation du chômage de centaines de milliers de personnes.

La principale série de données a un impact sur les attentes du marché et provient du département du Travail, qui a annoncé début février que le taux de chômage avait atteint un autre bas niveau. «Ce qui pourrait accroître la pression à la hausse pour les salaires», a commenté le Wall Street Journal.

Dans le même temps, l’inflation ne recule pas, les dernières données montrant que la mesure clé de la Réserve fédérale, l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle, avait augmenté en janvier.

Dans un article récent, le FT a cité les commentaires d’un économiste, Bill Diviney, de la société financière ABN Amro, qui a exposé la logique de classe des politiques poursuivies par le capital financier.

«Compte tenu de l’étroitesse des marchés du travail, il est clair que les banques centrales veulent voir des signes convaincants de ralentissement de l’économie et, par la suite, d’augmentation du chômage», a-t-il déclaré.

Au cours de la récente période, comme il est de plus en plus évident, tant par les statistiques que par l’expérience vécue de milliards de personnes dans le monde, que les salaires ne sont pas la cause de l’inflation et qu’il n’y a pas de spirale salaires-prix, il y eut des tentatives d’affirmer que le programme des banques centrales était une erreur, le résultat d’un mauvais diagnostic.

L’économiste Jim Stanford, de l’Australia Institute, a calculé sur la base des données du Bureau australien des statistiques, que 69  pour cent de l’inflation australienne était due aux profits excessifs des entreprises. Des calculs effectués dans d’autres grandes économies donneraient sans doute les mêmes résultats.

Sa conclusion était que l’accent mis par la Banque centrale australienne, et donc par toutes les autres banques centrales, sur la modération salariale, était «déplacé».

Ce qui découle d’une telle analyse est que si les faits de la vie économique sont dévoilés, alors cette politique peut être corrigée.

Ceci est faux. Les banques centrales n’ont pas fait d’erreur. Elles poursuivent un programme de guerre de classe sciemment dirigé contre la classe ouvrière au nom des élites financières et des entreprises.

Les banques centrales ont distribué des milliers de milliards de dollars aux marchés financiers depuis la crise de 2008, processus qui s’est accéléré avec l’apparition de la pandémie en 2020 et le refus des élites dirigeantes d’éliminer le COVID-19, ce qui a allumé les feux de l’inflation.

Ceux-ci ont encore été attisés par les dépenses de guerre massives des gouvernements de tous les grands pays et par les profits excessifs des géants de l’agro-alimentaire et de l’énergie ; et à présent les banques centrales cherchent à faire payer à la classe ouvrière l’aggravation de la crise mondiale par la baisse sans fin des salaires réels.

(Article paru d’abord en anglais le 3 mars 2023)

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