Des grèves éclatent à travers la France après la manif du 7 mars sur les retraites

Après que des millions de travailleurs et de jeunes sont descendus dans la rue mardi manifester une 6e fois contre les réformes de Macron, des grèves éclatent à travers l'économie française. Hier les raffineries, les installations énergétiques et les transports étant en grève. La possibilité d'une rupture de l'approvisionnement en carburant, entraînant un arrêt complet de l'économie, se profile.

Des dockers en grève occupent une route menant au port de Bayonne avec une banderole portant le message 'Dockers/Portuaires en grève, port mort' à Tarnos, dans le sud-ouest de la France, le mercredi 8 mars 2023. [AP Photo/Bob Edme]

Dans l'énergie, les travailleurs avaient déjà décidé pour des grèves reconductibles la semaine dernière. Trois des quatre terminaux de gaz naturel liquéfié de France (deux à Fos-sur-Mer et un à Saint-Nazaire) ont annoncé des grèves d'une semaine. Les raffineries, dont les grèves ont été isolées par les appareils syndicaux, puis réquisitionnées par l'État pour leur imposer des augmentations inférieures à l'inflation, se sont mis en grève lundi. Les grèves étant en cours sur tous les sites français de TotalEnergies, aucune livraison de carburant n'est actuellement effectuée en France.

D'autres secteurs de l'énergie sont aussi mobilisés. Depuis vendredi dernier, des grèves dans les centrales nucléaires, hydroélectriques et thermiques ont réduit la production d'électricité de 5.000 mégawatts, soit l'équivalent de cinq réacteurs nucléaires. Les grévistes ont coupé l'électricité chez le ministre du Travail Olivier Dussopt, dans la ville d'Annonay, pour protester contre sa politique.

Le trafic aérien restera fortement perturbé cette la semaine en raison d'une grève des contrôleurs aériens. La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) prévoit d’annuler 20 à 30 pour cent des vols le reste de la semaine. Mardi, 20 pour cent des vols à l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle et 30 pour cent aux aéroports de Paris-Orly, Beauvais, Bordeaux, Lille, Lyon, Nantes, Marseille, Montpellier, Nice et Toulouse ont été annulés.

Les grèves se poursuivent dans les transports en commun à Paris et ailleurs. Les cheminots de la gare du Nord à Paris, du Havre et de Toulouse, ainsi que le personnel de l'aéroport du Bourget à Paris sont tous en grève.

Mardi, les grévistes ont ralenti, et dans certains cas fermés, les réseaux de transport à travers la France. Dans l'ensemble du pays, 76 pour cent des conducteurs de train étaient en grève et 55 pour cent des contrôleurs. Les grèves des routiers et le blocage de plusieurs autoroutes dans la nuit de lundi à mardi ont aussi interrompu les livraisons de marchandises dans le pays.

80 pour cent des TGV ont été supprimés, ce qui a impacté les trains internationaux de la France vers l'Allemagne et l'Espagne. Dans l'Île-de-France, plus de 80 pour cent des trains régionaux n'ont pas fonctionné ; le service du métro parisien était fortement perturbé. À Lille, la majorité des bus ont été supprimés. À Marseille, deux lignes de métro et une ligne de tramway sur trois sont fermées, et 85 pour cent des bus sont touchés par la grève. Les lignes de tramway de Nice ont été fermées.

D'importants groupes de travailleurs du secteur privé dsont restés en grève hier, après l'avoir été mardi : ceux des constructeurs automobiles Stellantis et Renault, de l'équipementier Valeo, de la société aérospatiale Airbus, du fabricant de moteurs Safran et des chantiers navals de Saint-Nazaire.

D'autres secteurs débrayent égalements. Les bouchers, en pleine négociation de leur contrat de travail, font grèveeux aussi dans toute la France cette semaine. Les éboueurs et les égoutiers à Paris ont aussi entamé une grève depuis lundi : Quatre des 20 arrondissements de Paris ont déjà subi des perturbations dans la collecte des déchets, et 70 employés de l'incinérateur d'Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, ont débrayé, empêchant ainsi la combustion des déchets.

Cette vague de luttes ouvrières fait suite aux manifestations de mardi contre la réforme de Macron, les plus importantes depuis le début du mouvement à l’appel de l’intersyndicale. 3,5 millions de personnes ont finalement participé aux manifestations auxquelles ils avaient appelé. Plus de 400 lycées et 40 universités répartis dans toutes les grandes villes de France ont également été occupés par les étudiants ou contraints de fermer.

À Paris, 700 000 personnes ont défilé selon la CGT. Dans d'autres grandes villes, la participation a augmenté de façon spectaculaire par rapport aux précédentes marches de protestation. À Marseille, 245 000 personnes ont défilé selon les syndicats, contre 150 000 le 31 janvier. 100 000 personnes ont défilé à Nantes (contre 65 000 le 31 janvier), 100 000 à Bordeaux (contre 75 000 le 31 janvier) et 120 000 à Toulouse (contre 80 000 le 31 janvier).

Macron a réagi par une répression policière brutale. Selon le préfet de Paris, Laurent Nuñez, 43 personnes ont été arrêtées dans la capitale. Les policiers ont tiré des volées de lacrymogène sur les manifestants à Rennes et à Marseille. Des violences ont également été commises à l'encontre d'étudiants qui occupaient des écoles en solidarité avec la grève contre la réforme. Trois lycéens occupant le lycée Thiers à Marseille ont été arrêtés. Plus tard, des affrontements sur le Vieux Port ont fait plusieurs blessés parmi les policiers et une personne a été arrêtée.

La vague de luttes en cours montre que les travailleurs ont la force d'entreprendre une politique révolutionnaire : faire chuter Macron, stopper attaques des capitalistes contre les niveaux de vie et arrêter l'escalade de la guerre de l'OTAN contre la Russie en Ukraine.

Même si le gouvernement et la presse capitaliste tententde diaboliser toute opposition aux coupes budgétaires, la grève bénéficie d'un soutien massif. Selon le dernier sondage Elabe, 74 pour cent des personnes interrogées s'opposent à l’austérité budgétaire de Macron, 64 %pour cent soutiennent les grèves contre sa réforme et 60 pour cent sont favorables à un 'blocage du pays' pour y mettre fin.

Les appareils syndicaux français réagissent à cette éruption de la lutte des classes en suppliant une fois de plus, impuissantes, Macron de retirer sa réforme pour tenter de désamorcer la colère de l'opinion publique. Mardi soir, le porte-parole de l’intersyndicale a déclaré que le silence de Macron est un « problème démocratique » et a demandé à être «reçu d'urgence» par Macron.

Le « problème démocratique » n'est pas le refus de Macron de discuter avec les bureaucraties syndicales, qui coordonnent en fait leur politique avec des personnes comme le Premier ministre Elisabeth Borne. Politique Macron et les banques piétinent la démocratie : Ils mettent en œuvre une politique concertée d'appauvrissement de la population et réagissent à l'opposition populaire qu'elle suscite en envoyant les flics agresser tous ceux qui protestent.

Tant que les travailleurs resteront subordonnés aux bureaucraties syndicales nationales, leurs luttes seront progressivement isolées et réprimées par l'État. En effet, les bureaucraties syndicales françaises ne versent pas d'indemnités de grève, consacrant tous ces milliards à leurs propres dépenses. Tes travailleurs sont vite confrontés à de lourdes pressions financières s'ils font grève plus d'une semaine. De plus, les bureaucraties syndicales refusent systématiquement de mobiliser plus largement les travailleurs pour défendre les grévistes que réquisitionne l'État.

Cela reflète la politique réactionnaire des bureaucraties syndicales. L'appareil de la CGT a non seulement signé des déclarations de soutien aux renflouements bancaires adoptés après le krach de 2020, mais aussi son soutien à l'OTAN contre la Russie, alors que Macron finance l’augmentation de 90 milliards d'euros de son budget militaire en sabrant dans les retraites.

Il est essentiel que les travailleurs en grève de toute la France forment leurs propres comités de base, indépendants des bureaucraties syndicales. Seules de telles organisations de lutte que les travailleurs français pourront unir leurs luttes à celles à travers l'Europe et le monde – face aux crises mondiales que sont l'inflation, les attaques contre le niveau de vie et a guerre entre l'OTAN et la Russie - et forger leurs luttes en un mouvement révolutionnaire international.

Les grèves françaises s'inscrivent dans une vaste vague de luttes ouvrières qui secoue l'Europe et le monde. Ces dernières semaines, des millions de travailleurs au Royaume-Uni et en Allemagne se sont mis en grève contre l'inflation et pour défendre les salaires. Des grèves du rail ont lieu cette semaine en Italie, en Belgique et en Grèce. En Espagne, des manifestations de masse sont organisées pour défendre le système hospitalier public. Au Portugal, des centaines de milliers de personnes, en particulier des enseignants et leurs sympathisants, font grève.

La question cruciale est de rendre ce mouvement de la classe ouvrière européenne et internationale conscient de ses tâches politiques : arrêter la guerre OTAN-Russie en Ukraine, stopper le transfert massif des richesses sociales vers les classes possédantes, et faire chuter les gouvernements capitalistes dans le cadre d'une lutte ouvrière pour le pouvoir d'État et pour construire le socialisme.

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