Le président de la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, a rencontré la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, mercredi en Californie, dans la dernière initiative en date des efforts bipartisans de la Maison-Blanche et du Congrès pour mettre fin à la politique d’une «seule Chine», établir des relations diplomatiques officielles avec Taïwan et intensifier la confrontation entre les États-Unis et la Chine.
La rencontre de McCarthy a été la plus médiatisée avec un président taïwanais sur le sol américain depuis le début de l’adoption par les États-Unis de la politique d’une seule Chine, au début des années 1970. Contrairement aux précédents «passages» des dirigeants taïwanais aux États-Unis, le sommet a donné lieu à une conférence de presse publique, ce qui a tourné en dérision l’affirmation de la Maison-Blanche selon laquelle le voyage de Tsai n’était pas une visite «officielle».
S’adressant à la presse à l’issue de la réunion, McCarthy a encouragé les États-Unis à inonder Taïwan d’armes. «Nous devons poursuivre les ventes d’armes à Taïwan et nous assurer que ces ventes parviennent à Taïwan en temps voulu», a-t-il déclaré.
Semblant s’inspirer de l’un des slogans de 1984 de George Orwell, «La guerre, c’est la paix». McCarthy a affirmé qu’en acheminant des armes vers une île située à seulement 160 km des côtes chinoises, les États-Unis réduiraient la probabilité d’une guerre.
«L’histoire nous a appris que le meilleur moyen» de prévenir la guerre est de «fournir les armes qui permettent de dissuader les gens de faire la guerre», a-t-il déclaré.
McCarthy a déclaré: «Si je regarde ce qui s’est passé en Ukraine, je me souviens d’être revenu d’Ukraine en 2015 et d’avoir plaidé pour la vente de Javelins, des armes défensives pour empêcher les chars d’entrer. Et peut-être que si cette mesure avait été prise ou d’autres, la Russie n’aurait pas estimé pouvoir pénétrer en Ukraine et des milliers de vies auraient été sauvées».
«Je pense que si les gens avaient agi de la sorte en Ukraine, le monde serait plus sûr. Et je pense que c’est une action que nous devrions entreprendre» en ce qui concerne Taïwan.
En réalité, c’est l’armement de l’Ukraine par les États-Unis et leurs efforts pour intégrer un pays situéà la frontière de la Russie dans le système de l’alliance de l’OTAN qui ont provoqué la guerre, et le même sort horrible attend Taïwan si les plans de la Maison-Blanche et des républicains du Congrès sont mis en œuvre.
McCarthy a fait l’éloge du gouvernement Biden, déclarant qu’il «voit l’importance d’accélérer le système de livraison d’armes», et il a réprimandé un journaliste qui lui demandait s’il y avait des divergences d’opinions entre les démocrates et les républicains sur l’armement de Taïwan.
«Je pense qu’il s’agit d’une position bipartisane (…) d’après mes conversations avec le gouvernement. C’est le même sentiment que j’ai eu en retour de leur part [les démocrates] également… Nous allons parler d’une seule voix lorsqu’il s’agit de la Chine», a-t-il ajouté.
Raja Krishnamoorthi, le démocrate qui occupe le premier rang au sein de la commission spéciale de la Chambre des représentants sur le Parti communiste chinois (PCC), a adopté le même ton d’unanimité totale sur la politique belliqueuse de la Maison-Blanche à l’égard de la Chine. «Comme l’a mentionné l’orateur, c’est important que nous mettions de côté la partisanerie et que nous travaillions ensemble pour promouvoir nos intérêts communs et les intérêts du monde libre».
Dans la mesure où il y avait une différence d’approche entre les républicains et les démocrates, c’est que ces derniers insistaient pour couvrir d’un voile de «paix» les missiles acheminés à Taïwan. «Nous voulons la paix, nous sommes un peuple pacifique», a déclaré Krishnamoorthi, en faisant référence aux États-Unis, auteurs d’Hiroshima, de My Lai et d’Abu Ghraib.
Il a poursuivi: «Nous disons d’une seule voix au PCC que nous ne voulons pas la guerre. Nous ne voulons pas de guerre froide. Nous ne voulons pas d’une guerre chaude. Nous ne voulons pas d’hostilités, quelles qu’elles soient».
Mardi, un groupe bipartisan de sénateurs de la commission des forces armées du Sénat a révélé qu'il avait rencontré Tsai le vendredi 31 mars à New York. Leurs commentaires sur cette rencontre étaient plus belliqueux que ceux de McCarthy.
«Les dictateurs de Pékin ne devraient pas déterminer quels dirigeants étrangers les membres du Congrès peuvent ou ne peuvent pas rencontrer, en particulier sur le sol américain», a déclaré le sénateur républicain Dan Sullivan. «Le Sénat américain n’est pas aux ordres du Parti communiste chinois. Alors que le PCC veut faire croire au monde que Taïwan est isolée, rien n’est moins vrai».
«Nous savons que la Chine communiste, notre principale menace, a les yeux tournés vers son voisin et partenaire clé des États-Unis, Taiwan», a-t-il déclaré, ajoutant que «le partenariat des États-Unis avec Taiwan doit être renforcé… par le biais d’une formation militaire améliorée et de transferts d’armes rapides».
En réponse à la réunion, un porte-avions chinois s’est rendu au sud-est de Taïwan pour sa première mission dans le Pacifique occidental.
La rencontre entre McCarthy et Tsai n’est que la dernière d’une série de mesures pour écarter la politique d’une seule Chine, grâce à laquelle la Chine et les États-Unis ont réussi àéviter la guerre pendant plus d’un demi-siècle.
En avril 2021, le département d’État a annoncé de «nouvelles lignes directrices pour les interactions du gouvernement américain avec ses homologues taïwanais» qui «encourageraient l’engagement du gouvernement américain envers Taïwan».
Le «Loi sur le renforcement de la résilience de Taïwan» (Taiwan Enhanced Resilience Act), adoptée dans le cadre de la «Loi d’autorisation de la défense nationale» (National Defense Authorization Act) de l’année dernière, permet pour la première fois au gouvernement américain de fournir directement des armes à Taïwan.
Le 23 février, le Wall Street Journal a rapporté que les États-Unis prévoyaient de quadrupler le nombre de soldats américains stationnés à Taïwan, qui passerait de 30 à entre 100 et 200. Le Journal note: «Au-delà de l'entraînement à Taïwan, la Garde nationale du Michigan entraîne également un contingent de l'armée taïwanaise, notamment lors d'exercices annuels avec plusieurs pays au Camp Grayling, dans le nord du Michigan, selon des personnes familières avec ces exercices».
Le 24 mars, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté la «Loi de mise en œuvre de l’assurance pour Taïwan» (Taiwan Assurance Implementation Act), qui charge officiellement le département d’État «d’identifier les possibilités de lever toutes les limitations qu’il s’impose encore quant à l’engagement des États-Unis envers Taïwan et d’élaborer un plan à cet effet», mettant ainsi potentiellement en branle la fin officielle de la politique d’une seule Chine.
(Article paru en anglais le 7 avril 2023)
