Le ciel de Richmond, dans l’Indiana, une ancienne ville industrielle de 35.000 habitants située à la frontière de l’Ohio, s’est rempli d’un énorme panache de fumée noire toxique mardi après qu’une installation de recyclage de matières plastiques située au cœur de la ville a été la proie des flammes, mettant en danger la santé de milliers de personnes dans toute la région.
On a annoncé qu’un ordre d’évacuation volontaire pour toute personne vivant dans un rayon d’un kilomètre autour du brasier, ce qui a incité environ 2.000 personnes à quitter leur domicile. On a invité les habitants de la ville qui vivent en dehors de la zone d’évacuation à rester à l’intérieur et à éteindre leurs systèmes de ventilation, à garder les fenêtres et les portes fermées et à faire entrer leurs animaux domestiques à l’intérieur.
On ignore encore quels produits chimiques ont été propagés par le feu, qui brûlait toujours mercredi. Toutefois, le commissaire aux incendies de l’État de l’Indiana, Steve Jones, a déclaré aux journalistes que la fumée était «certainement toxique».
Le chef des pompiers de Richmond, Tim Brown, a indiqué que l’immense installation de recyclage de 175.000 pieds carrés avait été «remplie de plastique sur toute sa surface» et qu’elle présentait un risque d’incendie bien connu. «C’est très frustrant pour nous tous», a déclaré Tim Brown à la presse locale. «Nous savions qu’il ne s’agissait pas de savoir si cela allait se produire, mais quand cela allait se produire. On sait que la combustion des plastiques émet une série de substances chimiques cancérigènes, dont la dioxine, le benzo [a] pyrène (BAP) et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)».
Brown a fait remarquer que le propriétaire de l’installation, Seth Smith, avait été cité à plusieurs reprises pour des infractions aux règles de sécurité et que les autorités municipales étaient conscientes du danger d’incendie. «Il a été averti à plusieurs reprises», a déclaré Brown à propos de Smith. «Je ne sais pas quand exactement, mais nous étions conscients de la situation à laquelle nous avions affaire».
Les autorités ont assuré que l’eau de la ville restait potable et l’Agence pour la protection de l’environnement a indiqué qu’elle n’avait pas encore détecté de produits chimiques dangereux au niveau du sol, notamment le styrène et le benzène, deux autres polluants couramment émis par la combustion du plastique.
Mais les habitants ont le droit d’être sceptiques quant aux affirmations officielles selon lesquelles tout va bien, étant donné la longue histoire de la pollution industrielle et de sa dissimulation aux États-Unis, y compris Love Canal, l’empoisonnement de l’eau de Flint dans le Michigan et la contamination des eaux souterraines de Hinkley, en Californie. Les vents dominants poussent le nuage toxique émis par l’usine de recyclage vers l’est, en direction de la région déjà très peuplée de Dayton, dans l’Ohio.
Ce nouvel incendie industriel dans le Midwest américain s’inscrit dans une série de catastrophes récentes. Notamment le déraillement d’un train et le «brûlage contrôlé» à East Palestine, dans l’Ohio, en février, qui a émis une série de substances cancérigènes dans la nappe phréatique et dans l’air. Malgré les garanties répétées du gouvernement et des entreprises, les habitants de cette région continuent de signaler des symptômes d’exposition aux produits chimiques et des tests ont détecté des sous-produits du chlorure de vinyle dans l’organisme des personnes concernées.
Les entreprises polluent régulièrement les quartiers populaires et créent sciemment des conditions dangereuses dans les usines et autres lieux de travail, entraînant la mort de centaines de travailleurs chaque année tout en ne recevant que l’équivalent d’une tape sur les doigts par les régulateurs du gouvernement. Le meurtre et l’empoisonnement des travailleurs et de leurs familles sont considérés comme un mal nécessaire par les capitalistes dans leur quête de profit. Les amendes qui en résultent sont vues comme le prix à payer pour faire des affaires.
Le mois dernier, sept travailleurs ont été les dernières victimes de l’abattoir industriel lorsqu’ils ont été tués dans une explosion à la chocolaterie R.M. Palmer Company à West Reading, en Pennsylvanie. On a cité l’entreprise pour des incidents en 2018 et 2019 au cours desquels des travailleurs avaient été blessés, ce qui avait entraîné des amendes de seulement 13.000 et 26.000 dollars.
Également, le mois dernier, BP Products North America n’a été condamnée qu’à une amende de 156.250 dollars après que deux frères, Ben et Max Morrisey, ont été tués dans une explosion et un incendie à la raffinerie de pétrole BP Husky à Oregon, dans l’Ohio, juste à côté de Toledo, en septembre 2022. La direction n’a pas tenu compte des avertissements des travailleurs concernant les conditions dangereuses de l’unité qui a explosé et elle a ignoré leurs demandes pour qu’elle soit arrêtée et réparée.
BP (British Petroleum) est peut-être surtout connu pour la marée noire de 2010 dans le golfe du Mexique, qui a tué 11 travailleurs, empoisonné les habitats marins et souillé les côtes de la Louisiane, du Mississippi, de l’Alabama et de la Floride. Aucune des accusations pénales portées par le gouvernement fédéral contre les cadres inférieurs n’a abouti à une peine d’emprisonnement et aucun dirigeant n’a été inculpé. L’entreprise a accepté de payer 4,5 milliards de dollars d’amendes, ce qui a à peine entamé ses bénéfices.
Au début de la pandémie de COVID-19 en 2020, les employeurs ont sciemment exposé les travailleurs à un virus qui se propageait rapidement et qui était extrêmement mortel. Les États dirigés par les démocrates comme par les républicains ont rapidement adopté des lois qui exonéraient les entreprises de toute responsabilité juridique lorsque les travailleurs étaient exposés au COVID-19 dans le cadre de leur travail.
Malgré des arrêts de travail spontanés dans l’industrie automobile et l’opposition des travailleurs du secteur de l’éducation, qui ont entraîné des fermetures temporaires et l’imposition de mesures d’atténuation limitées, la classe dirigeante a immédiatement exigé que toutes les restrictions soient rapidement levées. En conséquence, plus de 1,1 million d’Américains ont officiellement été tués par le virus, et environ 20 millions d’autres souffrent aujourd’hui du COVID long.
Les bureaucraties syndicales, qui prétendent faussement représenter et défendre les intérêts des travailleurs, sont complices de cet état de fait mortel. Elles ont facilité l’approche «les profits avant les vies» de la pandémie et n’ont rien fait pour lutter contre les conditions de travail dangereuses, qui entraînent la mort de 340 travailleurs chaque jour.
La classe ouvrière a le pouvoir collectif d’arrêter le massacre industriel et de garantir un environnement sûr pour tous. Pour ce faire, on doit former des comités de base dans chaque industrie qui se battent pour ce dont les travailleurs ont besoin. Ces comités, constitués sous la direction de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), s’opposeront à la dictature des entreprises et lutteront pour que les travailleurs contrôlent la production et les conditions de santé et de sécurité.
La lutte pour la création de comités de base jettera les bases d’un puissant mouvement de la classe ouvrière, la seule force sociale capable de mettre fin à la tyrannie du capital par la transformation socialiste de la société afin de répondre aux besoins humains plutôt qu’à la quête meurtrière du profit.
(Article paru en anglais le 13 avril 2023)
