1,5 millions de manifestants défilent contre la réforme des retraites de Macron

1,5 millions de personnes ont défilé hier dans la 12e journée d’action contre la réforme des retraites, alors que le Conseil constitutionnel doit se prononcer sur cette réforme aujourd’hui. Si le Conseil n’apporte que des modifications mineures ou approuve simplement la réforme, celle-ci aura franchi tous les obstacles à sa promulgation.

Les manifestations ont à nouveau révélé le conflit entre la classe ouvrière et l’État capitaliste. Macron, le «président des riches», passe en force sur une réforme haïe par les trois-quarts des Français. De violents affrontements ont éclaté entre les manifestants et la police, que l’on peut voir sur les réseaux sociaux en train d’agresser des manifestants pacifiques. L’objectif de Macron est manifestement de décourager les grèves et les manifestations contre sa réforme, afin de l’imposer au peuple.

Si les cortèges étaient un peu moins grands hier, ce n’est pas que les Français plébiscitent la réforme, mais que les bureaucraties syndicales dénoncent la «violence» et appellent à la «médiation» avec Macron. Elles foulent aux pieds la volonté des deux tiers des Français qui veulent bloquer l’économie et faire chuter Macron. Elles démobilisent ainsi les travailleurs et les jeunes, qui rejettent les pourparlers avec Macron, qui lui n’a pas l’intention de négocier quoi que ce soit.

La colère sociale est encore explosive, et de larges couches de travailleurs sont mobilisées contre la loi. La classe ouvrière doit faire chuter Macron par une grève générale, ce qui nécessite, comme l’explique le Parti de l’égalité socialiste (PES), la construction d’un mouvement de la base, indépendant des appareils syndicaux.

Hier, la police a lancé plusieurs descentes tôt le matin contre des grévistes qui bloquaient l’incinérateur à Aubervilliers et la raffinerie de Feyzin à Lyon.

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Toulouse (70.000), Bordeaux (50.000) et Lyon (22.000). Selon les syndicaux, il y avait 150.000 manifestants à Marseille, qui ont scandé des slogans dénonçant Macron. À Paris, ils étaient 400.000, face à des milliers de CRS lourdement armés, notamment devant les locaux du Conseil constitutionnel.

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Les forces de l’ordre ont chargé les manifestants à Lyon, où elles ont matraqué un journaliste dont la tête était couverte de sang.

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À Paris, des cheminots ont occupé le siège de LVMH, la société du milliardaire Bernard Arnault récemment redevenu l’homme le plus riche du monde. À la fin de la manifestations à Paris, des affrontements ont éclaté entre les forces de l’ordre et les manifestants place de la Bastille. La police a tiré à plusieurs reprises des grenades de désencerclement et des salves de lacrymogènes sur la foule.

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Les journalistes de WSWS ont interviewé des manifestants dans le cortège à Paris. Brandon, un maçon et soutien des «gilets jaunes» contre Macron en 2018, a déclaré qu’il voulait que l’opposition à la réforme se poursuive.

Il a dit, «Aujourd’hui on est là parce qu’on va avoir une retraite trop tard, on n’imagine pas ce que ça fera ensuite pour nos enfants et leurs enfants. On va travailler jusqu’à 100 ans? Impossible, on sera trop fatigué.»

Brandon a déclaré qu’il ne voyait pas l’intérêt de la médiation syndicale avec Macron: «Ils ont essayé de négocier des centaines de fois. Macron est têtu.»

«Il gouverne la France, mais il faut satisfaire les Français aussi, par les faire enrager», a-t-il dit. Brandon a ajouté que Macron est responsable de la vague de violences policières contre les manifestants contre la réforme: «Les forces de l’ordre, c’est des fonctionnaires de l’État. C’est Macron qui gère tout ça. Mais s’il faut forcer on forcera, s’il faut gueuler on gueulera, s’il faut taper on tapera, parce qu’ils tapent.»

Tess, une étudiante, a dit au WSWS qu’elle manifestait contre la réforme parce que «nous, les jeunes, on a toute notre vie devant nous et on n’a pas envie de se tuer au travail comme ça … C’est notre futur aussi, c’est mon futur, c’est le futur des jeunes de France».

Elle a vivement critiqué le détournement par Macron de dizaines de milliards d’euros des retraites vers le budget militaire, sur fond de guerre OTAN-Russie en Ukraine. Elle a déclaré que la guerre est «inutile comparé à ce qui se passe dans son pays. … Les gens travaillent déjà très dur, et on va les demander d’aller en guerre? Non, c’est vraiment inutile.»

Elle a ajouté que Macron «veut tout faire à sa manière, il veut tout, il veut l’argent, il veut le beurre et l’argent du beurre. Ce n’est pas possible.»

Le WSWS a aussi interviewé Christophe Farinet, un responsable de la fédération CGT-FTD-NEEA des éboueurs et des égoutiers.

Il a évoqué l’assaut de la police sur l’incinérateur d’Aubervilliers: «Aujourd’hui, nous avons sur un blocage de garage 17 collègues qui ont été embarqués, trois qui ont été engeôlés, et nous avons un camarade conducteur qui s’est fait tabasser. Macron n’a aucun respect de l’humain. Il est méprisant, arrogant, il pense qu’il peut tout gérer de là-haut sans prendre en compte la démocratie française, mais ça va se tourner contre lui à un moment. Le peuple de France historiquement a su lever la tête contre toute forme de dictature, et Macron est une force de dictature.»

Christophe Farinet, responsable de la CGT-FTD-NEEA

Dans son syndicat, a-t-il ajouté, les «personnels sont très, très remontés et motivés pour se mobiliser, ils ressentent vraiment l’injustice à travers ce projet de réforme, l’inflation, tout ce qu’ils vivent. Macron gouverne contre le peuple, c’est un agent du capitalisme».

Farinet a rappelé qu’après le premier confinement pour du COVID-19 en 2020, les travailleurs très exploités de son secteur s’attendaient à être mieux traités.

Il a dit: «Ce qui est tragique, c’est qu’on a vécu une pandémie en 2020. On avait bien constaté, aussi bien du côté de la gauche que de la droite en France, qu’il y avait des métiers qui étaient essentiels dans ce pays, qui ne pouvaient pas être confinés. Je ne pense pas simplement aux égoutiers et aux conducteurs de benne, mais aussi aux caissières, aux agents de sécurité. Ces politiques s’étaient engagés à avoir un autre regard sur la société. Le résultat, c’est que trois ans plus tard, on ajoute deux ans à des travailleurs qui ont une pénibilité plus que prouvée.»

A propos de cette pénibilité, il a ajouté: «La réforme est funèbre, parce qu’actuellement nous avons des personnels de catégorie dite active, qui sont des éboueurs et des conducteurs de benne, qui ont le droit de partir à 57 ans. Nous avons les égoutiers et leurs encadrants, qui ont le droit de partir à 52 ans. C’est la catégorie insalubre, des gens qui ont de 12 à 17 ans d’espérance de vie en moins que la moyenne de la population. Leur ajouter deux ans en plus, c’est simplement criminel.»

Interrogé sur la médiation syndicale avec Macron, il a appelé à l’unité syndicale contre Macron: «Il n’y aura rien qui passera par la médiation. Pour l’instant, l’unité syndicale tient. Il n’y a plus à se mettre à table avec un Macron. Ils ont tout fait pour museler les travailleurs et les travailleuses … Il n’y a pas de dialogue possible avec Macron.»

Face à une colère sociale explosive, les syndicats ont en effet continué à appeler à la grève jusqu'ici. Mais les travailleurs sont confrontés à un problème critique que l’on ne peut résoudre par l’«unité» entre les différentes confédérations syndicales: Toutes les bureaucraties syndicales trahissent la base en appelant à la «médiation» avec Macron, en critiquant la «violence» des manifestants et en s’efforçant ainsi de démobiliser l’opposition au président des riches.

Il faut tirer des leçons politiques cruciales de cette longue et amère lutte. Pour la classe ouvrière, la seule réponse viable au tournant austéritaire et militariste de Macron et de son État policier est de prendre ses propres luttes en main. Il faut construire des comités d’action de la base, indépendamment des appareils syndicaux, pour coordonner la préparation d’une grève générale afin de faire chuter Macron et d’écraser le pouvoir de l’aristocratie financière qu’il représente sur la vie économique.

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