La Pologne reçoit Zelensky et prépare une intervention directe dans la guerre en Ukraine

La visite du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à Varsovie la semaine dernière a mis en évidence une chose: la guerre de l’OTAN contre la Russie en Ukraine continue de s’étendre, tant en géographie qu’en intensité. La Pologne joue un rôle clé dans ce contexte et se prépare, en étroite coordination avec les principales puissances de l’OTAN, à intervenir directement dans le conflit.

Le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki (2e à droite) et le président ukrainien Volodymyr Zelensky se rencontrent à Varsovie (Pologne), le mercredi  5 avril 2023. [AP Photo/Michal Dyjuk]

Lors d'une apparition conjointe avec le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, dans la cour du château royal de Varsovie, Zelensky a fait l'éloge du rôle de la Pologne en tant que l'un des plus grands soutiens de la guerre et a appelé à de nouvelles livraisons d'armes.

«La victoire est-elle encore loin? Non», a-t-il déclaré. Il a ajouté qu'il ne fallait «pas s'arrêter à la solidarité. Si le combat nécessite de l'artillerie, il faut la fournir. Si la victoire exige des chars, leur tonnerre doit être entendu sur la ligne de front, et si l'indépendance exige une force aérienne, il ne faut pas se demander comment la Russie réagira face aux avions».

La Pologne est l’un des premiers pays à avoir fourni des avions de combat à l’Ukraine et prévoit à présent de remettre à Kiev l’ensemble de son stock de MiG-29. Le président polonais Andrzej Duda l’a annoncéà l’issue d’une réunion avec Zelensky. Il a indiqué que son pays avait déjà livré huit avions de combat à l’Ukraine et qu’il préparait actuellement la remise de six autres MiG-29. Il a ajouté que Varsovie serait «en mesure, à l’avenir, de remettre l’ensemble de sa flotte de MiG» d’une trentaine d’appareils à l’armée de l’air ukrainienne, «à condition que les alliés de l’OTAN soient d’accord».

Jeudi, Berlin a approuvé la demande du gouvernement polonais d’exporter vers Kiev des avions de combat MiG-29 qui proviennent des stocks de l’ancienne Allemagne de l’Est. En 2002, le gouvernement social-démocrate-vert de l’époque avait vendu 23 avions de combat à la Pologne, que la Bundeswehr (forces armées allemandes) avait reprise à l’Armée nationale populaire de l’ex-Allemagne de l’Est. Selon Varsovie, l’armée de l’air polonaise dispose encore aujourd’hui d’une douzaine de ces avions, qui sont désormais destinés à l’armée ukrainienne.

Les livraisons d’armes polonaises prévues ne se limitent pas aux avions de chasse. À Varsovie, la délégation ukrainienne a signé d’autres contrats qui portent sur des obusiers polonais, des missiles antiaériens, des véhicules de transport de troupes et des chars à roues. Les achats d’armes seront financés par des fonds de soutien de l’UE et des États-Unis. On a également convenu de mettre en place des lignes de production communes pour fabriquer des munitions de chars de 125 mm pour l’armée ukrainienne.

Toute la visite visait à célébrer l’alliance étroite entre Varsovie et Kiev. Après que Duda lui a remis la plus haute décoration militaire polonaise, Zelensky a parlé d’une «amitié séculaire» entre l’Ukraine et la Pologne. Mais les conflits historiques couvent toujours sous la surface.

Cet été marque le 80e anniversaire des massacres perpétrés par les nationalistes et les fascistes ukrainiens à l’encontre d’environ 70.000 à 100.000 Polonais en Volhynie et dans l’est de la Galicie. Les dirigeants et les instigateurs de ces massacres sont glorifiés par les dirigeants actuels de Kiev. Le 1er janvier 2023, le parlement ukrainien et les dirigeants militaires ont célébré le 114e anniversaire de Stepan Bandera, fasciste, antisémite et collaborateur nazi notoire, dont l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-B) et son aile paramilitaire, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), ont joué un rôle central dans l’Holocauste et la guerre d’extermination contre l’Union soviétique.

Le gouvernement ukrainien actuel se considère comme faisant partie de cette tradition. Le parlement ukrainien a notamment publié un tweet montrant une photo de Valerii Zaluzhnyi, le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, devant le portrait de Bandera, citant ce dernier: «La victoire complète et finale du nationalisme ukrainien ne sera remportée que lorsque l’empire russe n’existera plus».

Après un tollé en Pologne, la Rada (assemblée parlementaire) ukrainienne a été contrainte de supprimer le message. Cela n'enlève rien à la glorification de Bandera et d'autres fascistes en Ukraine. Le régime Zelensky dépense des millions pour ériger des monuments et renommer des rues en l'honneur des collaborateurs nazis et des néofascistes.

Le parti d’extrême droite au pouvoir en Pologne, Droit et Justice (PiS), poursuit également une politique anti-russe extrême, concluant ouvertement des pactes avec des forces fascistes et antisémites. Il a protesté contre le tweet principalement parce que la glorification de Bandera par le gouvernement ukrainien révèle la véritable nature de la guerre.

L’Ukraine ne mène pas un «combat pour la liberté», comme l’a prétendu Zelensky à Varsovie. L’invasion réactionnaire russe ne change rien au fait que l’OTAN mène en Ukraine une guerre impérialiste par procuration contre la puissance nucléaire qu’est la Russie. En encerclant systématiquement la Russie militairement et en armant l’Ukraine, elle a finalement provoqué la réponse militaire du régime de Poutine. Aujourd’hui, l’OTAN intensifie systématiquement le conflit afin de soumettre ce pays riche en ressources. En même temps, les principales puissances de l’OTAN veulent s’assurer de contrôler l’Ukraine elle-même.

Les dirigeants polonais n’ont pas cachéà Zelensky qu’ils attendaient leur part du butin de guerre. Dans le cadre du processus de reconstruction, Varsovie restera probablement le principal partenaire commercial de l’Ukraine, a insisté Duda. La veille, le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, s’était déjà rendu en Ukraine avec une délégation d’hommes d’affaires pour affirmer la prétention de l’Allemagne à jouer un rôle de premier plan en Ukraine.

Mais les puissances de l’OTAN ne poursuivent pas seulement des intérêts économiques. En coulisses, les couteaux sont aiguisés depuis longtemps pour le repartage revanchard de l’Ukraine et de toute l’Europe de l’Est.

«Parmi les conséquences peu discutées de la guerre, il y a la résurgence des conflits territoriaux qui ont résulté du règlement de l’après-Seconde Guerre mondiale», peut-on lire dans une déclaration récente du World Socialist Web Site.

La classe dirigeante allemande «n’a pas oublié que la ville polonaise de Wroclaw s’appelait autrefois Breslau et qu’elle était la sixième ville de l’Empire allemand au début du vingtième siècle». Le gouvernement polonais n’a pas non plus «oublié que la ville de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, était connue sous le nom de “Lwów”, la troisième ville de Pologne, avant le début de la Seconde Guerre mondiale».

Des objectifs d’une telle portée sont en jeu alors que les puissances impérialistes se réarment et se préparent à intervenir directement dans la guerre. Ici aussi, le gouvernement polonais fonce tête baissée.

Fin mars, l’ambassadeur polonais à Paris, Jan Emeryk Rościszewski, a ouvertement menacé d’intervenir militairement lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision française LCI. «Si l’Ukraine ne défend pas son indépendance, nous n’aurons pas d’autre choix, nous serons contraints d’entrer dans le conflit», a-t-il déclaré.

La menace de Rościszewski est une réponse à l’aggravation de la crise en Ukraine. Militairement, politiquement, mais aussi économiquement, le régime Zelensky est soumis à une pression énorme un an après le début de la guerre. L’OTAN poursuit l’objectif déclaré de vaincre militairement la Russie en Ukraine. C’est clair que les dernières livraisons d’armes ne suffisent pas à atteindre cet objectif.

L’annonce ouverte d’une intervention militaire directe est alarmante, mais elle n’est pas nouvelle. Fin mars, le premier ministre hongrois Viktor Orbán a averti que les puissances européennes étaient sur le point d’entamer des discussions sur le déploiement de «soldats de la paix».

Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti PiS au pouvoir, avait déjà appelé à une «mission de maintien de la paix» de l’OTAN pour aider l’Ukraine il y a un an. En mai dernier, le général américain à la retraite Jack Keane a soulevé la question d’une «coalition internationale» pour assurer le contrôle de la mer Noire contre la Russie.

Depuis lors, les puissances de l’OTAN se sont montrées de plus en plus agressives dans leurs préparatifs de guerre. En juin dernier, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a annoncé que la force de réaction rapide de l’alliance militaire sur le flanc est de l’OTAN passerait de 40.000 à 300.000 hommes. Ces derniers mois, l’OTAN a déployé des dizaines de milliers de soldats en Europe de l’Est et travaille à la constitution d’une véritable force d’invasion. La Pologne joue un rôle central dans cet effort.

Le 22 mars, la première garnison permanente de l’armée américaine a été officiellement inaugurée à Poznan, où la Maison-Blanche avait déjà décidé de s’installer l’été dernier. Il s’agit d’une violation flagrante de l’Acte fondateur OTAN-Russie de 1997, qui interdit le «stationnement permanent de forces de combat substantielles» dans les anciens États membres du Pacte de Varsovie.

Nous avons lutté pendant des années avec ce mot «permanent», et maintenant il est devenu une réalité», a déclaré le ministre de la Défense, Mariusz Błaszczak, lors de la cérémonie d’ouverture. Il a également fait référence à l’«Académie Abrams» de Biedrusko, située à proximité. C’est là que l’armée américaine forme les soldats polonais aux chars de combat Abrams M1A2. La Pologne en a acheté 250 l’année dernière pour l’équivalent de 4,75 milliards de dollars.

Le gouvernement d’extrême droite PiS s’est fixé pour objectif de construire l’armée de terre la plus puissante d’Europe. À cette fin, il a augmenté son budget de défense à 4 pour cent du PIB cette année. Récemment, le ministre de la Défense, Błaszczak, a annoncé l’arrivée des premiers chars de combat américains K2 et Abrams récemment achetés. Au total, la Pologne a commandé plus de 1.000 chars d’assaut. Les effectifs de l’armée polonaise vont également être massivement augmentés, passant de 164.000 à 300.000 soldats. En outre, des dizaines de milliers de soldats supplémentaires seront affectés à la garde nationale.

En février, la création d’une légion de volontaires polonais (Polski Korpus Ochotniczy, PDK) a également été annoncée. Selon certaines informations, la formation a eu lieu à Kiev le 15 février, en présence d’un représentant du ministère ukrainien de la Défense, de plusieurs volontaires polonais, de l’organisateur polonais de la légion et du commandant du corps des volontaires russes.

Ce dernier est une unité de volontaires d’origine russe formée en août 2022 et ils combattent pour l’Ukraine depuis 2014. Le chef de l’unité est le néonazi notoire Denis Nikitin. Récemment, il s’est vanté d’avoir attaqué des villages russes avec son unité derrière les lignes de front, près de la ville russe de Bryansk.

Le déploiement d’unités de commandos comme le PDK, recrutées dans les pays de l’OTAN, ne peut être vu que comme le précurseur d’un déploiement de forces terrestres de l’OTAN. Plus de 150 membres des forces spéciales britanniques, américaines, françaises et d’autres pays de l’OTAN opèrent déjà en Ukraine.

Les manœuvres massives de l’OTAN qui auront lieu dans les semaines et les mois à venir – y compris Defender Europe 23, Baltops 23, Sea Breaze 23 et Air Defender 23 – impliquent des dizaines de milliers de soldats de l’OTAN et prennent de plus en plus la forme d’un tremplin pour une intervention militaire directe.

En Pologne, les préparatifs de la grande manœuvre de l’OTAN, Anakonda 23, battent actuellement leur plein. Du 17 avril au 16 mai, environ 10.000 soldats polonais et près de 3.000 soldats des pays alliés de l’OTAN seront mobilisés. Les exercices se dérouleront sur la principale zone d’entraînement en Pologne et sur des terrains d’entraînement en Estonie, en Lettonie, en Lituanie et en Suède.

(Article paru en anglais le 14 avril 2023)

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