Macron exige «100 jours d’apaisement, de calme» face à la colère ouvrière

Hier soir, Macron a prononcé un discours télévisé pour fêter son imposition d’une réforme des retraites face à l’opposition d’une écrasante majorité des Français. Il a prétendu qu’il inaugurerait à présent «100 jours d’apaisement, de calme» qui marqueraient une nouvelle ère de sa présidence.

90 pour cent des Français ne croyaient pas que cette allocution changerait quoi que ce soit, selon un sondage pour BFM-TV, et en effet Macron n’a convaincu personne. Des milliers de personnes ont manifesté à Paris, à Marseille, à Nantes et à Rennes alors qu’il prenait la parole. Et il a proposé une politique de renforcement des forces de l’ordre et des armées, tout en attendant que les appareils syndicaux démobilisent petit à petit la mobilisation contre sa réforme à présent adoptée.

Les grèves et les manifestations contre Macron, ses attaques sociales et l’inflation vont continuer; même les chefs syndicaux l’ont avoué après son discours. Mais une leçon politique ressort de cette allocution: Macron méprise le peuple et l’opinion, et la seule façon de stopper ses attaques contre les travailleurs est de le faire chuter.

Macron a commencé par une expression arrogante et insincère de regret que les Français n’aient pas approuvé sa réforme. «Adoptés conformément à ce que prévoit notre constitution, ces changements étaient nécessaires pour garantir la retraite de chacun et pour produire plus de richesses pour notre Nation», a-t-il dit, avant d’ajouter: «Pour autant, cette réforme est-elle acceptée? A l’évidence, non. Et malgré les mois de concertation, un consensus n’a pas pu être trouvé, et je le regrette.»

Macron est banquier, et il sait que son argument selon lequel seule sa réforme financera les retraites est un mensonge. D’énormes plans de relance, financés par les États européens, ont augmenté le patrimoine collectif de l’oligarchie financière française de centaines de milliards d’euros. Un seule oligarque, Bernard Arnault, l’homme le plus riche de la planète, a augmenté sa richesse de 40 milliards chaque année depuis le début de la pandémie. Ceci financerait trois fois les 13 milliards d’euros annuels que Macron compte amputer aux retraites des Français.

Quelques jours après son voyage à Pékin, où il y a appelé à bâtir une «économie de guerre européenne», Macron a tenté de cacher son pillage des travailleurs derrière des incitations réactionnaires au nationalisme et au réarmement français.

Il a promis d’être «au service d’un cap clair: de notre indépendance, et de la justice. Notre indépendance d’abord, pour la France et pour l’Europe. Nous sommes un peuple qui entend maîtriser et choisir son destin. Nous ne voulons pas dépendre de qui ce que soit, ni des forces de la spéculation ni des puissances étrangères, ni d’autre volonté que la nôtre. Et nous avons raison. L’indépendance ne se décrète pas, elle se bâtit par des ambitions, des efforts … sur le plan du savoir, de la recherche, de l’attractivité, de la technologie, de l’industrie, de la défense.»

Ces remarques soulignent à quel point ses attaques contre les travailleurs sont poussées par la crise internationale: la guerre OTAN-Russie en Ukraine et les projets de Washington pour une guerre contre la Chine. En effet, la réduction du budget des retraites correspond aux 90 milliards d’euros en dépenses militaires supplémentaires que Macron a annoncé pour le reste de cette décennie.

Mentant effrontément, Macron a prétendu que sa poursuite d’une autonomie militaire permettrait à la justice sociale de fleurir en France.

«Cette indépendance française et européenne est justement celle qui nous permettra d’obtenir plus de justice», a-t-il dit, avant d’évoquer la «colère face à un travail pour trop de Français qui ne permet plus de bien vivre, face à des prix qui montent … Certains ont le sentiment de faire leur part, mais sans être récompensés de leurs efforts, ni en aides ni en services publics efficaces.»

Alors qu’il sabre dans les dépenses sociales pour financer l’armement, Macron a promis de travailler avec les appareils syndicaux sur «trois grands chantiers» pour améliorer la vie française. Comme le reste de son discours, c’était un mensonge. Il compte accélérer les attaques contre les travailleurs, tout en renforçant les forces de l’ordre qui ont attaqué les manifestations contre Macron ces trois derniers mois.

Macron a dit vouloir un «pacte de la vie au travail» qui serait «construit par le dialogue social» avec les appareils syndicaux. Il a proposé une vague «réforme» des lycées professionnels et répété qu’il compte réformer le RSA, dont les allocataires se verraient forcés à travailler. Macron a déclaré que «la porte sera toujours ouverte» aux syndicats.

Il a aussi prétendu qu’il ouvrirait un «chantier du progrès pour mieux vivre», qui améliorerait les conditions des écoles et des hôpitaux, dévastés par sa gestion mortifère de la pandémie de Covid. Mais lui-même ne se berce pas d’illusions que sa rhétorique creuse sur le progrès social, contredite à chaque instant par ses actions, puisse convaincre qui que ce soit.

Le seul geste concret qu’il ait annoncé, en conséquence, était sur «le chantier de la justice et de l’ordre républicain et démocratique». Il a proposé de recruter 10.000 flics et magistrats, surtout à travers la création de 200 nouvelles brigades de gendarmerie. Sur cette base frauduleuse, il a appelé à «100 jours d’apaisement, d’unité, d’ambition et d’action au service de la France».

Les travailleurs et les jeunes devraient rejeter l’appel de Macron à l’apaisement et à l’unité nationale avec le mépris qu’il mérite. On voit bien qu’il n’y a rien à négocier avec Macron, qui assume sans ambages de gouverner contre le peuple. Ses lois scélérates découlent non pas de la volonté populaire, mais de l’arbitraire d’un président tout-puissant qui impose le diktat des banques grâce à la violence des forces de l’ordre contre les travailleurs.

Les travailleurs ne peuvent pas confier la tâche de mener l’opposition aux appareils syndicaux, qui sont terrifiés par l’opposition explosive à Macron dans la classe ouvrière.

Après l’allocution de Macron, Laurent Berger, le chef de la CFDT, a accordé une longue entrevue à BFM-TV. Il a appelé à la mobilisation pour le 1er mai, même s’il a déjà dit que d’ici six mois, il n’y aurait plus de manifestations contre la réforme. Berger n’a appelé qu’à un «délai de décence» avant que les appareils syndicaux ne recommencent à travailler ouvertement avec Macron.

«La CFDT, un jour ou l’autre, ira discuter», a-t-il dit. «Vous le savez, vous nous connaissez. On ira discuter des conditions de travail, on ira discuter des salaires. Mais on veut un minimum de décence dans cette relation. On ne répond pas quand on nous siffle.»

Berger a averti Macron et toute la bourgeoisie qu’il doivent essayer d’éviter une explosion sociale, alors que les deux-tiers des Français veulent une grève générale pour bloquer l’économie. «Il faut faire attention de ne pas mépriser les travailleurs, qui ont été très nombreux à se mobiliser pendant ces 3 mois», a-t-il dit. Mais il a ensuite promis que la CFDT relancerait ses pourparlers avec Macron «le moment venu. Mais il y a un délai de décence, je l’assume. Aujourd’hui, il y a encore beaucoup de colère».

La colère ouvrière nécessite une perspective et une direction politiques contre les tentatives cyniques de Macron et de Berger pour épuiser petit à petit le mouvement. La perspective, comme l’a expliqué le Parti de l’égalité socialiste, est de construire un mouvement de masse dans la base de la classe ouvrière et parmi les jeunes, indépendamment des appareils syndicaux, pour préparer la grève générale et faire chuter Macron.

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