À tout moment, la guerre de l’OTAN contre la Russie pourrait basculer dans une guerre de feu directe entre puissances dotées de l’arme nucléaire. L’article 5 de l’OTAN, qui engage les États membres à se défendre mutuellement, a failli être déclenché à plusieurs reprises au cours des derniers mois à la suite de provocations impérialistes.
On vient de révéler que l’un de ces incidents impliquait un tir de missile air-air par un appareil russe contre un avion du Royal Air Force britannique, qui a été empêché par un dysfonctionnement technique.
Le 29 septembre 2022, un avion de chasse russe a tiré un missile sur un avion-espion britannique RC-135 chargé de surveiller les communications dans la région de la mer Noire. Selon le compte-rendu édulcoré fourni par le gouvernement britannique le mois suivant, l’incident était un « engagement potentiellement dangereux » et le résultat d’un « dysfonctionnement technique » de l’avion de chasse russe Su-27.
En réalité, l’incident était bien plus grave que ce que le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a laissé entendre au Parlement. Des documents militaires américains divulgués ce mois-ci indiquent que l’avion britannique a évité d’extrême justesse d’être abattu.
Le 13 avril, le New York Times a publié de plus amples informations. Un article intitulé « Une erreur de communication a failli conduire un avion russe à abattre un avion-espion britannique, selon des responsables américains » (Miscommunication Nearly Led to Russian Jet Shooting Down British Spy Plane, U.S. Officials Say) citait le document divulgué et des « responsables américains de la défense » qui s’exprimaient « sous couvert d’anonymat pour discuter de sujets sensibles ».
Selon ces sources, les pilotes de l’avion russe « n’étaient pas à portée de vue de l’avion patrouille britannique ». Ce dernier, selon le Times, compte souvent 30 membres d’équipage, « mais ils étaient équipés de missiles capables de l’atteindre ».
L'article explique : « Selon deux responsables américains de la défense, le pilote russe a mal interprété ce que lui disait un opérateur radar au sol et a cru qu'il avait l'autorisation de tirer. Le pilote, qui avait verrouillé l'avion britannique, a tiré, mais le missile n’a pas été lancé correctement ».
Selon les journalistes, « l’un des responsables informés de la rencontre l’a qualifiée de vraiment, vraiment effrayante ».
L’avion-espion a failli être abattu alors que les tensions entre les grandes puissances étaient à leur comble. C’était 72 heures seulement après l’explosion, le 26 septembre 2022, des gazoducs sous-marins Nord Stream, majoritairement détenus par la Russie, dans la mer Baltique. La Russie a déclaré plus tard qu’elle avait des preuves que la Grande-Bretagne était « impliquée dans un sabotage, un acte terroriste contre une infrastructure énergétique vitale ».
La Grande-Bretagne a déjà fourni des milliards de livres sterling d’équipement militaire offensif à l’Ukraine, notamment des chars Challenger, et a formé des milliers de soldats ukrainiens. Le gouvernement conservateur s’est déclaré prêt à renforcer son soutien militaire en vue d’une offensive ukrainienne attendue au printemps.
De telles actions sont menées dans des conditions où toute la région est inondée de troupes et d’armes puissantes et dévastatrices en état d’alerte. En octobre dernier Wallace a fait une déclaration inquiétante en réponse à l’incident de l’avion-espion, à peine remarquée par les médias, que toutes les missions d’espionnage effectuées depuis les airs vont seront escortées par un avion de chasse Typhoon de la RAF.
Par son agression gratuite, l’impérialisme britannique prépare une guerre nucléaire dans le dos de la population.
Mais cela ne suffit pas aux bellicistes les plus exubérants des cercles dirigeants britanniques, représentés au parlement par des sections importantes du gouvernement conservateur et du parti travailliste de l’opposition. Six mois après l’incident, ces forces utilisent le quasi-abattage de l’avion-espion pour exiger du gouvernement qu’il adopte une ligne plus dure à l’égard de la Russie.
Mardi le président de la Chambre, l’ancien député travailliste Sir Lindsay Hoyle a accordé une question urgente sur l’incident de septembre dernier à Tobias Ellwood. Ce dernier est un ancien combattant de l’armée et Président conservateur de la commission de la défense. Ellwood s’en est servi pour accuser Wallace d’avoir dissimulé un « acte de guerre » russe.
S’adressant au ministre des Forces armées James Heappey, Ellwood a demandé : « Si un jet russe Su-27 a effectivement tenté délibérément de tirer un missile sur un Rivet Joint de la RAF au-dessus de la mer Noire en septembre dernier, il s’agissait d’un acte de guerre, et les détails devraient certainement être rendus publics, et non pas cachés dans les dossiers des services de renseignement ».
Rien de tout cela n’était basé sur une quelconque conception selon laquelle le public devrait avoir une image réelle des dangers d’une conflagration mondiale. Au contraire, Ellwood militait à la fois pour une escalade de la guerre et pour des efforts encore plus soutenus afin de cacher la vérité sur ce qui se passe.
Il a déclaré, à propos de l’héroïque auteur des Pentagon Papers, Daniel Ellsberg, qui, en 1971, a révélé une campagne systématique du gouvernement américain pour tromper le public américain sur l’implication des États-Unis dans la guerre du Viêt Nam : « Nous devons certainement éviter une autre situation à la Daniel Ellsberg».
Ellwood « cherche à obtenir des assurances — telles que celles que le ministre nous donne aujourd’hui — sur les retombées de l’ampleur des informations top secrètes qui sont maintenant dans le domaine public et sur les changements qui peuvent être envisagés pour limiter de manière significative les chances qu’un tel événement se répète ».
Il a exigé, avec le soutien des députés travaillistes, que Wallace fasse un compte rendu complet de la quasi-destruction de l'avion espion afin de créer une plateforme pour plaider en faveur de l'augmentation des dépenses militaires et de l'agression contre la Russie, comme il l'a fait de manière constante tout au long du conflit et bien avant.
En janvier dernier, Ellwood a déclaré à Sky News : « L’armée est dans un état désastreux… Il appartient au Trésor et au numéro 10 (la résidence du Premier ministre) de reconnaître que le monde est en train de changer. Nous sommes désormais en guerre en Europe. Nous devons nous préparer à la guerre ».
Lorsque le Premier ministre Rishi Sunak a autorisé le mois dernier une augmentation de 5 milliards de livres sterling des dépenses militaires, les portant à 2,25 pour cent du PIB, Ellwood a répondu que Wallace avait initialement demandé le double de ce montant 'juste pour rester au niveau' après des années de réduction des dépenses militaires.
Cette augmentation n’était « que de la fumisterie…Je salue l'investissement dans la dissuasion nucléaire et la reconstitution des stocks d'armes, mais si l'on retire cet argent, il reste au ministère de la défense environ un milliard de livres sterling par an, ce qui représente en fait une réduction en termes réels.
Cela « signifie que nos forces conventionnelles restent vidées de leur substance alors que les menaces viennent de l’autre côté de la colline ». La Russie et la Chine, a déclaré Ellwood, « pousseront un soupir de soulagement en voyant que nous n’avons pas investi davantage ». La situation dans laquelle se trouve la Grande-Bretagne est « très dangereuse », s’est-il plaint, affirmant qu’on devrait avoir davantage de « puissance dure ».
Ellwood et ses semblables sont les représentants les plus nus d’une classe dirigeante assoiffée de guerre. Les conservateurs et les travaillistes fonctionnant — comme l’a confirmé le débat sur la question d’urgence — comme un seul et même parti de la guerre. Les députés travaillistes sont intervenus à de nombreuses reprises pour soutenir Ellwood et proclamer la nécessité d’armer l’Ukraine jusqu’aux dents pour mener une offensive sanglante au printemps.
Le secrétaire d’État à la défense de l'ombre du parti travailliste, John Healey, a déclaré à propos des dernières fuites de documents de renseignement : « Il y a deux ans, des documents classifiés du Royaume-Uni sur les chars Challenger 2 ont fait l’objet d’une fuite similaire sur un forum de jeux vidéo en ligne, “War Thunder”. Quelles mesures ont été prises à la suite de cette fuite » ?
Il a ajouté : « Le secrétaire d’État à la défense est à Washington, nous dit-on, apparemment pour discuter de cette fuite, mais fera-t-il une déclaration au Parlement à son retour pour confirmer les assurances qu’il a reçues sur la façon dont les services de renseignement britanniques sont traités»?
Healey a conclu : « C’est le moment où le Royaume-Uni devrait accélérer son soutien militaire à l’Ukraine. Quelle évaluation le gouvernement a-t-il faite de l’impact de cette fuite sur les plans ukrainiens en vue d’une offensive potentielle » ?
(Article paru d’abord en anglais le 20 avril 2023)
