Ranil Wickremesinghe, le président non élu du Sri Lanka, a indiqué qu’il souhaitait une élection présidentielle anticipée l’année prochaine et qu’il briguerait un second mandat.
Wickremesinghe, qui est également ministre des Finances, retient actuellement les fonds nécessaires pour organiser les élections locales repoussées.
Dix milliards de roupies (environ 28 millions de dollars américains) ont été alloués initialement au scrutin dans le cadre du budget national de 2023. Le Parlement a approuvé ce budget en décembre dernier. Mais en février, Wickremesinghe a déclaré que le gouvernement ne pouvait assumer que les « dépenses essentielles ». La tenue des élections locales, a-t-il affirmé, n’était pas essentielle.
À la suite de l’acte manifestement antidémocratique de Wickremesinghe, la Commission Électorale (CE) du Sri Lanka a annoncé que les élections locales se tiendraient le 25 avril. Lundi, le président de la CE, Nimal Punchihewa, a toutefois déclaré aux médias que les élections devaient à nouveau être reportées.
« Nous n’avons pas d’autre choix que d’attendre une réponse positive du Trésor [pour les fonds nécessaires] », a-t-il déclaré. En d’autres termes, les élections du 25 avril ont été reportées sine die sans qu’aucune date n’ait été annoncée. Cette information a été officiellement confirmée le lendemain par les bureaux électoraux de district.
Wickremesinghe a tenté de justifier le blocage du financement des élections en affirmant que tous les fonds devaient être utilisés pour la « reprise économique ».
Vétéran de l’austérité imposée par le FMI, Wickremesinghe craint qu’une défaite aux élections locales, bien qu’elle n’affecte ni le parlement national ni sa présidence, n’ébranle son gouvernement, ne crée une instabilité politique et ne fasse dérailler l’imposition de son programme d’austérité brutal.
Les 340 collectivités locales du Sri Lanka — 29 municipalités, 36 conseils urbains et 275 conseils locaux — sont dysfonctionnelles et fonctionnent sous la supervision de hauts fonctionnaires non élus, connus sous le nom de commissaires spéciaux.
Le Parti de l’égalité socialiste (SEP) a condamné les retards et les annulations d’élections, avertissant dans une déclaration du 21 février que ces mesures faisaient « partie d’attaques plus larges contre les droits démocratiques en préparation de la suppression de toute opposition ».
La semaine dernière, le Daily Mirror, le principal quotidien anglophone du Sri Lanka, a rapporté que Wickremesinghe avait rencontré les parlementaires des partis minoritaires. Il leur avait dit qu’il se présenterait à l’élection présidentielle en cas d’élections anticipées.
Le journal note qu’une élection présidentielle pourrait être organisée au début de l’année prochaine, après consultation de la commission électorale, du Trésor et du procureur général. Wickremesinghe a déclaré aux parlementaires de l’opposition minoritaire que « l’économie » était « à la hausse et s’améliorerait dans les mois à venir », indiquant qu’il pensait avoir une chance d’être élu.
D’autres médias ont révélé que les députés minoritaires qui ont rencontré Wickremesinghe étaient Mano Ganeshan, chef du Democratic People’s Front, et Rauf Hakeem, chef du Sri Lanka Muslim Congress. Ces deux partis forment actuellement une alliance avec le Samagi Jana Balawegaya (SJB), le principal parti d’opposition.
Ganeshan a déclaré au Mirror que lui et Hakeem avaient tenté de fusionner le SJB et le Parti national uni (UNP) de Wickremesinghe. Le SJB a été créé par une faction dissidente de l’UNP en 2020.
Les affirmations de Wickremesinghe concernant la « tendance à la hausse » de l’économie sri-lankaise sont fausses. Le récent assouplissement temporaire de la dévaluation de la roupie et la baisse du taux d’inflation d’une année sur l’autre, cette dernière étant passée d’environ 65 pour cent à 50 pour cent, n’atténuera pas la profonde crise économique qui afflige l’île-nation. La semaine dernière, le FMI a averti les pays d’Asie du Sud qu’ils devaient continuer à resserrer leurs taux d’intérêt, car le monde fait face à des tendances persistantes à la récession et à une forte inflation.
La prochaine série de mesures d’austérité du FMI suscitera une vive résistance de la part des travailleurs et des pauvres. Les mesures comprennent la privatisation des entreprises publiques, la restructuration du secteur public (qui détruira des centaines de milliers d’emplois), et des coupes sombres dans les subventions sociales.
Wickremesinghe mise sur le soutien des grandes entreprises, des médias et de la classe moyenne supérieure, ainsi que sur leur enthousiasme quant à sa « capacité » à obtenir le prêt de sauvetage du FMI.
Après l’approbation du plan de sauvetage du FMI, la Chambre de commerce de Ceylan a publié une déclaration « félicitant » le gouvernement, mais insistant sur le fait que la « mise en œuvre des réformes », c’est-à-dire les attaques sociales, devait se poursuivre. Un éditorial du Sunday Island du 26 mars a salué le prêt de renflouement comme un « nouveau départ », tandis que d’autres grands médias ont dénoncé les grèves et les manifestations des travailleurs comme un frein à la « reprise économique » du pays.
Cette semaine Ganeshan a déclaré aux médias que Wickremesinghe l’avait informé qu’il lancerait « une invitation ouverte à tous les partis politiques à rejoindre le gouvernement national » lorsque le parlement se réunirait le 25 avril. Wickremesinghe doit présenter l’accord de prêt du gouvernement au FMI le 25 avril et le soumettre au vote après trois jours de débat le 28 avril. Alors que les partis d’opposition et les parlementaires critiquent sans ménagement les mesures d’austérité de Wickremesinghe, ils se trouvent tous attachés au programme du FMI et à la défense du capitalisme sri-lankais.
Face à l’opposition croissante de la classe ouvrière, l’appel de Wickremesinghe à un gouvernement d’unité nationale et ses autres manœuvres politiques sont une tentative de rallier le soutien à son régime instable dirigé par le SLPP. Le capitalisme sri-lankais et son élite dirigeante sont confrontés à une crise politique historique. C’est pourquoi Wickremesinghe consolide sa dictature présidentielle et renforce l’appareil d’État pour réprimer toute résistance de la classe ouvrière.
Une fois que le parlement aura ratifié l’accord avec le FMI, Wickremesinghe souhaite que les mesures soient inscrites dans la loi. Cela permettrait de rendre l’opposition de masse illégale.
Le ministre de la Justice présentera également le projet de loi antiterroriste du gouvernement, qui confère des pouvoirs considérables au président, pour qu’il soit débattu et ratifié par le parlement.
Ces mesures montrent clairement que la classe ouvrière ne peut se défendre et défendre ses droits fondamentaux que dans le cadre d’une lutte politique et industrielle contre le régime de Wickremesinghe.
Comme l’a expliqué David North, président du comité éditorial international du World Socialist Web Site, dans son article intitulé « Forward to May Day 2023 ! (En avant vers la fête du 1er mai 2023 !) Construire un mouvement de masse des travailleurs et des jeunes contre la guerre et pour le socialisme » :
Avec une fréquence et une intensité croissante, l’État capitaliste assume la direction directe, au nom de la classe dirigeante, de la guerre contre la classe ouvrière. Dans des pays aussi différents dans leur développement économique que le Sri Lanka et la France, la classe ouvrière affronte comme ennemi central le chef de l’État — au Sri Lanka, le président Ranil Wickremesinghe, en France, le président Emmanuel Macron. Bien qu’ils utilisent la phraséologie démocratique chaque fois que c’est politiquement commode, leurs décisions, qui s’appuient sur la police et l’armée pour leur mise en œuvre, revêtent un caractère dictatorial flagrant. L’effondrement universel actuel de la démocratie bourgeoise confirme l’analyse de Lénine : « La réaction politique sur toute la ligne est un trait caractéristique de l’impérialisme ».
Le principal obstacle à une mobilisation politique et industrielle unifiée de la classe ouvrière contre le régime de Wickremesinghe se trouve constitué par les syndicats pro capitalistes.
Lors du soulèvement de l’année dernière contre le régime Rajapakse, les bureaucraties syndicales, avec le soutien de groupes de la pseudo gauche tels que le Frontline Socialist Party, ont détourné les manifestations de masse et les grèves générales des travailleurs derrière les demandes du SJB et du Janatha Vimukthi Peramuna en faveur d’un régime capitaliste intérimaire.
Alors que les syndicats se sont trouvés contraints d’appeler à des grèves et à des actions de protestation les 1er et 15 mars, ces actions limitées se sont bornées à des appels futiles au gouvernement.
C’est pourquoi le Parti de l’égalité socialiste appelle les travailleurs à créer leurs propres comités d’action. Ils doivent être indépendants des partis capitalistes et des syndicats. On doit les établir sur chaque lieu de travail et parmi les pauvres des zones rurales, afin de préparer un Congrès démocratique et socialiste des travailleurs et des masses rurales. Un tel congrès, basé sur des délégués démocratiquement élus par ces comités d’action, fera avancer la lutte pour un gouvernement ouvrier et paysan qui défendra tous les droits démocratiques et sociaux et mettra en œuvre un programme socialiste et internationaliste.
(Article paru d’abord en anglais le 21 avril 2023)
