Un sondage montre que 79 pour cent des Australiens veulent la libération d'Assange

Un sondage réalisé par le Sydney Morning Herald (SMH) la semaine dernière montre que 79 pour cent des personnes interrogées souhaitent que le gouvernement Biden mette fin à ses poursuites visant l'éditeur de WikiLeaks, Julian Assange, afin qu'il puisse être libre.

Julian Assange [Photo by David G. Silvers, Cancillería del Ecuador / CC BY-SA 2.0]

Huit pour cent des interrogés n'étaient pas convaincus et seulement 13 pour cent ont indiqué leur soutien à la tentative américaine d'extrader Assange depuis la Grande-Bretagne et de le traduire en justice en vertu de la draconienne Loi sur l'espionnage. Si le gouvernement Biden y parvient, Assange risque jusqu'à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre, des violations des droits de l'homme et des complots diplomatiques ourdis par les États-Unis.

Les sondages des médias ne sont guère scientifiques, et parfois ils se trompent. Mais il est extrêmement rare qu’un sondage, surtout sur une question aussi controversée, donne un résultat aussi écrasant. Compte tenu de la marge, il semble qu’on peut sans risque extrapoler à partir de celui-ci – l'un des rares menés sur Assange – que la grande majorité de la population australienne est favorable à la libération de l'éditeur de WikiLeaks.

C'est d'autant plus remarquable qu'Assange a été soumis pendant douze ans à un flot incessant de calomnies, de mensonges et de diffamations. L'ancien rapporteur des Nations Unies sur la torture, Nils Melzer, a déclaré publiquement qu'il n'avait jamais vu auparavant un groupe d'États prétendument démocratiques, de même que les médias officiels, cibler et vilipender un individu avec une telle intensité, sur une si longue période.

Le sondage confirme ce que le WSWS souligne depuis des années. Malgré les falsifications, Assange est largement considéré comme une figure héroïque par des millions de travailleurs et de jeunes, qui apprécient son rôle dans la dénonciation des guerres illégales en Irak et en Afghanistan, et qui considèrent la tentative de poursuites américaines comme un injuste coup monté.

Cela a une signification plus large. Cela souligne le fait que la classe ouvrière, la vaste masse de la population, constitue la base de la défense des droits démocratiques. Les travailleurs sont massivement hostiles à la guerre, à la domination de la société par une oligarchie patronale et à l'érosion prolongée des droits démocratiques.

Une manifestation du SEP à Melbourne demande la libération de Julian Assange en 2019.

Dans la mesure où les calomnies contre Assange ont trouvé un public, c'est dans la classe moyenne supérieure aisée, qui est liée aux gouvernements et à l'élite de la grande entreprise, indifférente au sort des travailleurs et obsédée par les questions d'identité personnelle, en particulier celles relatives au sexe, à la race et à l'orientation sexuelle.

Les résultats du sondage ont été rapportés dans un éditorial du SMH, qui titrait: « Le moment est venu de mettre fin à la triste saga de Julian Assange ». L'éditorial appelait nominalement à la fin de la persécution d'Assange et à sa liberté.

Même cela, de la part du SMH, une publication qui sur les questions de «sécurité nationale» et de politique étrangère suit la ligne des sections les plus bellicistes des agences de renseignement, témoigne de la vague de soutien à Assange.

Il est ironique cependant que le même éditorial du SMH mette en avant bon nombre des mensonges déployés pour tenter de saper le soutien du public à Assange. De telles falsifications, avancées chacune en une ligne et sans justification, nécessitent une réfutation bien plus longue. Certains des mensonges, cependant, peuvent être réfutés, au moins brièvement :

* Le SMH affirme qu'Assange est « piégé dans des limbes de sa propre création.. » Que veulent dire les augustes éditeurs ? Qu'Assange aurait dû savoir qu'il ne fallait pas publier des révélations sur la politique étrangère américaine, à cause de la colère qui s'abattrait sur lui? Qu'il aurait plutôt dû, comme eux, tenter de faire carrière comme fidèle propagandiste de guerre ?

Ou peut-être font-ils référence à l'entrée d'Assange à l'ambassade d'Équateur à Londres? Mais le statut d'Assange en tant que réfugié politique a été confirmé à plusieurs reprises par les organes compétents des Nations Unies. De plus, sa déclaration que cela était nécessaire pour empêcher une restitution politiquement motivée aux États-Unis a été plus qu’amplement confirmée.

* Le SMH déclare qu'Assange « a combattu une extradition vers la Suède sur la base d’accusations d'agression sexuelle – qui ont été abandonnées en 2019 ». Ceci est une déclaration diffamatoire. Assange n'a jamais été accusé d'un crime en Suède, comme le SMH en a été informé bien des fois au fil des ans. Il est peu probable que le SMH ait publié un mensonge aussi flagrant à l’encontre de quelqu'un s’il n'était pas détenu dans une prison de très haute sécurité à l'autre bout du monde.

Assange a fait l'objet d'une « enquête » suédoise prolongée caractérisée par d'innombrables irrégularités, notamment des preuves matérielles falsifiées et une ingérence politique transparente. Elle n'a jamais dépassé le stade préliminaire et a été abandonnée, une troisième fois, en 2019, faute de preuves.

* Le SMH répète le canular selon lequel Assange a fait preuve d' « imprudence » dans ses publications de 2010 et 2011 et a mis des vies en danger. Mais dans des témoignages judiciaires incontestés, lors de la procédure judiciaire britannique, des journalistes ont attesté qu'Assange avait personnellement expurgé les journaux de guerre de l'armée américaine en Irak et en Afghanistan et s'était donné beaucoup de mal pour protéger les identités vulnérables.

WikiLeaks a soigneusement organisé la publication de câbles diplomatiques américains internationaux avec des partenaires médiatiques, y compris le SMH. Ce fut le journaliste du Guardian, David Leigh, qui publia le mot de passe de la tranche complète de documents cryptés, sous forme d'un titre de chapitre dans son livre. Le SMH n'a jamais dénoncé l'irresponsabilité flagrante de Leigh.

L'éditorial du SMH fait partie d'un exercice plus large de limitation des dégâts de la part de l'establishment politique australien. Après des années de silence médiatique et de gouvernements faisant semblant ou presque qu'Assange n'existait pas, la question ne peut plus être ignorée.

L'éditorial conclut en faisant référence au sommet du dialogue quadrilatéral qui se tiendra à Sydney la semaine prochaine. Notant la présence de Biden, ainsi que des dirigeants indiens et japonais, il déclare: « Dans notre nouvel esprit d'amitié, la visite du président américain est sûrement une opportunité pour les gouvernements de montrer et de partager une humanité commune. »

Dans la même veine, le Premier ministre travailliste Anthony Albanese et d'autres membres de son gouvernement ont simulé de la sympathie pour le sort d'Assange. Albanese affirme avoir soulevé, auprès des autorités américaines, que « trop c'est trop » et qu'il était « temps de clore l'affaire ».

Ce que cela signifie concrètement est encore entièrement obscur. Le gouvernement prétend avoir fait part de sa position à ses homologues britanniques et américains et, avec un haussement d'épaules, affirme qu'on ne peut pas faire grand-chose d’autre. Cela contraste fortement avec les interventions juridiques et diplomatiques agressives qui ont été utilisées pour garantir la liberté d'autres citoyens australiens persécutés.

Dans une interview avec l'Australian Broadcasting Corporation la semaine dernière, Albanese a répété cette ligne générale mais a ajouté : « une solution doit être trouvée [...] et M. Assange doit en faire partie bien sûr ».

Ce commentaire implique clairement que la « solution » recherchée par les travaillistes est une sorte de négociation de peine. Sinon, Assange pourrait simplement sortir de prison en homme libre.

Cela a une signification plus large. Si les commentaires d'Albanese sont vrais et qu'il a suggéré que les États-Unis mettent fin à leurs poursuites, le tournant en faveur de négociations de peine indique que ces sollicitations ont été rejetées. La «diplomatie en douceur» vantée par le gouvernement travailliste, si elle a eu lieu, a échoué.

On peut imaginer un scénario dans lequel une pression aiguë est exercée sur Assange pour qu'il admette une certaine culpabilité, ou accepte une négociation de peine, dans des conditions où il risque de passer le reste de sa vie derrière les barreaux.

Mais l’approche d'Albanese est à double tranchant. Si Assange devait rejeter un tel arrangement, le gouvernement travailliste prétendrait sans aucun doute que le fondateur de WikiLeaks est lui-même responsable de ce qu’on le maintient en prison et de son éventuelle extradition.

Cela soulève encore bien d'autres questions. Une négociation de peine ne serait possible, semble-t-il, qu'après extradition. Autrement dit, il faudrait que Assange soit envoyé à ses persécuteurs américains avant tout accord formel. Mais sa famille et ses médecins ont averti qu'il pourrait se suicider s'il était confronté à cette perspective.

Les manœuvres sordides de l'establishment politique et du gouvernement australiens ne visent pas à libérer Assange et à défendre les droits démocratiques, mais à neutraliser une lutte des travailleurs et des jeunes dans ce sens.

Le gouvernement travailliste s'apprête à dérouler le tapis rouge à Biden, le persécuteur en chef d'Assange. Lui et les dirigeants droitiers militaristes du Japon et de l'Inde se rendent en Australie pour discuter de leurs préparatifs avancés pour une guerre d'agression contre la Chine, un programme incompatible avec les droits démocratiques.

(Article original paru en anglais le 16 mai 2023)

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