Lorsque la Chine a abandonné sa politique de zéro COVID à la fin de l’année dernière, sous la pression des grandes puissances et des entreprises mondiales, celles-ci s’attendaient à ce que l’économie chinoise rebondisse fortement, ce qui donnerait un coup de fouet à la croissance mondiale. Les dernières données économiques chinoises révèlent que ce n’est pas le cas.
Les chiffres publiés en début de semaine montrent que la production industrielle et les dépenses de consommation ont été bien en deçà des attentes.
La production industrielle a augmenté de 5,6 pour cent, mais ce chiffre est bien inférieur aux prévisions qui tablaient sur une hausse de 10,6 pour cent. Partant d’une base moindre en raison de la baisse des dépenses due aux mesures anti-COVID, les dépenses de consommation ont augmenté de 18,4 pour cent d’une année à l’autre, mais également en deçà des prévisions.
L’un des chiffres les plus significatifs est l’augmentation du chômage des jeunes. Pour ceux âgés de 16 à 24 ans, il a atteint un nouveau record de 20,4 pour cent, qui dépasse le précédent record de 19,9 pour cent enregistré l’été dernier.
Le taux de chômage global est tombé à 5,2 pour cent, mais l’augmentation du chômage des jeunes indique qu’un nombre croissant de jeunes diplômés des universités et des établissements d’enseignement supérieur ne trouvent pas d’emploi.
L’augmentation du chômage des jeunes – et ce qu’elle indique pour l’avenir – préoccupe manifestement le gouvernement de Xi Jinping. Ce dernier fonde sa légitimité politique sur l’affirmation qu’il continuera à assurer la croissance économique et l’élévation du niveau de vie.
Lors d’une réunion d’information sur les dernières données, Fu Linghui, porte-parole du Bureau national des statistiques (BNS), a déclaré: «Il faut redoubler d’efforts pour stabiliser et développer l’emploi des jeunes».
Le BNS a indiqué que les conditions mondiales et nationales pesaient sur l’économie. Il a déclaré que «l’environnement mondial est toujours complexe et sombre, et la demande intérieure semble toujours insuffisante», et que «la dynamique interne de rebond de l’économie n’est toujours pas forte».
Les chiffres de l’inflation soulignent cette évaluation. Contrairement à la situation dans de nombreuses autres parties du monde, les prix à la consommation en Chine n’ont augmenté que de 0,1 pour cent au cours de l’année qui s’est achevée en avril, soit l’augmentation la plus faible depuis février 2021. Les prix à la production ont également baissé pendant sept mois consécutifs, ce qui fait craindre l’apparition d’un environnement déflationniste.
Selon un rapport du South China Morning Post (SCMP), les craintes de déflation se sont «aggravées alors que sept provinces et grandes villes, dont Shanghai, Henan, Liaoning et Shanxi, ont signalé des contractions des prix à la consommation en glissement annuel le mois dernier».
Le marché immobilier et le développement de l’immobilier, qui furent les principaux moteurs de l’économie chinoise pendant plus d’une décennie, sont également une source d’inquiétude. Les investissements immobiliers ont baissé de 6,2 pour cent depuis le début de l’année, ce qui est plus grave que les prévisions, qui tablent sur une baisse de 5,7 pour cent.
La tendance à long terme est également à la baisse. Selon les calculs de Bloomberg, si les ventes de biens immobiliers ont augmenté de 13,2 pour cent en glissement annuel jusqu’en avril, les investissements dans ce secteur se sont contractés de 16,2 pour cent sur l’année et la construction de nouveaux logements a continué de chuter.
Les chiffres du commerce vont dans le même sens et soulignent l’impact de la détérioration des perspectives économiques mondiales. Le Fonds monétaire international prévoit qu’à l’exception de la contraction de 2008-2009 et de la récession induite par le début du COVID en 2020, cette année verra la croissance mondiale la plus faible de ce siècle.
Les exportations chinoises ont augmenté de 8,5 pour cent le mois dernier. Bien que ce chiffre soit supérieur aux attentes, il est nettement inférieur à l’augmentation de 14,8 pour cent enregistrée en mars.
La détérioration de la situation se reflète plus clairement dans la baisse des importations, qui comprennent dans une large mesure les composants et matières premières nécessaires à la production chinoise future. Celles-ci ont diminué de 7,9 pour cent, ce qui est pire que prévu et une conséquence du ralentissement de l’économie mondiale.
La demande de smartphones, de circuits intégrés et d’ordinateurs, assemblés à partir de composants importés, est en baisse depuis des mois, ce qui témoigne de l’affaiblissement de la demande mondiale.
Iris Pang, économiste en chef pour la Grande Chine à la société financière ING, a déclaré au SCMP: «Il semble de plus en plus évident que le ralentissement économique mondial pèse sur les exportations de la Chine. La baisse des importations – qui constituent un intrant pour les exportations futures – laisse présager qu’une nouvelle détérioration des exportations est très probable dans les mois à venir».
Elle prédit que le gouvernement réagira en soutenant l’emploi dans le secteur manufacturier par des mesures de relance.
L’indice officiel des directeurs d’achat de l’industrie manufacturière pour le mois d’avril – un indicateur de l’activité future – est tombé à 49,2. Jusque-là il était resté au-dessus de la barre des 50 points qui séparent l’expansion de la contraction pour les premiers mois de l’année.
Les commentaires des analystes financiers indiquent tous un ralentissement significatif de l’économie chinoise.
Selon Bruce Pang, économiste en chef pour la Grande Chine chez Jones Lang Lasalle, les données plus faibles que prévu montrent «combien il est difficile de faire tourner le moteur de la croissance après l’avoir fait redémarrer». S’il y aurait une croissance de l’activité au deuxième trimestre «sur une base plus faible» – la comparaison avec l’année dernière – elle sera inférieure à celle du premier trimestre de cette année «car la reprise s’essouffle».
Xiangrong Yu, économiste en chef pour la Chine chez Cito, écrit dans une note: «Les indicateurs d’activité de la Chine ont largement décu les attentes, même avec une base favorable» et la Chine étant maintenant sorti du «doux endroit» de la réouverture, l’espoir d’une nouvelle amélioration du sentiment «pourrait diminuer en l’absence d’actions décisives du gouvernement».
Julian Evans-Pritchard, de Capital Economics, suggère que la reprise a encore du chemin devant elle, mais qu’elle est «susceptible de s’essouffler au cours du second semestre de l’année» en raison du désengagement budgétaire, du ralentissement de la croissance du crédit, de l’affaiblissement du marché immobilier et de l’impact de la demande mondiale sur les exportations chinoises.
(Article paru d’abord en anglais le 18 mai 2023)
