Des unités de saboteurs d'extrême droite soutenues par l'Ukraine organisent la plus grande attaque jamais menée en territoire russe

Lundi, deux unités de l’insurrection russe soutenues par l’Ukraine ont lancé la plus grande attaque contre le territoire russe depuis le début de la guerre. L’assaut a eu lieu juste un jour après que la Russie a proclamé la prise complète de Bakhmout après 224  jours de combats intenses au cours desquels on estime que des dizaines de milliers de personnes ont trouvé la mort. Cela survient juste après que les États-Unis ont déclaré qu’ils allaient former des pilotes aux avions de combat  F-16, et que Zelensky a participé au sommet du G7 à Hiroshima, exhortant les puissances impérialistes à s’impliquer encore plus dans la guerre.

La légion ‘‘Liberté de la Russie’’/Telegram [Photo: Liberty of Russia Legion/Telegram]

Selon la presse et les autorités russes, deux unités de saboteurs ont mené des raids dans l’oblast de Belgorodskaia tôt lundi, accompagné d’une série d’attaques de drones et de cyberattaques sur les réseaux téléphoniques et Internet de la région. Pendant au moins la première moitié de la journée, les habitants ont été bombardés d’appels téléphoniques et de messages textuels avec de fausses alertes les incitant à évacuer au nom des autorités russes. Un article du journal russe Nezavisimaya Gazeta indique que pendant une grande partie de la journée, la population fut laissée par les autorités dans l’ignorance sur ce qui se passait.

Les frappes de drones ont touché plusieurs cibles dans la région, notamment un dépôt de céréales dans le village de Gora-Podol, où les forces ukrainiennes ont également réussi à s’emparer temporairement de la ‘‘Maison de la culture’’ (Dom Kultury). Un bâtiment administratif régional a été bombardé. Des obus ont également touché des maisons privées dans plusieurs autres villes et villages, qui ont provoqué des incendies et des dommages aux bâtiments. À l’heure d’écrire ces lignes, les autorités régionales ont confirmé que huit personnes avaient été blessées.

Dans la soirée, le gouverneur de l’oblast de Belgorodskaia, Viacheslav Gladkov, a annoncé qu’un état d’«opération antiterroriste» avait été instauré dans la région. Les forces policières et militaires déployées peuvent désormais contrôler les documents d’identité, suspendre les activités de branches de l’industrie et d’organisations utilisant des substances explosives, radioactives, chimiques ou biologiques, évacuer temporairement les citoyens et intercepter leurs communications, téléphoniques et autres.

À cette heure, des articles russes indiquent que les combats entre les unités de saboteurs et l’armée et la garde nationale russes, se poursuivent dans au moins deux endroits, à Kozinka et à Glotovo.

Les responsables russes et ukrainiens ont identifié les unités. Il s’agit selon eux du Corps des volontaires russes (RDK) – une organisation néofasciste – et de la légion ‘‘Liberté de la Russie’’, une organisation nationaliste d’extrême droite. C’est la première fois que les services de renseignement ukrainiens reconnaissent que ces deux organisations, créées en 2022 et classées «terroristes» en Russie, opèrent sous le contrôle de fait de l’armée ukrainienne.

Cette attaque est le point culminant temporaire d’une série d’interventions militaires de plus en plus agressives de la part d’unités d’insurrection soutenues par l’Ukraine, d’attaques de drones et d’attentats terroristes en territoire russe, lancés ces dix derniers mois. Cela comprenait notamment l’assassinat en août de Daria Dugina, militante d’extrême droite en vue opposée à la guerre du Kremlin, l’assassinat du blogueur militaire russe Vladlen Tatarsky, en avril, et les frappes de drones sur le Kremlin début mai.

L’oblast de Belgorodskaia, en bordure directe des territoires de l’est de l’Ukraine à présent occupés et revendiqués par la Russie, est une cible principale des frappes de drones et des bombardements de l’armée ukrainienne. Les analystes militaires considèrent que ces attaques, surtout celles des dernières semaines, font partie des préparatifs de la «contre-offensive» ukrainienne attendue.

Cette attaque-là s’inscrit dans une nouvelle phase dangereuse, marquée par une expansion géographique toujours plus grande et l’engagement direct des puissances impérialistes. L’Ukraine ayant subi des pertes considérables, estimées à des centaines de milliers de personnes sur une population effective de moins de 30  millions d’habitants, les puissances de l’OTAN sont déterminées à compenser les évidents revers militaires en intensifiant leur participation directe au conflit et en encourageant des attaques toujours plus téméraires et dangereuses de l’Ukraine en territoire russe.

Le caractère des forces impliquées dans l’attaque met en évidence les véritables objectifs de la guerre menée contre la Russie par les pays impérialistes. Le Corps des volontaires russes et la légion Liberté de la Russie sont des formations ultra-nationalistes et racistes. Leur objectif est de renverser par la violence le gouvernement de Vladimir Poutine et d’instaurer un État-nation russe ethniquement «pur», ainsi que des États-nations distincts et «indépendants» pour les autres nationalités vivant actuellement en Russie.

Le Corps des volontaires russes (RDK) se place ouvertement dans la tradition de l’Armée Vlasov, qui a collaboré avec les nazis dans la guerre contre l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans un manifeste datant de novembre, il appelle explicitement à la création d’un État russe ethniquement pur. Le RDK insiste pour dire qu’il représente «les russkie» – terme désignant les Russes ethniques – et rejette les «rossiiane», terme décrivant les citoyens de la Fédération de Russie indépendamment de l’ethnie ou de la nationalité. Parmi les 140  millions d’habitants de la Fédération de Russie, on compte plus de 10  millions de musulmans et de nombreuses autres minorités ethniques, nationales et religieuses.

Bien que la légion Liberté de la Russie utilise un langage et des symboles moins explicitement fascistes, elle a une claire orientation d’extrême droite. Dans une récente publication sur les réseaux sociaux, elle déclare que les Russes ethniques sont la nationalité «la plus opprimée» dans la Fédération de Russie aujourd’hui. L’un de ses membres est Igor Volobuyev – originaire d’Ukraine et ex-vice-président de Gazprombank – l’une des plus grandes banques russes.

Tout comme le rôle central joué par les formations fascistes et néofascistes ukrainiennes dans l’armée ukrainienne, l’implication de ces organisations d’extrême droite russes dans la guerre de l’OTAN révèle le véritable objectif des puissances impérialistes: l’éclatement de la Fédération de Russie à travers l’encouragement des conflits ethniques et nationaux. Le but de la promotion et de l’armement de ces forces est de mettre en place des régimes fantoches d’extrême droite directement soumis aux puissances impérialistes.

Le régime de Poutine n’a rien à offrir en réponse à cette stratégie impérialiste si ce n’est la promotion d’un type différent de chauvinisme grand-russe, mêlé à des efforts désespérés pour défendre les intérêts de l’oligarchie issue de la destruction de l’Union soviétique. Il le fait en combinant le militarisme et les appels à la négociation avec les puissances impérialistes.

Ce début d’une nouvelle phase dangereuse de la guerre souligne la nécessité urgente pour les travailleurs d’intervenir dans la situation politique sur la base d’un programme et d’une perspective indépendants et socialistes. Seule la mobilisation de la classe ouvrière dans une lutte internationale unifiée contre le capitalisme permettra d’éviter que le conflit ne dégénère en une troisième guerre mondiale, menée avec des armes nucléaires.

(Article paru d’abord en anglais le 23  mai 2023)

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