Plus de 115 millions de personnes dans l’est des États-Unis et au Canada étaient sous le coup d’avertissements de qualité de l’air extrême mercredi, alors que la fumée étouffante des immenses incendies de forêt qui brûlent dans le nord du Québec se dirigeait vers le sud, jusqu’au Texas et à la Floride.
Des conditions extrêmement sèches et une chaleur record, dues au changement climatique provoqué par le système capitaliste, ont entraîné l’apparition d’immenses incendies de forêt dans tout le Canada depuis le début du mois de mai. Cette situation se transforme en une vaste crise de santé publique.
Au Québec, les incendies ont forcé plus de 11.400 personnes à fuir leur domicile, et des communautés entières ont été évacuées, y compris les 7.500 habitants de Chibougamau. Plus de 460.000 hectares ont déjà brûlé, battant un record vieux de plus de 30 ans pour la saison des incendies, et il reste encore de nombreuses semaines à passer.
Les zones les plus touchées par la fumée comprennent les principaux centres de population du Canada, soit Montréal au Québec, Ottawa et Toronto au sud-est de l’Ontario, ainsi que le nord de l’État de New York et la ville de New York, Philadelphie dans l’est de la Pennsylvanie et Pittsburgh à l’ouest.
À New York, centre de Wall Street et capitale mondiale de la finance, l’indice de qualité de l’air (IQA) a largement dépassé les 400, soit la pire qualité de l’air de toutes les grandes villes du monde et le niveau le plus élevé depuis 1999, lorsque l’Agence de protection de l’environnement (EPA) a commencé à enregistrer les mesures.
Une alerte de qualité de l’air dangereuse, le niveau le plus élevé, a été lancée pour le centre de l’État de New York et l’est de la Pennsylvanie, de Syracuse à Allentown, l’IQA dépassant 400, mercredi après-midi. Tous les grands centres urbains de Pennsylvanie, de New York, du New Jersey et du Connecticut ont signalé des IQA extrêmes supérieurs à 150, valeur jugée malsaine par le gouvernement fédéral.
Des photos et des vidéos ont montré l’horizon de Manhattan obscurci par une épaisse fumée et le ciel teinté orange. L’administration fédérale de l’aviation (FAA) a ordonné l’arrêt au sol des vols à destination de l’aéroport international de LaGuardia et a ralenti les vols à destination de l’aéroport international de Newark Liberty en raison d’une visibilité considérablement réduite. Le ministère de la protection de l’environnement de Pennsylvanie a émis un code rouge pour la qualité de l’air dans l’ensemble de l’État mercredi.
L’inhalation de fines particules de fumée qui proviennent des feux de forêt peut déclencher des crises d’asthme et des crises cardiaques et contribuer à des problèmes de santé à plus long terme, notamment le cancer du poumon. Elle peut également aggraver la situation des personnes qui ont récemment souffert d’une pneumonie ou d’une myocardite, des affections courantes chez les personnes infectées par le COVID-19. La mauvaise qualité de l’air est à l’origine de plus de six millions de décès par an dans le monde, ce qui en fait l’une des principales causes de mortalité.
Les experts de la santé ont lancé des avertissements urgents sur la nécessité d’éviter tout travail ou exercice à l’extérieur, et sur le fait que ceux qui doivent sortir devraient au moins porter des respirateurs N95.
Malgré la nature de la menace, le gouvernement fédéral n’a émis aucune recommandation aux États ou les provinces pour que les gens portent des masques N95 lorsqu’ils sont à l’extérieur dans les régions touchées par la fumée. À New York et dans l’ensemble de la région touchée, les enfants ont continué à aller à l’école, alors même que les bâtiments se remplissaient de fumée. Et même si l’impact immédiat de la fumée toxique sur les travailleurs de l’agriculture, de l’aménagement paysager, de la construction et des usines est bien connu, on n’a donné aucun ordre de rester chez soi.
Le WSWS a reçu des témoignages de travailleurs mardi soir et mercredi à l’usine Mack Trucks de Macungie, en Pennsylvanie, juste à côté d’Allentown, selon lesquels des travailleurs s’évanouissaient sur la chaîne de production et souffraient de nausées et de maux de tête à cause de la fumée, mais la production s’est poursuivie. Dans des conditions de qualité de l’air et de chaleur épouvantables, rien n’a été fait pour ventiler l’usine ou fournir aux travailleurs des masques de haute qualité. On a finalement annulé la deuxième équipe, mercredi, puisque les conditions continuaient à se détériorer et les travailleurs se déclaraient malades.
À New York, les travailleurs d’un magasin Trader Joe’s ont débrayé pour dénoncer les conditions de travail dangereuses, déclarant que l’air était si mauvais qu’ils avaient du mal à respirer.
Ces horreurs se sont répétées dans d’innombrables lieux de travail à travers les régions touchées des États-Unis et du Canada, et des dizaines de millions de personnes ont été forcées de travailler dans des conditions dangereuses et potentiellement mortelles.
Comme pour chaque catastrophe météorologique ou crise de santé publique, les élites dirigeantes capitalistes et leurs représentants politiques sont totalement indifférents à la souffrance de la population. Leur seule préoccupation est de maintenir la production et les profits face à la souffrance et à la mort de masse.
Les appareils syndicaux, comme on pouvait s’y attendre, n’ont rien fait pour protéger la vie des travailleurs. La bureaucratie syndicale a maintenu les travailleurs au poste dans toute la région touchée, la production ne s’arrêtant que lorsque les travailleurs le décidaient eux-mêmes.
L’expérience de la pandémie de COVID-19, qui a tué plus de 20 millions de personnes dans le monde et plus d’un million rien qu’aux États-Unis, a encore plus habitué la bourgeoisie à la misère qu’elle inflige à la classe ouvrière. L’abandon de toute prétention à ne serait-ce qu’atténuer la propagation du COVID-19, qui permet au virus d’évoluer vers de nouveaux variants potentiellement plus dangereux, signale l’abandon des principes les plus fondamentaux de la santé publique. Que ce soit en réponse à l’émergence d’une nouvelle pandémie ou à ce qui est en fait l’empoisonnement massif de millions de personnes par l’inhalation de fumée, la classe dirigeante est déterminée à ne rien faire.
La pollution atmosphérique généralisée au Canada et aux États-Unis est une démonstration explicite des conséquences de l’aggravation de la crise climatique. Les scientifiques ne cessent de répéter qu’elle aggrave les sécheresses, les inondations, les incendies de forêt, les ouragans et d’autres phénomènes météorologiques dévastateurs. Les conséquences d’un réchauffement climatique non maîtrisé ne sont pas à venir, elles se produisent déjà et les travailleurs du monde entier en souffrent déjà.
L’année dernière, le Pakistan a connu les pires inondations de son histoire: un tiers du pays a été inondé, plus de 1.700 personnes ont été tuées et plus de 2 millions d’autres se sont retrouvées sans abri. L’Australie a connu l’une des pires saisons de feux de brousse de son histoire en 2019-20, au cours de laquelle des milliers d’habitations ont été détruites et 34 personnes tuées. On estime que 445 personnes sont décédées des suites de l’inhalation de fumée. Pendant ce temps, des records de chaleur ont été battus à plusieurs reprises dans le monde entier, de la Chine et de l’Inde à l’Arctique, qui est l’une des régions de la planète qui se réchauffe le plus rapidement. L’année dernière a été la cinquième année la plus chaude jamais enregistrée au niveau mondial. Les neuf dernières années ont toutes été classées parmi les dix années les plus chaudes enregistrées.
L’empoisonnement de millions de personnes aux États-Unis a choqué et inquiété les travailleurs du monde entier. Contrairement à l’indifférence des élites dirigeantes, les travailleurs veulent se battre pour défendre leur santé et leur vie. Cela nécessite le développement d’organisations, de comités de base, constitués de travailleurs et dirigés par eux, afin de faire respecter des conditions de travail sûres.
Cela nécessite également le développement d’un mouvement politique dirigé contre la classe dirigeante et le système capitaliste. Alors que des ressources inépuisables sont consacrées à la guerre, les infrastructures sociales sont décimées et la santé publique négligée.
Une action mondiale immédiate est nécessaire pour lutter contre le changement climatique et ses effets les plus dévastateurs, qui n’ont pas de solution nationale. Seul un mouvement international de la classe ouvrière, sans considération pour les frontières nationales ou les divisions linguistiques ou ethniques, et guidé par les dernières connaissances scientifiques, sera en mesure d’arrêter et finalement d’inverser le réchauffement climatique. Cela nécessitera une transformation socialiste de la société pour balayer l’oligarchie financière capitaliste qui détruit la planète pour ses propres intérêts privés et pour placer le pouvoir entre les mains de la classe ouvrière internationale.
(Article paru en anglais le 8 juin 2023)
